Maria de Medeiros, Isabella Rossellini, Golshifteh Faharani, Jamel Debbouze, Chiara Mastroianni, Éric Caravaca forment une distribution chamarrée avec, au premier plan, Mathieu Amalric en violoniste de génie désabusé, inconsolable suite à la perte de son instrument fétiche.
Il était une fois, dans le Téhéran des années 1950, une histoire empreinte d'humour et de poésie, sur la mort, mais surtout sur la vie.
À la suite d'une querelle conjugale, la femme du musicien brise l'objet de discorde dans un accès de colère. Depuis qu'ils se sont mariés, elle fait tout, lui, jamais rien à son goût. Élever les enfants, faire la lessive, le ménage, la vaisselle, les devoirs, pèse plus lourd dans la balance familiale que faire l'artiste. Puisqu'aucun instrument - même un Stradivarius ! - ne parvient à lui redonner goût à la musique et à la vie, Nasser Ali décide de mourir. Reste à savoir comment.
Barbituriques et sachet plastique ? Pas assez esthétique. Le pistolet ? Trop prosaïque. En cherchant la façon la plus digne de tirer sa révérence, il décide d'attendre qu'Azraël, l'ange de la mort, vienne le chercher dans son lit.
Pendant les huit jours de son agonie, le violoniste va se remémorer son passé, de sa demande en mariage avortée avec le coup de foudre de sa vie aux épousailles tardives avec une femme qu'il n'aime pas (Maria de Medeiros en mégère amoureuse). Poulet aux prunes cuit à feu vif tous les ingrédients de la vie, le burlesque et le tragique, la beauté et l'amour contrarié, mais la vie elle-même semble un peu se diluer dans ce trop-plein de récits fragmentés.
Même si la structure éclatée du scénario déroute de prime abord, le vagabondage des pensées au fil des fantasmes, rêves et visions du mourant finit par incarner toute l'audace du film : associer à chacune de ses journées un genre cinématographique différent, avec son courant esthétique repris, voire parodié. Mélodrame hollywoodien ou burlesque à la Chaplin, hilarant pastiche de série B à la sauce américaine, parenthèse décalée avec Edouard Baer (évidemment) en ange de la mort, séquence « améliepoulainisée » de Jamel Debbouze en irrésistible commerçant magicien, certaines pièces de ce patchwork cinématographique séduisent quand d'autres frisent le ridicule (Jamel Debbouze en génie néandertalien).
Charmante trouvaille poétique que celle du motif de la fumée. Filmée en rubans, ronds, volutes ou nuages, elle unit les sketchs entre eux et ouvre les portes du mystère et de l'imaginaire. Vapeurs d'opium exhalées par l'excellent Mathieu Amalric, fumée blanche qui symbolise l'âme d'Isabella Rossellini, atmosphère enfumée dans laquelle se drape une Chiara Mastroianni impériale...
Ce Poulet aux prunes, servi bien fumant, est un plat que l'on se mettra volontiers sous la dent en cette période de disette cinématographique.
Poulet aux prunes.
De Marjane Satrapi
et Vincent Paronnaud.
Avec Mathieu Amalric,
Maria de Medeiros, Isabella Rossellini, Golshifteh Faharani, Jamel Debbouze, Chiara Mastroianni.