Le Canada réduit le soutien à la culture canadienne à l'étranger

Des postes clés sont supprimés à Paris et à Berlin

Hélène Blackburn... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Hélène Blackburn

Imacom, Jocelyn Riendeau

Maud Cucchi

Maud Cucchi
Le Droit

Rendue publique sur les médias sociaux, l'information s'est répandue comme une traînée de poudre virale : depuis quelques semaines, des postes clés de responsables et d'attachés culturels ont été supprimés au Centre culturel canadien à Paris, ainsi qu'à l'ambassade du Canada à Berlin.

Cinéma, danse, théâtre, musique, mais aussi littérature et arts plastiques canadiens perdent en peu de temps un soutien vital à l'étranger, déplorent différents acteurs de la scène culturelle internationale qui ont bénéficié à un moment de leur carrière d'une aide devenue espèce(s) en voie d'extinction.

Au coeur des capitales culturelles de l'Europe, ces employés du Ministère des affaires étrangères avaient pour mission de soutenir, faire connaître et promouvoir les artistes canadiens dans leur désir de rayonnement international.

« Quand on connaît la réalité hiérarchique française, notamment dans le démarchage auprès des directeurs de salle et des diffuseurs, la perte soudaine d'un tel soutien est catastrophique pour les artistes que nous sommes », a déploré Louis Fortier, acteur et metteur en scène installé à Paris depuis une quinzaine d'années.

Ce Québécois d'origine, qui a fondé la compagnie Le Théâtre Fools and Feathers avec son épouse Sophie Brech, a vu ses projets de promotion brutalement avortés pour son dernier spectacle Tubby et Nottubby. « Cette personne-ressource allait favoriser la rencontre d'une oeuvre de qualité avec les professionnels du spectacle français susceptibles de la porter encore plus haut et plus loin, et ainsi de lui permettre de continuer à rayonner en France, d'exister. »

De sa France d'adoption, où la ministre de la Culture a récemment soutenu au Festival d'Avignon que « la culture n'est pas un luxe qu'un pays peut se permettre quand tout va bien ; c'est un élément structurant de notre paysage économique », Louis Fortier mobilise ses connaissances dans le milieu artistique, dans l'espoir de soumettre dès la fin de semaine une lettre ouverte à l'intention du premier ministre Stephen Harper.

« Depuis que les conservateurs sont passés majoritaires, la place des arts vivants est reléguée au second plan. Il fait la même chose que Thatcher en son temps. C'est énorme. Une saignée terrible », avertit-il.

Pourtant, comme bien d'autres qui ont déjà été épaulés par ces organismes culturels canadiens à l'étranger, Louis Fortier n'a pas à se soucier de son avenir à court terme : il s'apprête à prendre part à la prochaine création d'Omar Porras, Roméo et Juliette, qui aura lieu au Japon, dès la fin juillet 2012. De plus, il a tout récemment été convié par Robert Lepage à prendre part à sa prochaine création, Jeu de cartes : Coeur, en tant que co-auteur et acteur.

Hélène Blackburn

« C'est pathétique, cette dilapidation de notre héritage, cette perte de l'expertise de gens qui établissaient des ponts entre l'Europe et les artistes canadiens. Mais le pire, c'est que ceux qui vont payer, ce sont les jeunes et pas les artistes déjà établis. Ceci dit, les Québécois vont chialer beaucoup mais seront les moins pénalisés. Il existe toujours les délégations générales du Québec [à Paris, Bruxelles et Londres] ; on n'est pas laissés-pour-compte », souligne la chorégraphe Hélène Blackburn, maintes fois soutenue par ces mêmes experts depuis ses premières tournées en Europe, il y a une dizaine d'années.

Les derniers spectacles de sa compagnie Cas Public ont été présentés dans des festivals et des salles réputées à travers le monde, de Chicoutimi à Madrid, en passant par l'Opéra Bastille de Paris et l'Opéra de Bordeaux.

« Il y a eu une prise en charge de toutes les invitations auprès des diffuseurs français. Notre venue à l'Opéra a déclenché une tournée en Europe : 175 présentations, c'est énorme. Les gens au pouvoir ne comprennent pas ce qu'on fait, l'argent que ça rapporte et l'image positive que nous véhiculons. »

Christian Lapointe

Pour le metteur en scène Christian Lapointe, ces compressions révéleraient une volonté de faire taire les artistes à l'étranger. « Comme ils n'ont pas le droit d'effectuer une sélection sur une base partisane, ils coupent tout. Personnellement, je pense que c'est une façon de faire de la censure. Ce ne sont pas des coupures administratives, ce sont des coupures idéologiques. »

En 2007, Christian Lapointe a été invité à Berlin par l'Institut International de Théâtre (UNESCO) à participer à un colloque pour auteurs et praticiens sur les nouvelles dramaturgies.

« L'attachée culturelle des arts de la scène à l'ambassade de Berlin a vu mon travail et m'a référé, se souvient-il depuis Barcelone, où il a été invité à un congrès semblable. Ce sont des rencontres importantes où les artistes deviennent des ambassadeurs des états. »

Selon lui, ce rayonnement à l'étranger constitue un outil précieux de promotion dans le pays d'origine. C'est grâce à sa participation au Festival d'Avignon en 2009, alors que Wajdi Mouawad y était l'artiste associé, que Christian Lapointe doit sa coproduction de Limbes, au Centre national des arts d'Ottawa, la même année. « Tout ce dialogue-là entamé à Berlin et à Paris avec ces contacts s'est rompu. Je ne peux plus compter sur le fait que j'ai une personne-ressource. »

Réponse laconique

Au Ministère des affaires étrangères, la réponse reste laconique dans un courriel envoyé par le service des relations aux médias : « Le gouvernement du Canada est consciencieux dans son utilisation de l'argent des contribuables et déploie tous les efforts pour s'assurer que les ressources consacrées aux activités de diplomatie canadienne sont optimisées.

Le gouvernement du Canada continue de promouvoir la culture canadienne à l'étranger, notamment grâce au travail de ses ambassades à Berlin et à Paris. »

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