Justice élémentaire

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Si, à la rentrée scolaire, le gouvernement de Pauline Marois avait annoncé que les étudiants anglo-québécois seraient désormais appelés à fréquenter des universités bilingues administrées par la majorité francophone, le pays tout entier aurait crié au meurtre ! Mais que les Franco-Ontariens soient toujours dans l'obligation de quémander un accès élargi à des programmes postsecondaires en français, ainsi que leur gouvernance, cela ne semble émouvoir personne ! Ici, on ne se trompe pas en brandissant le vieil adage : « Deux poids, deux mesures » !

Il y a quelques jours, des dirigeants du Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO), l'organisme qui représente les 22 000 étudiants franco-ontariens aux niveaux collégial et universitaire, ont rencontré le ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Brad Duguid, pour lui parler de « la gouvernance par et pour les francophones des programmes universitaires de langue française ». N'ayant été nommé à son poste qu'en février 2013 et ne connaissant à peu près rien aux dossiers franco-ontariens, le ministre ne pouvait guère s'aventurer au-delà d'expressions d'ouverture qui n'engagent à rien.

Cela est décevant, dans la mesure où la première ministre Kathleen Wynne et sa ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, semblaient avoir évoqué l'éventuelle création d'une université franco-ontarienne dans le sillage du discours du Trône 2013. Mme Wynne avait appliqué vite les freins, rappelant que son gouvernement ne s'était engagé qu'à augmenter la disponibilité des programmes universitaires en français dans le centre-sud-ouest. Tout de même, la porte n'était pas fermée et on pouvait espérer que le dossier continue de faire son chemin. Il ne semble pas que ce soit le cas.

Pourtant, le Commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau, avait exprimé clairement l'enjeu dans son rapport de juin 2012, « Pas d'avenir sans accès ». Il écrivait alors au sujet de l'éducation francophone au postsecondaire : « La gouvernance par les francophones est nécessaire pour assurer la protection des programmes en français actuels et leur développement. » M. Boileau ajoutait que la gouvernance favorisait le sentiment d'appartenance des francophones à leurs établissements (comme les Acadiens avec l'Université de Moncton) et une participation accrue des Franco-Ontariens au développement de l'éducation postsecondaire en français.

Et s'il ne fait pas de doute que la question de l'accès demeure plus critique dans le corridor Toronto-Windsor, elle ne s'y limite pas. Dans l'Est ontarien, le taux d'accès aux programmes collégiaux et universitaires en français est inférieur à 40 % ! Et dans le Nord ontarien, selon le rapport de M. Boileau, c'est pire. Or, 70 % de la population franco-ontarienne, y compris ses communautés les plus dynamiques, vivent dans l'Est et le Nord. On ne doit pas en faire abstraction en évoquant les liens essentiels entre gouvernance, protection et développement du postsecondaire en français.

La dynamique de l'éducation collégiale et universitaire n'évolue pas en vases clos. Le problème de l'accès aux programmes en français dans le centre-sud-ouest est intimement lié à l'ensemble de l'enjeu de la gouvernance et du projet d'université franco-ontarienne. Dans un cas comme dans l'autre, rien n'empêche le gouvernement actuel de donner des approbations de principe et d'enclencher les processus qui mèneront éventuellement à une stratégie précise. C'est une question de justice élémentaire à l'endroit de la collectivité franco-ontarienne, et tout retard additionnel est injustifiable.

Le Regroupement étudiant franco-ontarien entreprendra le mois prochain ses consultations régionales en vue de la tenue, l'hiver prochain, d'« États généraux sur le postsecondaire en Ontario français ». Il faut souhaiter une participation massive des étudiants et un message sans équivoque à Queen's Park : l'époque des programmes qu'on ne contrôle pas dans des institutions qu'on ne gouverne pas est révolue.

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