Parce qu'ils auraient soi-disant prédit la fin du monde pour le 21 décembre 2012.
Parce qu'ils ont laissé derrière eux des temples, des pyramides et des sites archéologiques qui attirent toujours des hordes de touristes, tant à Chichen Itza, Palenque, Tulum que Coba, par exemple.
Parce qu'ils avaient développé une civilisation structurée, basée sur les liens privilégiés entre la haute élite et les dieux.
Parce qu'ils avaient aussi conçu une saisissante manière de calculer le temps et des glyphes que les experts n'ont pas encore réussi à déchiffrer entièrement (ils peuvent lire 80 % des écrits retrouvés, puisque presque tous les codex et livres mayas ont été détruits par les Espagnols), entre autres.
Tout ça avant de sembler s'évanouir dans la jungle...
« Cette idée que les Mayas ont abandonné leurs cités a toujours intrigué et fait partie de leur mystère », souligne d'ailleurs en souriant le conservateur du Musée canadien des civilisations (MCC), Jean-Luc Pilon, responsable de l'exposition Les Secrets de la civilisation Maya, que le MCC présentera du 18 mai au 28 octobre.
« Mais peut-on vraiment parler d'effondrement, quand on sait que 10 millions de descendants vivant aujourd'hui notamment dans la péninsule du Yucatán prouvent que les Mayas ont survécu ? soulève-t-il du même souffle. Ne pourrait-on pas plutôt parler de réaménagement politique pour expliquer leur 'disparition'? Qui sait si les militaires n'ont pas pris le contrôle à Chichen Itza lorsque le pouvoir du souverain a été remis en question par les siens ? Une chose est évidente : ce qu'on sait des Mayas, de leur monde, n'équivaut qu'à la pointe de la pyramide ! »
Très peu de faits permettent en effet de rendre compte avec précision d'une « vérité » maya, rappelle M. Pilon. Cette situation favorise les nombreuses interprétations, voire des longs métrages tel Apocalypto de Mel Gibson, datant de 2006, qui a notamment soulevé la controverse par son portrait d'un peuple sanguinaire et particulièrement cruel.
L'exposition du MCC, montée en collaboration avec l'Instituto Nacional de Antropología e Historia au Mexique et le Musée royal de l'Ontario, entre autres, lève donc le voile sur quelques-unes des plus récentes interprétations d'une histoire et d'une civilisation parmi les plus étudiées en Amérique. Les Secrets de la civilisation Maya propose ainsi une incursion au coeur de l'âge d'or des Mayas (soit la période dite classique, de 250 à 900 de notre ère), mais aussi au coeur même du palais de Palenque, dans l'état mexicain du Chiapas.
Et, par le fait même, entraîne le visiteur dans les coulisses du pouvoir.
Souverain et dieux
Car « à la source des secrets de cette civilisation, il y a le souverain de la cité-État et, surtout, sa capacité à interagir avec les dieux », fait valoir Jean-Luc Pilon.
Cette relation privilégiée entre hommes et dieux permettait justement à l'élite, capable de lire et d'écrire, de justifier, de consolider son pouvoir sur le peuple. Elle est ici explorée par le biais d'artefacts éloquents, incluant des aiguillons de raies ou des pointes d'obsidienne destinées aux saignées, ou encore par des représentations graphiques de séances d'autosacrifice.
L'offrande de son propre sang, récolté sur du papier ensuite brûlé, permettait d'entrer en contact direct avec les dieux et les ancêtres. Le linteau de porte à l'effigie de Dame Wak Tuun, Le Serpent des visions, rend bien compte de ce rituel.
« Le sang des souverains était le plus prisé des dieux. On le brûlait donc pour établir un dialogue avec eux. »
D'autres panneaux montrent aussi des rois, voire des reines (les femmes ne gouvernaient toutefois qu'en période de troubles, en l'absence d'héritiers mâles ou en cas d'incapacité du souverain régnant) arborant un sceptre royal, symbole de leur rôle d'intermédiaires privilégiés entre les dieux et le peuple.
Si l'autosacrifice était pratiqué en privé comme en public en certaines occasions, le sacrifice de prisonniers l'était également. Cela dit, tous les captifs n'étaient pas systématiquement tués ou asservis, comme en témoigne la sculpture représentant K'inich K'an Joy Chitam II, le souverain de Palenque capturé par Tonina en 711, qui a pu retourner à Palenque.
Plus de détails dans LeDroit du 12 mai ou sur ledroitsurmonordi.ca