«Quand tu t'apprêtes à voir la reine, mieux vaut être bien habillé», lance Jeff, tout de noir vêtu. Derrière ses allures de majorette sado masochiste, sa longue perruque de jais et son chapeau haut-de-forme, se cache un jeune homme de 40 ans qui ne manque pas d'attirer l'attention sur son passage. Sa façon à lui de rendre hommage à la Madone, en s'inspirant de l'une des tenues légendaires du Confessions Tour.
«En plus d'avoir une belle voix, elle a fait beaucoup pour la communauté gaie, surtout à ses débuts. Quand Ronald Reagan était alors au pouvoir dans les années 1980, elle a défendu les droits des homosexuels. Elle parlait du SIDA alors que lui ne faisait rien», défend l'Ottavien en brandissant son bâton de majorette.
Entre adultes consentants - rares sont les enfants venus accompagnés - on s'encanaille gentiment. Le défilé d'excentricités est plutôt discret, jusqu'à ce que Geneviève Simard fasse son apparition au milieu de la foule, une Material Girl «faite maison», tout en rondeurs coniques bien dessinées et pailletées.
Huit heures de confection pour son soutien-gorge imitation Jean Paul Gaultier, et la contribution du papa qui a charpenté le tout gracieusement, il n'en fallait pas moins à la Gatinoise pour assister dignement au concert de son idole: «Je l'adore, j'adore son côté bold, son inspiration, sa musique, le côté femme qu'elle assume tout comme sa sexualité».
À l'autre rive de l'entrée bondée place Banque Scotia, direction les tatouages de Vincent Yee. Eux aussi semblent recéler, en filigrane, les mots «liberté» et «égalité». Le trentenaire, membre du fan club officiel de l'artiste, dévoile une cheville, tourne fièrement ses avants bras, pointe son dos: des Madonna partout, sous toutes leurs abréviations possibles.
«Pour moi, elle représente la liberté. C'est grâce à elle que j'ai réussi à faire mon coming out», confie ce Montréalais venu applaudir sa chanteuse préférée à Ottawa, faute de ne pas avoir réussi à obtenir des places au concert de Montréal.
La discussion s'enflamme en attendant que tous les billets soient récupérés. Des anecdotes sur les faits et gestes mémorables de la star côtoient quelques considérations existentielles: «Les plumeaux, les talons hauts, les dragqueens, ça n'est pas que ça, l'homosexualité». Alain, qui prête une oreille discrète à la conversation, ne résistera pas à faire partager son opinion en conclusion. «J'espère qu'elle ne montrera pas ses seins, ça fait vraiment desperate, elle a quand même des enfants!» lance-t-il à son complice, Vincent, lequel ne manquera pas de rétorquer, philosophe: «Elle a peur de vieillir».
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