Au-delà des embûches, la piqûre de l'agriculture

David Mazur-Goulet, de la Boîte à bettes, n'a... (Benoit Sabourin, LeDroit)

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David Mazur-Goulet, de la Boîte à bettes, n'a rien du portrait-type de l'agriculteur.

Benoit Sabourin, LeDroit

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À la merci de dame Nature, éreintant et peu payant: le métier d'agriculteur n'est manifestement pas le plus attrayant aux yeux des jeunes adultes qui choisissent leur carrière à la sortie de l'école.

David Mazur-Goulet est loin d'avoir le portrait du producteur agricole typique. Ayant grandi au centre-ville d'Ottawa, le jeune entrepreneur de 26 ans n'a pas passé son enfance à courir dans les champs et à participer à la récolte des foins pour le bien de la maison familiale. «Mes deux parents étaient fonctionnaires fédéraux, mais apparemment que mon arrière grand-père était un maraîcher», relate le principal concerné.

Ce jeune diplômé en gestion de petite et moyenne entreprise a toujours eu la graine de l'entrepreneuriat et la conscience «verte». Un mélange qui l'a conduit à la carrière qu'il mène aujourd'hui. Il vient d'amorcer la deuxième année d'opérations de sa ferme La Boîte à Bettes, installée à Plate-forme agricole de L'Ange-Gardien, cet incubateur qui sert de kit de démarrage pour les jeunes agriculteurs désireux de se lancer en affaires.

Producteur maraîcher biologique, David exploite 1,2 acre de terre sur lequel poussent une vingtaine de variétés de légumes qui sont vendus dans deux marchés à Ottawa et qui ont aussi fait leur niche jusqu'à certains plats du Café des artistes de la Lièvre, un restaurant à Buckingham.

Au terme de sa deuxième année, M. Mazur-Goulet espère clore son budget avec des ventes de 50 000 $. Si tout va comme prévu, il lui restera environ 15 000 $ à la fin de l'année. Le résident de Buckingham ne se cache pas la tête dans le sable : il sait pertinemment qu'il ne fera jamais fortune avec ses cultures.

«Côté luxe, tu ne vas pas accorder la même importance à la voiture que tu vas conduire ou à la grosseur de ta maison. Pour moi, faire un salaire moins élevé ne me dérange pas. C'est une question de perspective et de valeurs. Il faut être un peu fou pour se lancer dans ce domaine, mais on le fait pour la bonne cause, que ce soit pour la justice agroalimentaire ou la protection de l'environnement», lance-t-il.

«Si tu aimes l'argent, ce n'est pas fait pour toi», renchérit Simon Deschambault à propos de l'aspect pécuniaire de la chose. Ce trentenaire prendra sous peu les rênes de l'entreprise de ses parents à Notre-Dame-de-la-Paix, la Ferme des Peupliers. M. Deschambault est déjà propriétaire de Transfrite, une compagnie de transformation et de distribution de pommes de terre située aux côtés de la ferme familiale.

Pour lui, c'est un privilège de pouvoir poursuivre la tradition familiale. Il est le représentant de la quatrième génération de Deschambault à gérer l'entreprise qui possède une production de 140 acres dans ce patelin de la Petite-Nation. «Je me verrais mal partir de zéro pour aller faire pousser des patates. Je vends mes pommes de terre au même prix qu'à l'époque de mon grand-père. Les prix n'ont pas augmenté. Il faut être productif pour que ça fonctionne. Tu n'as pas le droit à l'erreur», explique-t-il.

L'accessibilité à la terre

Membre de la Plate-forme agricole de L'Ange-Gardien depuis 2011, Geneviève Grossenbacher et Jim Thompson de l'entreprise Notre petite ferme viennent tout juste de dénicher une propriété potentielle en Outaouais où ils espèrent pourvoir enfin voler de leurs propres ailes et continuer à développer leur marché. Mme Grossenbacher admet sans broncher que l'accessibilité à la terre représente le principal obstacle à la relève.

Depuis 2011, son conjoint et elle ont fait des recherches sur plus de 70 propriétés en Outaouais et le prix moyen a presque doublé pendant cette période. «Les prix ne cessent d'augmenter et il y a de plus en plus de spéculation. Ce n'est pas normal que ça prenne cinq ans à trouver une terre», note Mme. Grossenbacher.

À cette barrière de l'accès à la terre s'ajoutent pour la relève les difficultés d'accéder à du capital patient et à de la formation de qualité, ajoute la femme d'affaires. Avec autant d'obstacles, à quoi bon continuer? «Je suis convaincue que nous avons besoin de continuer à produire des légumes qui viennent de chez nous et qui sont proches des consommateurs. Il faut être créatif et trouver des solutions pour appuyer les jeunes qui sont intéressés à s'investir», dit-elle.

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