Réponse en demi-teinte du batteur et pianiste Dylan Phillips dans un français tâtonnant et charmant. L'aura mystérieuse, ça se cultive, le mythe aussi. L'insaisissable fondateur aurait consolidé son club des cinq grâce à une petite annonce publiée sur Craiglist, en 2010, avant de se carapater et de laisser la formation à sa réussite fulgurante. Il cherchait alors un bassiste. C'est Devon Portielje, guitariste et percussionniste qui répond à l'appel.
« Il a été touché par sa façon de rédiger l'annonce, la philosophie qui s'en dégageait », explique Dylan.
Le musicien originaire d'Ottawa rejoint également la claviériste et guitariste Conner Molander, et devient chanteur. Son minois d'ange raphaélique ne gâte rien à l'affaire. Mais à cinq, le radeau peine à garder le cap et deux d'entre les aventuriers tombent à l'eau. À l'automne 2010, le sabordage pointe à l'horizon.
« On a pensé quitter, tout arrêter. C'était un peu trop intense d'équilibrer le travail, l'école que nous n'avions pas finie. Au début, nous avions senti la magie, nous avons tous vu qu'il y avait quelque chose de spécial. Le band méritait tout notre temps ».
Une histoire de pierrots lunaires, tiraillés entre deux eaux, ballottées aux quatre vents indi-rock-pop-folk et qui finissent par choisir le bon bord. Avec la bénédiction des dieux indé, les mêmes peut-être qui se sont penchés sur Radiohead à ses débuts, Half Moon Run se fait hisser vers des cieux plus cléments. La bouée providentielle s'appelle « projet de fin d'étude d'un ami pour ses études en enregistrement du son ». Le morceau en titre s'intitule Full Circle. Il atterrit sur le bureau de la prof... qui n'est autre que la directrice générale de la maison de disques Indica Records. « On a eu beaucoup de chance : elle l'a écouté et a voulu rapidement nous rencontrer », résume Dylan Phillips, alors étudiant au Conservatoire de musique de Montréal.
Tout plutôt que rien
Face à tout ou rien, ce sera tout : le trio décide de ne se consacrer qu'à sa musique et publie son premier album, Dark Eyes, sorti le 27 mars dernier.
« La plupart des chansons ont été composées en deux semaines », assure le batteur. Un seul morceau, pourtant, aura suffi pour leur ouvrir les portes des festivals d'été ici et outre-Atlantique. Car depuis sa sortie, l'album bénéficie d'un buzz plus que favorable : « Une prestation impeccable, on a la certitude que le groupe, bientôt et si le monde est juste, sera immense », prédisait le magazine français Les Inrocks.
Finis les showcases déstabilisants où Half Moon avait encore tout à prouver, avec un arrière-goût amer de produit à vendre.
Après une tournée marathonienne en Europe - 32 dates en 32 jours - les affiches exhibent présentement Osheaga sur leur fronton, festival incontournable où ils se produiront avant le concert, samedi prochain, au bar Le Petit Chicago.
« Cette tournée permet à chacun de trouver sa place au sein de la formation : Devon est bon financier, moi je peux conduire des heures sans dormir et Conner s'occupe du merchandising ».
Symonds en renfort
Pour sa tournée, le groupe a même fait appel à un ancien « tombé à l'eau », Isaac Symonds, en renfort sur scène afin de reproduire le son de l'album travaillé en studio. Et parce qu'ils ne font jamais les choses à moitié, Half Moon carbure à la découverte de nouvelles chansons - « car c'est le meilleur feeling au monde » - et ne dira pas qui les a fondés. Tombés du ciel, finira-t-on par croire.