Un texte brûlant, à l'émotion tiède

La pièce Invention du chauffage central en Nouvelle-France... (Courtoisie de Michel Ostazweski)

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La pièce Invention du chauffage central en Nouvelle-France présentée au Centre national des arts.

Courtoisie de Michel Ostazweski

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Avec Invention du chauffage central en Nouvelle France, présentée au Centre national des arts ce soir et demain à 19h30, Alexis Martin, qui a écrit la pièce, et ses complices sur les planches, se paient le luxe de revisiter près de 400 ans d'Histoire à la lueur d'un poêle à bois.

Si le texte - dont la flamme est fréquemment ravivée par les mots de quelques grands poètes, Miron et Nelligan en tête de liste, qui ont contribué à décrire et nourrir le fait français, voire à façonner l'affirmation socio-culturelle des Canadiens français - s'appuie sérieusement sur la grande Histoire, c'est pour mieux trouver ses propres pistes de réflexions, et ses propres réponses, autour de l'identité francophone en Amérique du Nord.

Plutôt que de se laisser tyranniser par la chronologie du temps qui passe, l'auteur préfère plutôt tirer sur le fil conducteur du temps qu'il fait. Toujours le même: frisquet, glacial, rude, hiémal, quel que soit le synonyme. Frette! se plaît-on à condenser, tandis que la glace crisse sous nos bottes. Alexis Martin plonge le public au «Pays des mots gelés». Là où la langue s'est figée, son vocabulaire grelottant, perclus sous une croûte de glace brûlante, étouffée par les efforts conjugués du souffle boréal et des vents de cette Conquête qui l'a mise à genoux. Une proposition des plus pertinentes, a-t-on estimé, à l'issue de sa (longue) démonstration.

Pour ce faire, Martin, codirecteur du Nouveau Théâtre Expérimental avec Daniel Brière, à qui revient la mise en scène d'Invention du chauffage, ne s'interdit pas les anachronismes, ce qui ajoute quelques sourires bienvenus. Il appelle une soixantaine de personnages, campés par les même huit comédiens (dont trois comédiennes, qui forment aussi un choeur antique, en chantant entre les tableaux. L'exercice vocal est très juste, mais le résultat pas transcendant, d'autant qu'on perd un peu le texte). Ils ne sont costumés qu'au-dessus de la ceinture, le reste du corps arborant le même vieux pyjama-une-pièce, peut-être pour suggérer que, quelle que soit l'évolution des moeurs et des idées, certaines choses ne changent pas: à la base, pour survivre, on a besoin de conserver ses fesses au chaud. Quel qu'en soit le(s) sens, cet habillage ne manque pas d'intérêt.

Certains sont des figures historiques notoires: Papineau, Radisson, Champlain, Saganash, les jésuites Brébeuf et Lejeune, Miron aussi; de nombreux autres sont des archétypes presqu'aussi connus - et moins grandioses - issus de l'imagination fertile d'Alexis Martin. Ça va du motoneigiste laconique au «parfait colonisé» contribuant complaisamment à sa propre domination en passant par l'ambitieux Québécois des seventees qui rêve de grands business aux States, l'inuit urbanisé de force qui remplit d'alcool la plaie de son acculturation, ou encore le touriste hexagonal au sabir argotique casse-bonbons.

Comme l'identité nationale ne saurait s'expliquer en faisant abstraction de sa situation géographique, et de ses fraîches latitudes, s'ajoutent à l'ensemble deux autres protagonistes d'importance: le chaud (campé par un immuable vieux poêle), et le froid (interprété par les flocons de neige qui s'amoncellent). Visuellement parlant, la tempête est d'ailleurs de toute beauté.

Entre ces deux antagonistes, une frêle cabane de vitre, aux portes coulissantes, sert de refuge aux personnages qui feront le récit, l'Histoire, et parfois le conte, puisqu'il est aussi question de légendes autant que de mythes fondateurs.

Ce n'est pas toujours évident de replonger à chaque fois dans une nouvelle saynète. Étaient-elles toutes fondamentales? Pas sûr. Et la mise en scène, coincée à l'intérieur de son péristyle vitré, ne respire pas toujours autant qu'elle mériterait.

Le jeu est juste, mais physiquement limité. Oui, un peu froid. Si Luc Guérin et Marie-Ève Trudel crevaient l'écran (de verre) dans leurs divers costumes, Alexis Martin, lui, bizarrement, ne transcendait pas particulièrement ses répliques, mercredi soir, lors de la première ottavienne. Les autres comédiens donnent une prestation tout à fait convenable. Ils demeurent toutefois un peu éclipsés par ce texte dense, au propos puissant, qu'ils servent sans faillir.

Invention du chauffage central en Nouvelle France, d'Alexis Martin. Avec Émilie Bibeau, Benoît Drouin-Germain, Luc Guérin, Steve Laplante, Pierre-Antoine Lasnier, Alexis Martin, Dominique Pétin et Marie-Ève Trudel.

***

POUR Y ALLER :

OÙ ? Centre national des arts

QUAND ? jusqu'à samedi, à 19h30

RENSEIGNEMENTS ? 613-947-7000 poste 280 ticketmaster.ca ; 1 888-991-2787

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