«Ce n'est tellement pas le cas!» assure au bout du fil Sébastien Ricard, le Batlam des Loco Locass.
«Certains textes ont été écrits il y a très longtemps. L'évènement déclencheur qui nous a donné le coup de pied au cul pour finaliser ce projet a été l'invitation de jouer à la fête nationale à Québec. Mais en même temps, c'est vrai que l'album est en phase avec l'actualité», poursuit-il, avant d'enchaîner sur la dédicace à Falardeau et au rappeur MCA, récemment emporté par le cancer. «Quand tu mélanges Falardeau et les Beastie Boys, tu obtiens Loco Locass. Les Beastie Boys, c'est notre entrée dans le monde hip-hop, tandis que Falardeau, c'est l'engagement, une icône.»
À cette courte liste, il faut aussi ajouter les étudiants grévistes, source d'inspiration, mais surtout de fierté au sein des Loco. «Les étudiants grévistes ont sonné un réveil que nous n'espérions plus. Le Québec est enfin sorti de sa torpeur, nous vivons une crise sans précédent.»
En huit ans, les gars de Loco Locass ont eu le temps d'aiguiser leur plume et leur verbe. «Nous avions envie de parler vraiment, de partager notre expérience. Nous ne voulions pas juste surplomber des sujets.»
Sur le premier extrait Wi, les Loco mentionnent les commotions soulevées par les Turcotte, Chara, Mouawad et Cantat dans les sphères médiatiques tout comme dans les chaumières. Le groupe n'hésite pas à les qualifier de boucs-émissaires et de paratonnerres «d'une colère sans repère». «Ce sont des débats qui ont pris de proportions énormes, des enjeux moraux qui sont devenus des débats moraux.»
L'immigration, l'inclusion, l'ouverture à l'autre: autant de thèmes récurrents des Loco Locass qui retrouvent leur place sur cet album, qui multiplie aussi les coups de gueule. Sur La trahison des marchands, le groupe cite «les colons, les colonnes / sans couilles, sans colonne / (qui) défilent en criant : liberté !».
«Disons qu'il y a des gens qui ont une définition erronée de la liberté. Quand ils parlent de liberté, ils parlent plutôt de liberté individuelle», explique Batlam, ajoutant que cette chanson a été inspirée de la controverse entourant le projet de reconstitution historique de la bataille des plaines d'Abraham, en marge du 400e de la ville de Québec. «Les marchands et les commerces se foutaient de savoir ce que nous allions célébrer, pourvu qu'ils fassent la passe d'argent.»
Plus de détails dans le Cahier des arts du 9 juin ou sur ledroitsurmonordi.ca