Cette coproduction du Festival Danse Canada programmée en première à Ottawa présente également sur scène le violoniste américain Malcolm Goldstein. Deux hommes d'expérience pour une partition mixte, toute en pureté des lignes et surprises rythmiques.
La sensation de plonger au coeur du travail, d'observer une danse sur son établi en quelque sorte, une chorégraphie et une musique en train de s'écrire, est palpable.
Flotter, planer, voler ou presque...Tous les moyens sont bons pour échapper à la pesanteur ou s'en donner l'illusion. La danse de Paul-André Fortier a des ailes invisibles pour mieux décoller du plancher des vaches. Elle est sans cesse propulsée par les bras, par leur besoin de se détacher du corps et de s'élever dans les airs. Au repos, ils s'enlacent autour de la tête, indolents. Nouveau vocabulaire avec les deux bras se balançant bien droit, nouvelle syntaxe quand ils épousent le souffle du danseur.
Ça ne date pas d'hier. Paul-André Fortier, lauréat cette année d'un Prix du Gouverneur général du Canada, a habité le paysage artistique en albatros de la danse contemporaine, et continue de le faire avec sa dernière création.
Dans Vertiges, le chorégraphe renoue avec la danse pure qui ne doit son sens qu'à la seule urgence intime du mouvement, à sa capacité renouvelée de se propulser sur les planches en trouvant une écriture singulière et juste.
Sur un plateau jonché d'ampoules et de projecteurs à l'éclairage indirect, et au creux duquel s'inscrivent de longues plages de silence serties dans des partitions de Malcolm Goldstein, il est question du crépuscule de la vie, de l'appréhension sensible et physique de la fin. Moments intimes entre deux hommes d'âge mûr, où silences et immobilité explosent dans l'espace et remplissent le contrat contenu dans le titre du spectacle. Tel ce face-à-face à couper le souffle, où le violoniste, assis, ne fait vibrer de son archet qu'une seule note, reprise en mouvements par Paul-André Fortier.
Quand l'un danse, l'autre joue, mais le musicien danse aussi et le danseur bruite parfois ses gestes. Qui donne le la à l'autre? Il est souvent difficile de le déceler tellement la symbiose entre les deux hommes est confondante. Le duo trouve un bel élan, surtout à l'approche de la scène finale: musique décomplexée, pas enlevés et joyeux, la dernière partie du spectacle invite au geste libérateur, ultime souffle de vie. Qu'est-ce qu'on fait en attendant que le jour finisse, que la vie s'arrête ? On danse, évidemment.
En arrière scène, un panneau-écran traverse le plateau, projette les ombres mouvantes du danseur et de son musicien. Point central où les tableaux chorégraphiques finissent par converger, cet horizon renvoie aux interprètes leur image, recueille tendres caresses et gestes frénétiques. Comment l'apprivoiser? La fin du spectacle y répond en offrant une belle pirouette poétique.
POUR Y ALLER
OÙ? La Nouvelle Scène
QUAND? Ce soir, 19h
RENSEIGNEMENTS? 613-947-7000 ou sur le web