Les deux visages du développement durable

La rencontre du G-20 les 26 et 27juin prochains à Toronto poursuit l'objectif... (Photo: PC)

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La rencontre du G-20 les 26 et 27juin prochains à Toronto poursuit l'objectif de faire redémarrer la «croissance économique mondiale durable», selon le ministre Jim Flaherty lui-même. Pour le gouvernement Harper, hôte de ce sommet, la durabilité ne se définit qu'en termes économiques, même si pour une majorité de Canadiens, ce serait plutôt les valeurs environnementales qu'il faudrait mettre de l'avant.

Il existe donc deux Canada présentement, le premier défendu par le gouvernement en place qui n'affiche aucune sensibilité environnementale et un autre, désiré par une majorité de citoyens mais refusé par le PCC. Deux différentes façons de définir l'avenir et le développement durable tel que décrit par l'ONU dans le livre éponyme de 1987, Notre avenir à tous.

 

La vieille excuse

Il ne faut pas se surprendre si, à chaque semaine, le gouvernement Harper essuie de multiples reproches lui demandant de changer son attitude négative face aux divers dossiers environnementaux qu'il ne veut absolument pas aborder et encore moins régler. Ainsi, au début du mois, on lui reprochait d'avoir abaissé en catimini ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) par un facteur 10 par rapport à son plan de 2007, lequel était déjà le plus faible parmi les pays industrialisés signataires du protocole de Kyoto.

C'est toujours la même excuse que l'on donne: nous, du gouvernement, ciblons surtout la reprise économique au lieu de perdre notre temps à nous occuper de l'environnement. Ce type de discours est en contradiction directe avec la définition du développement durable où l'économie fait alliance avec l'environnement pour permettre à nos enfants de se développer dans des milieux sains et viables. Pour le gouvernement actuel, le développement des générations futures de Canadiens ne semble avoir aucune importance car encourager uniquement le développement économique au détriment de l'environnement revient à placer les problèmes environnementaux sur une carte de crédit et à laisser nos enfants payer les coûts écologiques accumulés quand ils prendront le pouvoir.

Compétition verte

Il est bien difficile de comprendre les raisons d'un tel entêtement à ne pas vouloir prendre le virage de l'économie verte. Parmi les pays du G-8, le Canada se classe en queue du peloton, juste devant l'Italie et la Russie pour ses faibles performances de réduction de GES, son manque d'innovation dans l'économie verte, ses compétences mal exploitées, ses faibles investissements verts et l'absence de véritables projets porteurs en matière d'environnement.

Tel est le troublant constat esquissé dans le plus récent rapport de la Table nationale sur l'environnement et l'économie (TRNEE). En gros, le Canada n'est pas prêt à affronter l'avenir avec une économie trop forte en production de carbone. En tant que pays qui dépend presque entièrement de l'exportation, nous nous faisons distancer par la nouvelle économie verte de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, du Japon et surtout des États-Unis dont les compagnies compétitrices aux nôtres investissent déjà dix fois plus d'argent. Pas une bonne nouvelle!

Vouloir se développer sans aucune considération environnementale mènera le Canada à la catastrophe.

Qui sait?

Il se peut qu'à vouloir développer uniquement l'économie, nous préparions présentement sur notre territoire tout ce qu'il faut pour générer des futures catastrophes écologiques de grande ampleur. Les immenses lagunes d'eaux empoisonnées des sables bitumineux sont déjà en place. Les forages pétroliers de grande profondeur en haute mer se font ou se préparent dans l'Atlantique.

Est-ce que le Canada cèdera bientôt aux pressions des pétrolières comme BP pour abaisser les exigences de sa politique actuelle afin de ne plus les obliger à construire des puits secondaires de sécurité quand elles vont commencer à extraire du pétrole de l'Arctique canadien? On a pu constater ce que de telles mauvaises pratiques donnent comme résultats dans le golfe du Mexique.

Pensons aussi aux espèces menacées qui manquent de protection, au faible intérêt porté à la mobilité durable dans les villes alors que l'on subventionne largement l'industrie automobile, à l'absence de programmes pour modifier le parc automobile au profit du transport en commun ainsi qu'aux véhicules éco-énergétiques et électriques.

Le développement économique durable sans préoccupations environnementales ressemble à un vin qui a tourné au vinaigre. L'extérieur est toujours beau et appétissant alors que l'intérieur est avarié. Est-ce vraiment la sorte d'économie que nous voulons au Canada?

 

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