Un budget politique

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À Gatineau comme ailleurs, il ne devrait jamais y avoir de débat entre le pavage et les bibliothèques, comme si l'un excluait l'autre. Tout budget, municipal ou autre, est un exercice politique qui doit durer 12 mois. Il est la trame sur laquelle se tisse la vie d'une administration publique, d'une institution ou d'une entreprise. Il faut établir des priorités, en débattre, faire des choix et vivre avec jusqu'au prochain budget, qui se met en marche le lendemain de son approbation.

En jetant un pavé dans la mare budgétaire via le pacte fiscal «transitoire», Québec a indirectement rendu service à Gatineau et à ses élus. Il a provoqué un débat salutaire et révélateur, mais toujours à refaire. 

Il n'aurait peut-être pas eu lieu avec la même intensité si les élus n'avaient été obligés de se «montrer en public». Il est toujours plus intéressant de débattre d'infrastructures et de culture que de couches jetables, de marquage de rues et de fluides corporels.

N'oublions pas qu'il est ici question de grandes orientations d'une ville d'un quart de million d'habitants avec un budget de plus d'un demi-milliard.

Ce débat sur les coupures forcées de 17 millions $ sur quatre ans dans le Plan triennal d'investissements n'est pas un échec à proprement parler pour le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Il aurait préféré une répartition différente. Soit. Mais on est bien loin de la misère. Il y aura quand même croissance des investissements dans le centre-ville et dans le réseau des bibliothèques. On investira moins, mais cela ne signifie pas qu'on recule. On avance moins vite.

En période de compressions, cela ne devrait pas étonner.

On a fait les gorges chaudes de la déclaration pas très politiquement correcte de la conseillère Josée Lacasse sur les bibliothèques: «Nous sommes à l'ère numérique» et «les jeunes n'y vont même plus». 

C'est se méprendre sur le rôle d'une bibliothèque comme moteur du savoir et pôle culturel. 

Toutefois les propos de la conseillère ne sont pas tout à fait dans le champ. Il existera toujours un débat sur la pertinence d'ériger un monument du savoir en béton à l'ère numérique alors que les succursales de proximité sont négligées depuis plusieurs années et que leur fréquentation laisse à désirer. C'est pourquoi les élus ont favorisé la construction d'une nouvelle bibliothèque dans le secteur du Plateau ainsi qu'une mise à niveau des succursales Lucy-Faris (Aylmer) et Guy-Sanche (Gatineau).

 Ils ont également mandaté l'administration de préparer le dossier de la bibliothèque centrale au cours des trois prochaines années. Tout cela ne ressemble pas à une défaite politique. 

Rien pour que le maire Pedneaud-Jobin n'en fasse un dossier sur lequel il est prêt à perdre ses élections. Ce serait une erreur, d'autant plus que ce qui était un échec politique en matinée s'est transformé  en «un pas en avant impressionnant.»

Il en va de même des investissements pour dynamiser le centre-ville. On investira 32 plutôt que 36 millions $. On avance et on se hâte avec lenteur, comme disaient les Romains: festina lente !

La dichotomie entre l'asphalte et la culture n'est pas un jeu à sommes nulles entre l'homme d'affaires Denis Tassé et l'humaniste Maxime Pedneaud-Jobin. Ce choc d'idées parfois musclé entre les services de base et la qualité du vivre ensemble, entre la gestion et la vision, demeure fort utile. Il nous fait réaliser à quel point les deux sont indissociables. Par exemple, l'état de nos rues a un effet négatif sur la prétention de Gatineau à se définir comme une capitale du vélo et de la mobilité durable. 

Investir dans l'infrastructure, comme dans la culture, c'est aussi investir dans notre qualité de vie. L'une ne devrait jamais exclure ni diminuer l'autre.

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