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Dans un monde idéal, le gouvernement Couillard et les municipalités québécoises se seraient entendus a priori sur la meilleure façon de partager l'effort de compression des dépenses dans le cadre d'un véritable pacte fiscal et d'une gouvernance revue et corrigée avec les municipalités. La réalité est tout autre. Le jeu politique et les alliances de pouvoir ont changé la donne. L'exercice de compression de 300 millions$ n'est donc pas d'abord budgétaire, il est de l'ordre de la politique et de la gouvernance.

Le gouvernement a en effet opté pour un «pacte fiscal transitoire» imposé avec l'accord, non moins forcé et non moins étrange, de l'Union des municipalités (UMQ) et de la Fédération québécoises des municipalités (FQM). Ces deux associations, qui représentent les principaux centres urbains, pour la première, et les MRC et municipalités rurales, pour la seconde, ont affirmé qu'elles n'accepteraient pareil traitement qu'une seule fois.

Or, rien n'est moins certain, d'autant plus que le gouvernement s'est assuré de l'appui de Québec et de Montréal pour imposer cet exercice de compression.

Dans le domaine de la fiscalité, une fois, c'est le début d'une habitude. Rappelons à cet effet la réforme Ryan du début des années 1990 transférant certains pouvoirs et responsabilités aux municipalités dans les secteurs de la voirie, de la sécurité publique et du transport en commun.

Cette fois-ci, la capitale et la métropole se voient donc imposer des compressions respectives de 20 et de 75 millions$, mais, en contrepartie, elles y gagnent au change avec la loi 3 mur à mur qui, grosso modo, impose aux Villes et aux employés municipaux de rembourser, à parts égales, le déficit des caisses de retraite accumulé par les Villes et d'en suspendre l'indexation.

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, argumente avec la conviction d'un vendeur de chars usagés que l'effort ainsi demandé aux Villes n'est pas si grand qu'il n'y paraît et que ces dernières n'ont qu'à puiser dans leurs surplus pour ne pas imposer d'effort supplémentaire à leurs contribuables. D'une part, toutes les Villes ne sont pas dans cette situation et, d'autre part, certains surplus sont déjà engagés dans des projets collectifs comme le futur centre multifonctionnel à Gatineau.

La réaction outrée des maires de Gatineau, Laval, Longueuil, Saguenay et Trois-Rivières est donc compréhensible. Il ne faut pas s'étonner que certains évoquent la possibilité de revoir leur affiliation à l'UMQ bien que cela ne soit pas une bonne idée. Le maintien des lignes de dialogue avec Québec est beaucoup plus porteur pour l'avenir qu'un isolement stérile.

En pelletant dans la cour des municipalités la responsabilité ainsi que les budgets de fonctionnement de 32 millions$ des centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ), Québec impose aux municipalités et aux MRC l'odieux de la tâche de décider ainsi du sort de ces deux structures de concertation et de développement municipal et régional. C'est fort habile politiquement, presque machiavélique, car les régions devront se prouver à elles-mêmes que ces structures contribuent positivement à leur développement économique. Le fardeau de la preuve repose maintenant sur les épaules des régions pendant que Québec regarde ailleurs.

La semaine prochaine, les élus de Gatineau amorceront les débats publics sur le budget 2015 au terme d'un exercice qui dure toute l'année et qui devrait se traduire par des augmentations de frais pour les contribuables. Ils doivent maintenant composer avec un manque à gagner de 6,5 millions$. Le ministre Moreau invite les Villes à piger dans leurs surplus accumulés plutôt que de taxer davantage les citoyens. Cela relève d'une forme de pensée magique.

Par ailleurs, coincé par Québec et responsable son premier véritable budget, le maire Maxime Pedneaud-Jobin doit démontrer aux contribuables gatinois qu'il a l'étoffe nécessaire pour prendre des décisions difficiles et impopulaires sur les trois axes de la gouvernance, des revenus et des dépenses. À lui de jouer!

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