Un scrutin historique

Si le gouvernement Harper tombe aujourd'hui aux Communes, tel que prévu, ce sera un grand jour pour la démocratie au Canada. Ce vote historique, le premier qui condamne un gouvernement pour outrage au Parlement, occupera un jour une place de choix dans les livres d'histoire. En effet, très rares sont les occasions où des chefs de partis d'Opposition acceptent, pour des motifs aussi nobles, de foncer tête première dans un combat électoral où leurs chances de victoire semblent à peu près nulles.

Si l'on se fie aux sondages, il apparaît plus que probable que le Parti conservateur sera reporté au pouvoir, sans pour autant obtenir une majorité de sièges aux Communes. Le pays est fractionné. Au Québec, 50 % des francophones disent appuyer le Bloc et 20 % le Nouveau parti démocratique. Libéraux et conservateurs n'y feront pas de gains. Ailleurs au pays, les avances des uns et les retards des autres oscillent d'un sondage à l'autre mais rien ne laisse présager une percée majeure qui pourrait modifier substantiellement l'équilibre actuel des partis. À prime abord, l'Opposition n'a pas grand-chose à gagner en forçant la tenue d'un scrutin.

Alors, dira-t-on, pourquoi aller en élection ? Pourquoi dépenser des centaines de millions de dollars pour revenir à la case départ ? Pourquoi Michael Ignatieff courrait-il le risque ne pas faire mieux que son prédécesseur Stéphane Dion et de mettre ainsi sa tête sur le billot ? Pourquoi jack Layton, qui a gâché tellement d'occasions de brèches ces dernières années, se ressaisit-il tout à coup au moment où il semble n'avoir rien à gagner ? Seul Gilles Duceppe, qui surfe sur le haut d'une vague permanente, peut plonger sans crainte mais ses chances de bonifier la présence du Bloc québécois sont très moyennes.

Non, vraiment, cette fois, des intérêts supérieurs sont en cause et l'Opposition, majoritaire aux Communes, se devait de monter au front. Le gouvernement de Stephen Harper avait trop souvent fait fi du Parlement. Ayant refusé de rendre publics des documents sur le transfert de détenus afghans, trituré le recensement de 2011, miné l'autorité des Communes en matière de gaz à effet de serre, et plus récemment, caché le détail des dépenses de grands projets y compris sur l'achat des F-35 et les initiatives en justice criminelle, l'équipe ministérielle avait commis de multiples outrages au Parlement.

Il fallait l'arrêter et le temps était venu. Le budget a fourni le prétexte mais la motion libérale de censure porte spécifiquement sur l'outrage au Parlement et c'est bien ainsi. M. Ignatieff vise en plein dans le mille quand il affirme que « Stephen Harper doit être tenu responsable en ce qui a trait à l'abus de pouvoir, aux attaques contre la démocratie, et au mépris envers le Parlement et les Canadiens ». Et les chefs de l'Opposition devront marteler ce message tout au long de la campagne électorale, même si l'argument risque de tomber à plat dans un électorat de plus en plus amorphe.

Le public canadien doit savoir que pour une fois, l'intérêt supérieur de la démocratie semble avoir eu le dessus sur les calculs de bas étage des sondeurs et stratèges. Bien sûr, on ne sait pas ce qui se complote dans les officines des partis. Peut-être certains estimaient-ils qu'attendre aurait été pire. Après tout, à force de se mettre à plat ventre devant le gouvernement, on donne des munitions à l'adversaire. On ose espérer, cependant, que l'on assiste présentement à un authentique cri d'alarme, à un avertissement des conséquences d'un abus prolongé de pouvoirs.

Nous ne nous faisons pas d'illusions. La campagne portera sur une multitude de thèmes économiques, politiques et sociaux ainsi que sur la personnalité des chefs eux-mêmes. À en juger par les premières salves publicitaires, elle sera sans merci. Il y aura les débats des chefs de parti, où tout peut arriver, et une batterie de sondages à la une. Ce qu'il faut souhaiter, c'est qu'on rappelle à l'occasion pourquoi cette élection a lieu maintenant, et que les électeurs en tiennent compte au moment d'exercer leur droit de vote.

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