Manque de conviction de A à Z

Elle est enseignante. Lui, dynamiteur. Elle s'est barricadée, des explosifs sur... (Photo courtoisie)

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Elle est enseignante. Lui, dynamiteur. Elle s'est barricadée, des explosifs sur le ventre, dans la bibliothèque de son école du nord de l'Ontario pour en dénoncer la démolition. Il veut la dissuader d'appuyer sur le bouton. Entre elle et lui, un jeu de lettres, de A à Z, mènera à l'inévitable explosion ou, peut-être, à la rédemption. Car entre eux, comprend vite le spectateur, il existe un lien. Une histoire, qui se déclinera à travers chacun des mots associés à l'une des lettres de l'alphabet. D'«A» bandon (d'une cause ou de l'autre) au prévisible «Z» éro.

Avec ABC Démolition, le dramaturge Michel Ouellette explore non seulement l'importance de l'école dans une communauté menacée d'extinction, mais aussi l'inévitable rapport que tous entretiennent avec le souvenir, qui peut devenir mensonge ou vérité, selon qui le raconte. Il est donc question, dans cette nouvelle production du Théâtre de la Vieille 17, de mémoire, aussi bien collective que personnelle; de connaissances et de croyances (l'un des dialogues les plus intéressants, portant sur le rôle de l'école: la dictée relève-t-elle de la dictature?, soulève le décrocheur). Il est aussi question de quête de sens à leur existence, les leurs s'étant définies à partir d'une tragédie: un braquage raté. Dès lors cette interrogation, sous-jacente, percutante: la mémoire s'avère-t-elle la pire des prisons?

Si le texte de M. Ouellette n'est pas en cause (mises à part les dernières minutes de la pièce), d'où vient alors ce sentiment d'ambivalence quant au résultat? Ce n'est pas tant dû à la mise en scène d'Esther Beauchemin et Roch Castonguay, qui repose sur un minimum de déplacements des protagonistes dans un décor somme toute minimaliste, qu'à leur direction d'acteurs.

Annick Léger n'arrive pas totalement à faire croire à son personnage de femme au bord de l'implosion.

Elle évolue trop en retenue, en propos parfaitement maîtrisé, entre autres. Certes, il s'agit d'une enseignante (vraisemblablement de français, étant donné son amour des mots), mais son ton demeure trop poli, trop lisse. Son sac d'explosifs à l'épaule, qu'elle tient collé contre son ventre, sa Mademoiselle Laplante s'ancre dans une forme de résolution désillusionnée qui ne transmet aucun sentiment d'urgence au public. En fait, le seul moment où l'on ressent vraiment le désarroi de cette femme, c'est entre les lettres «H» (pour harpie) et «K» (pour kaléidoscope). La comédienne, autrement moins naturelle dans ses gestes, semble alors lui prêter véritablement corps et voix, par un texte tout en staccato.

Face à elle, Paul Rainville, dans une rare apparition sur les planches francophones, livre une interprétation plus sentie, plus viscérale, qui sonne plus vraie, sauf quand son vocabulaire s'étoffe de mots, tel bouc émissaire, qui coulent et collent moins naturellement au décrocheur qu'il est.

Quant à la fin, dans un revirement de situation et de psychologie trop rapide pour paraître tout à fait crédible, elle laisse sans contredit le spectateur sur sa faim.

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