Une grande dame.
Une grande voix.
Un spectacle où le glamour avait rendez-vous avec l'humour, et la nostalgie, avec la magie.
Bref, les quelque 10 000 spectateurs qui avaient délié les cordons de leur bourse pour se payer une soirée en compagnie de Barbra Streisand, hier à la Place Banque Scotia, ont eu droit à du bonheur pur « beurre ».
Parce qu'une soirée avec Barbra Streisand s'avère sans contredit un événement, synonyme de très grande classe.
Dans la présentation, d'abord. Avec un parterre (qui n'affichait toutefois pas complet) délimité par des bandes de tapis rouge. Une scène incluant deux fosses pour un orchestre incluant une section de cuivres rutilants. Des éclairages enveloppants, dignes de Broadway.
Une impressionnante série de duos : avec le trio italien Il Volo pour offrir Smile sur un ton aussi bon enfant que ressenti ; avec le trompettiste Chris Botti le temps de My Funny Valentine et Lost Inside of You, entre autres ; avec son fils Jason (How Much Do I Love You) et avec sa soeur Roslyn (Get Happy).
Mais aussi des vêtements à paillettes, une seyante robe rouge, un bouquet de roses et une tasse de thé, déposés sur une petite table près de la chaise où elle s'est assise quelques fois pour chanter. Et une chorale de la région pour Make Our Garden Grow - et ainsi bien faire entendre son message sur l'environnement.
Une voix onctueuse
Ensuite - et surtout - dans l'interprétation.
Car à 70 ans, Babs est sans contredit en pleine possession de ses moyens. De son indéniable talent à établir avec le public une complicité teintée de bonne humeur et d'une savoureuse dose d'autodérision autant que de sa voix, riche, soyeuse, pour ne pas dire onctueuse « comme du beurre », pour paraphraser Mike Myers.
L'artiste était certes en très grande forme, hier soir.
Faisant preuve de délicatesse, elle a pris le temps de saluer la foule en français (au grand plaisir des nombreux francophones présents), en plus de livrer une poignante version bilingue de Ne me quitte pas de Jacques Brel.
Elle s'est aussi amusée à rappeler son dernier passage dans la capitale fédérale, il y a 40 ans, au Centre national des arts, alors qu'elle était invitée par le premier ministre « de l'époque » Pierre Elliott Trudeau. Ce qui l'a amené à mentionner qu'elle avait rencontré, lors de sa récente prestation à Montréal, son fils Justin, « qui semble avoir des idées progressistes pour votre pays et qui pourrait bien lui aussi habiter au 24 Sussex un jour, du moins, je l'espère vraiment ! » a-t-elle lancé, faisant là peut-être son seul faux pas « diplomatique » de la soirée, puisque c'est le seul moment où les applaudissements ont été, disons, plus discrets.
Barbra Streisand a par-dessus tout pris plaisir à revisiter son vaste répertoire de Being Good (Isn't Good Enough) à People, en passant par Here's To Life et Some Other Time.
Autant de titres magnifiquement enrobés, superbement chantés. Elle a aussi proposé des extraits de Woman In Love et de I Finally Found Someone (sans Bryan Adams). Mais également une version mâtinée d'une tendresse pleinement sentie de The Way We Were, en hommage à son ami décédé plus tôt cette année, le compositeur Marvin Hamlisch, l'une de ses pièces les plus chaleureusement applaudies par les gens.
Et si Barbra Streisand en avait donné un avant-goût avec The Way He Makes Me Feel (tiré de Yentl), elle a vraiment rappelé au détour qu'elle est aussi comédienne, avec une interprétation théâtrale à souhait de Gypsy, de la comédie musicale du même nom.
Entre l'intime (les souvenirs et photos de famille partagés) et le grand déploiement, Barbra Streisand aura trouvé un point d'équilibre où le public, lui, a sans l'ombre d'un doute, trouvé son compte.