Biodiversité, un mot qui ne rime à rien

Le mot «biodiversité» est un de ces beaux mots qui s'insèrent bien dans les conversations. Mais, dans les faits, peu de gens se préoccupent vraiment de la réalité à laquelle il réfère. Le mot demeure abstrait pour la majorité d'entre nous dont les préoccupations premières consistent à boucler notre budget en fin de mois. Ici comme partout dans le monde. Faut-il alors se surprendre que la plupart des programmes locaux et mondiaux pour la promouvoir et la protéger sont des échecs? Moi, en tout cas, ça ne me surprend pas!

Incompréhension

Il faut dire que cette fameuse biodiversité a toujours été malmenée et incomprise par les humains. Les peuples de chasseurs-cueilleurs qui ont envahi le Nouveau Monde il y a 13400 ans de cela n'ont eu besoin que d'un siècle pour faire disparaître la mégafaune d'alors. Plus récemment, entre le début du XXe et du xxiesiècle, 1 milliard d'hectares de forêts (10 millions de km, un peu plus grand que le Canada) ont été perdus, soit 20% de la superficie forestière originale qui est estimée à 5 milliards d'hectares. La disparition de grandes parties de ces écosystèmes entraîne celle des plantes, des animaux et des peuples autochtones qui en dépendent. Ainsi, 1400 langues parlées du monde sur 6900 comptent moins de 1000 locuteurs. Ceci fait aussi partie des problèmes de biodiversité.

 

À vrai dire, la biodiversité n'intéresse que ceux qui l'étudient, qui en vivent et qui doivent faire rapport à son sujet. Les autres lisent superficiellement les rapports et en oublient les recommandations rapidement. Et alors que l'année internationale de la biodiversité bat son plein, l'ONU fait dans ce domaine un constat d'échec sur toute la ligne (Perspectives mondiales de la biodiversité-3). Trois phénomènes particuliers lui font peur: le dépérissement de vastes zones de la forêt amazonienne, l'eutrophisation généralisée de lacs d'eau douce menant à la domination des algues et l'effondrement de plusieurs écosystèmes de récifs coralliens. Rien de rassurant pour un monde qui comptera bientôt 9 milliards de bouches à nourrir. L'ONU précise qu'il est décevant qu'aucun des 21 objectifs de cette année particulière n'ait été atteint par aucun de ses pays membres: les habitats continuent à se dégrader, les ressources sont surexploitées, la pollution augmente, les espèces exotiques s'implantent partout sans politiques d'éradication précises et moyens financiers pour les freiner et les changements climatiques font apparaître de nouvelles menaces à l'agriculture et à la foresterie. D'ailleurs, la conférence de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) à Doha en mars dernier fut un échec, car les espèces menacées ayant un grand intérêt économique n'ont pu être mieux protégées. C'est le cas des requins qui sont particulièrement prisés par le Japon et les autres pays asiatiques ainsi que celui du thon rouge qui fait les délices des gourmets amateurs de suchis. Sue Lieberman du Pew Environment Group, croit que la CITES (www.cites.org) qui refrénait autrefois le commerce pour sauver les espèces a modifié sa raison d'être en délaissant la conservation au profit du commerce. Un échec sur toute la ligne.

L'exemple du lac Beauchamp

Les mêmes phénomènes se reproduisent à plus petite échelle au niveau local. Les zones habitées du Canada sont tellement fragmentées que les plantes et les animaux ne peuvent plus y vivre et se reproduire. Même si les MRC du Québec peuvent le faire, plusieurs se refusent à imposer sur leur territoire des bandes riveraines de 10 mètres près des cours d'eau, ce qui pourrait mieux protéger les plantes et animaux sauvages qui ont de la difficulté à survivre présentement. Dans le même ordre d'idées, Gatineau a fait récemment la manchette des journaux locaux parce qu'elle n'a même pas suivi sa propre réglementation sur les parcs urbains en intervenant assez gauchement dans le boisé du lac Beauchamp et elle a même contrevenu aux lois du Québec en s'attaquant à un marais local. Pensez-vous qu'elle a été punie par le Ministère du développement durable, de l'environnement et des parcs ou par le gouvernement?.... Personne ne s'intéresse à la biodiversité, je vous le répète. Pour votre information, 54962 espèces se sont éteintes sur la planète depuis le début de 2010. Qui s'en soucie?

 

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