L'an un du Rapibus

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

On pourrait comparer l'an un du Rapibus à l'arrivée d'un enfant. La grossesse est parfois longue et pénible. L'enfantement peut être difficile. À son premier anniversaire, le bébé peine à marcher et la dentition, toujours douloureuse. Tous les espoirs étaient permis. La réalité réserve des surprises et des lendemains qui déchantent. Les nuits sont longues et les parents, fatigués.

L'adoption du Rapibus par les usagers révèle aussi des sentiments très partagés. Un an après sa mise en service, il doit toujours faire ses preuves dans le coeur des Gatinois, dont la patience a été exemplaire. Au bord du découragement, certains ont lancé la serviette. Certaines améliorations résultent des ajustements subséquents à la mise en service. Ce constat est troublant.

Sans surprise, le bilan présenté vendredi par le président de la Société des transports de l'Outaouais (STO), le conseiller Gilles Carpentier, révèle qu'il reste du chemin à faire pour que le Rapibus remplisse les promesses de l'administration précédente, qu'il qualifie d'ailleurs d'«héritage politique».

Les nombreux ratés suivant l'inauguration du Rapibus auront marqué la campagne électorale de 2013. Ils ont été un facteur dans l'élection du nouveau maire Maxime Pedneaud-Jobin, précipitant la défaite du maire sortant, Marc Bureau. Le nouveau maire a fait du Rapibus la «première» priorité de son mandat. Il a assumé la présidence de la STO avant d'en céder les rênes au conseiller Gilles Carpentier. C'est tout à l'honneur du maire Pedneaud-Jobin d'avoir ainsi assumé ses responsabilités face à l'héritage douteux reçu de son prédécesseur.

Le Rapibus est né avec des handicaps qui ont rendu d'autant plus difficile son intégration au réseau de transport en commun de la région d'Ottawa-Gatineau. Les améliorations promises de l'achalandage, l'utilisation, la ponctualité et la rapidité du service ont fait la manchette, mais pour les mauvaises raisons. Au prix qu'il a coûté - plus de 255 millions$ - on se serait attendu à beaucoup mieux. Maintenant, il faut faire avec.

En effet, des changements importants ont dû être apportés au concept d'origine du Rapibus. Au départ, les autobus devaient parcourir les quartiers avant d'emprunter la voie rapide pour transporter les usagers à destination. On a ensuite changé sa vocation afin de diminuer l'achalandage... à Ottawa. Les autobus locaux rabattent les usagers vers le Rapibus desservi par des véhicules de plus grande capacité.

La mise en service fut un fiasco total. La grogne populaire, tout à fait justifiée, a obligé la STO à «se revirer de bord». Plusieurs changements ont été apportés pour répondre à la finalité, première et évidente, d'un système de transport en commun, celle de déplacer avec efficacité des milliers d'usagers sur un territoire donné, une évidence qui semble avoir échappé à ses «vendeurs». Justement, le Rapibus semble avoir été conçu comme un système plutôt que comme un moyen de transport. On a négligé sa finalité première de déplacer des gens vers une destination et de les ramener chez eux.

Toutes les améliorations, ajustements et changements qui ont été apportés depuis un an répondaient à cet impératif, pourtant évident, du service aux usagers. C'est pourquoi le prolongement éventuel du Rapibus jusqu'au boulevard Lorrain, dans l'est, et vers Aylmer, dans l'ouest, ne peut être envisagé sans en tenir compte. Tous les contribuables de Gatineau payent cher pour la STO et pour le Rapibus. Ils sont en droit de s'attendre à un meilleur rendement sur cet investissement collectif, présent et futur.

Les comparaisons publiées en page 3 de notre édition de vendredi montrent certaines améliorations. Encore faut-il se demander si elles sont le fait du Rapibus ou des ajustements subséquents à sa mise en service. Une colonne manque à ce tableau, celle du temps de déplacement en auto vers les destinations indiquées. Car, comme le démontrait vendredi le collègue Patrick Duquette, il n'existe pas de meilleure publicité pour le Rapibus, si imparfait soit-il, que la congestion routière sur l'autoroute 50 pendant que des autobus filent vers leur destination.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer