Transparence et piratage

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C'est une affaire sérieuse (...) un acte criminel.» Le maire d'Ottawa, Jim Watson, ne pouvait si bien décrire l'attaque informatique dont la Ville d'Ottawa et son Service de police ont été victimes vendredi dernier et en début de semaine.

Même si le maire Watson et le chef de police, Charles Bordeleau, se sont voulus rassurants, il ne faut surtout pas minimiser la portée de ces incidents. Ils relèvent à la fois du vandalisme local, du paritage informatique et d'une forme de terrorisme international. L'auteur présumé aurait été motivé par une affaire impliquant un jeune d'Ottawa faisant face à des accusations pour avoir alerté des corps policiers et créer une fausse panique, appelée swatting. Le pirate revendique également des attaques contre les sites web de la Cour suprême, du Service de police de Toronto et de la Ville de Laval. Il dit être appuyé par des pirates se réclamant du groupe international Anonymous qui, hier, s'en prenait aux sites de la gendarmerie française dans une « opération anti-répression ».

Hier, des pirates informatiques se réclamant de la Syrian Electronic Army ont perturbé des sites de nouvelles de la CBC, du quotidien Chicago Tribune, du Telegraph, de la revue Forbes et de la chaîne américaine de télévision NBC. Ce groupe, disant appuyer le président syrien Bachar el-Assad, s'était déjà attaqué aux sites des quotidiens New York Times et Washington Post.

Même s'il y a peu en commun entre ces actes de piratage informatique et les cibles visées, il n'en demeure pas moins que les administrations publiques et les entreprises ne peuvent les prendre à la légère. Les systèmes informatiques les plus sophistiqués et les plus robustes demeurent quand même fragiles puisque leur sécurité dépend de leur maillon le plus faible. Et, plus souvent qu'autrement, ce maillon faible est humain. Une attaque sur le site de la revue Forbes, en février dernier, a pu être menée après qu'un directeur ait cliqué sur un lien acheminé par courriel.

Ces actes de piratages ne sont pas anodins, car ils peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Une fausse nouvelle sur des explosions à la Maison Blanche, plantée dans le compte du fil de presse Associated Press, a effacé 136 milliards $ de valeur boursière en trois minutes en avril 2013.

Et lorsque ces attaques, souvent menées par des états, portent sur des services publics, comme les usines de pompage, les réseaux électriques, les grandes infrastructures énergétiques ou des installations nucléaires, les conséquences économiques, militaires ou humaines peuvent être catastrophiques. Le programme nucléaire iranien en a été la victime.

On ne peut vraiment empêcher un acte de piratage de se produire dans notre propre cours comme ce fut le cas à Ottawa, ou même dans nos propres foyers. Nous sommes bien mal outillés pour lutter contre de telles attaques si ce n'est qu'en multipliant les mesures de protection, les redondances ou les sauvegardes... jusqu'à la prochaine attaque.

Cette course à la sécurité informatique coïncide avec l'ouverture de plus en plus grande des administrations publiques dans un désir de transparence à la fois politique et informatique. Il y a une dizaine de jours, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, déclarait au chroniqueur Patrick Lagacé : «On croit à une Ville ouverte, alors on met le plus de données possible sur notre site, des données utilisables». Le mouvement des données ouvertes déferle sur le monde municipal depuis quelques années en fonction du principe que l'information municipale est un bien commun dont la diffusion est d'intérêt public.

Ce principe d'ouverture doit être défendu car il en va de la transparence de nos administrations publiques. Par voie de conséquence, les systèmes, les réseaux et les outils qui la soutiennent doivent en garantir la sécurité. La transparence n'est pas une passoire.

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