« La » gang ? Correction. Les gangs, puisqu'on a pu voir, dans l'ordre inverse, Pierre Lapointe, Malajube, Galaxie et Louis-Jean Cormier, la voix de Karkwa, se succéder au pied des grands mats totémiques du musée. Tout ça pour un prix dérisoire, rappelons-le, 10 $.
Fermant la marche, et dans la facture plus rock qu'il a pratiquée avec ses musiciens au fil des festivals cet été, Pierre Lapointe a commencé par rendre hommage au décor forestier de la Grande galerie. Sa Forêt des Mal-Aimés ne craignait ni le bûcheron, ni l'agrile du frêne : c'est elle qui, d'entrée de jeu, bûchait.
Pas de mise en scène, ni de thématique. Les morts (Le columbarium) ont côtoyé les vivants (Tous les visages), voire les futurs morts-vivants (Je reviendrai) ; les heures de la nuit (L'endomètre rebelle) ont cogné à la porte des dépressifs (Au bar des suicidés, en rappel). Lapointe, lui, a visité la Belgique du Grand Jacques, avec Au suivant.
Il s'est posé des questions existentielles (Qu'en est-il de la chance ?, en version accélérée) et a trouvé des réponses réconfortantes dans les bras de l'amour, filial (L'enfant de ma mère) ou charnel (Le magnétisme des amants).
Lapointe était fin et bien élevé. A pris le temps de jaser entre deux tounes revisitées. N'a pas toisé son public, même pour rire. Difficile, remarquez, quand on porte des bretelles...
Pour finir la nuit sur de plus douces notes, le chanteur a offert une séquence piano-voix.
Galaxie et Malajube
Avec Galaxie, on est instantanément passé sur une autre planète. Le quatuor électro-rock montréalais mené guitares battantes par le génial Olivier Langevin a eu le temps de rugir quelques pièces tirées du tout récent Tigre et Diesel, paru en février dernier, mais aussi de remonter le temps et sa discographie, en puisant équitablement dans Le Temps au point mort et dans l'époque où ils signaient encore Galaxie 500.
Certains fans à la gâchette rapide leur reprochent d'avoir perdu leur son « tracteur » des débuts, au profit de ritournelles démagogiques. Ces critiques devraient se mordre la langue. Ou venir voir Langevin et ses acolytes se démener sur scène en lançant un tourbillon de riffs salement bien contrôlés.
Ils avaient hier deux énergiques choristes pour les épauler à bord de ce train d'enfer. Elles prenaient un plaisir manifeste à voir les musiciens cogner sur leur Bateau et autres Vieux poêle. Autant qu'eux, à percuter à coups de malicieux Big Bang les tympans d'un public qui bouillonnait de plaisir.
Des bêtes de scène, sauvages et pas bavardes. On en aurait voulu davantage.
On a à peine eu le temps de dire ouf ! que le quatuor vedette de Sorel a pris les choses en main.
Que dire de Julien Mineau, le chanteur de Malajube, et des siens, sinon que, fidèles à leur réputation de perles du rock indépendant, ils habitent sur scène leurs univers sonores avec une inébranlable intensité ? Un son plein, englobant, presque lourd. Une ardeur qui décolle et ne retombe jamais. Et pourtant, ça plane...
On a pratiquement eu droit aux mêmes petites pépites aliénantes que lors de leur récent passage à Aylmer. En plus condensé, même.
D'abord avec la vibrante Synesthésie. Puis, Blizzard, Montréal -40, Caverne, Étienne D'Août, Casse-Cou, Crabe et Cristobald, pour finir, ont défilé. Elles sont restées dans la tête comme les Sangsues vicieuses qu'elles sont. Le rythme avait bien préparé le terrain en faisant épaissir le sang dans nos veines.
Louis-Jean Cormier
La formule « quatre groupes » est intéressante pour la diversité qu'elle offre, mais elle est aussi un peu frustrante. 45 minutes par groupe, c'est un peu « sept petites tounes et puis s'en va ! » Louis-Jean Cormier n'est pas censé revenir à Gatineau avant le printemps prochain. Le 2 mai à la Salle Jean-Despréz, pour être précis. On en a profité pour découvrir les chansons qu'il a fignolées.
Une quasi-primeur : le grand public, lui, ne les entendra pas avant le 18 septembre, date prévue de la parution de son tout premier album solo. On n'en connaissait que le premier extrait, doucement folké, L'Ascenseur, coincé « entre la vitesse et l'apesanteur », qu'il a livré hier avec les chaloupements qui s'imposent.
Le reste de son univers « solo » (il est tout de même entouré de quatre musiciens « hors pair ») s'est tranquillement laissé apprivoiser, hier. L'année sabbatique loin de Karkwa a permis au guitariste d'approfondir de plus personnelles créations. Qui, à prime abord, doit-on noter, ne sont pas à des années-lumière de Karkwa. Ça nous a frappé sur La cassette et Tout le monde en même temps.
Le Montréalais semblait en forme, reposé, ravi. Il a avoué sa nervosité à présenter des chansons qu'il casse encore. Et s'il était impressionné par les « beaux visages » qu'il voyait en face de lui, il l'était moins par l'acoustique des lieux : « Essayez de comprendre des choses : on chante un peu dans une piscine », a-t-il lâché après sa première chanson. On est un peu obligé de lui donner raison. Il était souvent difficile de distinguer les paroles.
À la toute fin, on a aussi reconnu La route que nous suivons, chanson qu'il interprète sur le premier opus des Douze hommes rapaillés, les excellents hommages au poète Gaston Miron, que Cormier a entièrement réalisés. Même si elle s'est affirmée résolument plus rock, histoire de préparer la suite du concert. Et même si le « Goodbye farewell » du refrain s'est transformé « Goodbye Charest ».