L'histoire de Manon Briand avait pourtant de beaux atouts pour séduire ; et l'on ne parle pas ici du défilé capillaire de Stéphanie Lapointe, qui fait savamment onduler la longue chevelure de son personnage des premiers plans au générique de fin. Kérastase méritait amplement sa place au chapitre des remerciements.
Émilie, préposée aux vestiaires d'une boîte branchée de Montréal, se retrouve embarquée dans une histoire d'héritage et de trafic international pour avoir péché par excès de gentillesse.
L'héroïsation des sans-grade, la sanctification de la simplicité ; on reconnaît bien dans Liverpool la patte des longs métrages français (Intouchables, Amélie et compagnie) qui renvoie l'image d'une nation que rien n'aurait altérée, surtout pas la bonté d'un peuple prêt à défendre le chômeur et le handicapé, le plus démuni contre la brute capitaliste.
En exaltant cette vertu élevée au rang de tradition nationale (surtout depuis l'avènement des mobilisations éclairs lancées sur les réseaux sociaux), ce type de réalisateurs a vite fait de basculer dans l'angélisme, au risque de se faire accuser de peindre la réalité aux couleurs mielleuses d'un scoutisme suranné.
C'est un reproche qui hante terriblement le dernier film de Manon Briand, dès les premières images exhibant un enfant des rues, un téléphone portable à la main, au milieu de déchets électroniques.
Mais très vite, à la suite de ces images-chocs que l'on ne comprendra véritablement qu'à la fin, le film bascule dans un tout autre décor. La caméra plonge sous les projecteurs d'une discothèque montréalaise en pleine ébullition. La suite s'attachera à « boucler la boucle », à faire comprendre très didactiquement comment la première séquence de type documentaire se trouve reliée à l'aventure en sépia photoshopée d'Émilie et de Thomas.
Jamais les deux tourtereaux ne trouveront vraiment le temps de se déclarer leur flamme, trop occupés à rétablir la vérité sur une affaire d'enlèvement et de trafic international.
Diversement appréciables, les répliques en gags de situation et les jeux de mots de bistrot font partie d'un fond sonore à la bonne franquette, témoignant d'une volonté de parsemer le drame de plaisanteries à partir de citations culturelles hétéroclites. Ici un hommage chorégraphié à Godard, là une référence à la série télévisée CSI. Clins d'oeil et broutilles. Les deux illustrent bien le grand écart casse-figure à cause duquel le scénario finit par choir.
Agréable à regarder, le poétique arsenal visuel de Manon Briand n'en fait pas moins barrage à l'expression viscérale de l'amour, à l'horreur mercantile de l'exploitation du Sud par le Nord avec le transfert et le traitement des déchets électroniques. Il ne sera pas question du fait que cette activité de récupération fait vivre des gens, ni qu'elle peut présenter des risques majeurs suite aux dangers d'un traitement inadéquat : objets brûlés à l'air libre, rejets des éléments dans la nature.
À la sortie de la salle, un arrière-goût persiste : Qui trop embrasse mal étreint.
Liverpool, de Manon Briand.
Avec Louis Morissette,
Stéphanie Lapointe,
Charles-Alexandre Dubé.
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