La conséquence de notre imprudent appétit

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Marée noire, feux de forêt, surpêche... représentent trois des nombreuses facettes de l'appétit insatiable qu'ont les humains pour les ressources naturelles, considérées comme inépuisables, et qui sont devenues, au fil du temps, absolument vitales pour notre bien-être. Quand des accidents se produisent ou que des ruptures de stocks font tomber des pans entiers de certains secteurs économiques, on ne fait que hocher de la tête, comme si c'était incompréhensible. Ce sont pourtant notre imprudence et notre habitude d'accaparer des ressources au moindre coût qui en sont responsables.

Certes, nous pouvons tous trouver effroyable les effets de la marée noire sur les habitats ainsi que sur la vie des gens près des côtes étatsuniennes. Mais pouvez-vous me nommer un seul pays qui ait obligé les pétrolières à minimiser les risques de catastrophes écologiques sur leur territoire pour que l'exploitation se pratique selon les règles de l'art du développement durable? Moi, je n'en connais aucun. Même pas les États-Unis qui sont probablement le seul pays au monde assez puissant pour faire plier l'échine à de telles multinationales. Alors, quand des catastrophes comme celles du golfe du Mexique ou de l'Exxon Valdez se produisent, nous ne faisons que récolter collectivement les fruits de notre laxisme lamentable dans la gestion de cette ressource naturelle vitale. Je ne suis même pas certain que les discours de plus en plus agressifs et acrimonieux de l'administration Obama contre la pétrolière impliquée soient assez puissants pour produire des changements profonds dans les façons de faire des multinationales de pétrole. Présentement, tout le monde se serre les dents parce qu'il y a crise aiguë. Mais quand cette phase sera terminée, ce sera business as usual, comme toujours en environnement.

 

Feux de forêt

C'est un peu la même chose avec les feux de forêt qui affligent le Québec et l'Ontario présentement. Autrefois, la forêt se régénérait toute seule à l'aide des feux naturels. Depuis que les occupants modernes ont quadrillé tout le Nord en unités d'exploitation pour le bénéfice unique des compagnies forestières, on empêche la nature de faire son oeuvre. Conséquemment, puisque la forêt ne peut pas brûler régulièrement, d'énormes quantités de bois mort tombent au sol pour former ainsi le combustible qui va nourrir d'immenses feux de forêt quand les conditions météo le permettent.

Je n'ai rien contre les combats que la SOPFEU livre pour protéger les populations humaines en danger mais je veux juste dire que les gros feux de forêt que nous combattons ne sont en fait que les monstres que nous avons nous-mêmes créés par nos activités économiques inconsidérées et non durables.

Surpêche

La surpêche fait aussi partie de cette catégorie. Quelle catastrophe! Selon les propos de Jean-Christophe Vié de l'Union Mondiale pour la Nature (UICN), 17291 espèces de poissons parmi les 47677 connues sont menacées d'extinction. Dans leur liste rouge, 1147 espèces d'eau douce sur 3120 espèces connues sont menacées de disparaître à court terme. On pourrait penser que l'aquaculture va remplacer ces pertes éventuelles et sauver l'humanité de la pénurie alimentaire qui se prépare mais rappelons-nous que pour produire 1kg de saumon, il faut utiliser 4kg d'anchois ou de sardines sauvages et jusqu'à 14kg de poissons pour mettre sur le marché 1kg de thon. Si on ne vide pas les océans entre-temps...

Au Canada, nous avons aussi été imprudents en surexploitant la morue, de sorte que cette espèce qui faisait vivre 40000 pêcheurs au xxesiècle n'est presque plus pêchée depuis 1993, faute d'effectifs. Notre saumon rouge du fleuve Fraser a perdu 90% de sa population. La liste d'espèces commerciales en train de décliner semble sans fin. Pourtant, des sondages récents font passer le désir des Canadiens de protéger l'environnement avant les considérations économiques. Qu'est-ce qui cloche, alors? Probablement notre indifférence généralisée qui déteint sur les gouvernements, lesquels se permettent de ne rien faire car il n'existe aucun prix politique à ce laisser-faire. Aussi, nous voulons du pétrole le moins cher possible, des usines de bois pour faire rouler l'économie coûte que coûte, de la nourriture à moindre coût, quels qu'en soient les impacts sur l'environnement. Être choqué par la marée noire? C'est d'une grande hypocrisie! La compagnie BP ne fait que répondre à nos désirs de produits peu coûteux. C'est de cette façon que les humains fonctionnent... depuis toujours. Voulons-nous réellement changer?

jmbergeron@ledroit.com

 

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