Le suspense a duré dans Papineau

Partager

Le comté chaud de l'Outaouais mardi soir, c'était celui de Papineau. La circonscription représentée depuis 32 ans par des députés libéraux menaçait de tomber aux mains du Parti québécois. Le suspense aura duré jusqu'à la toute fin. Et ce n'est que peu avant minuit, hier soir, que le libéral Alexandre Iracà a vu sa victoire confirmée sur son adversaire péquiste Jean-François Primeau. Le péquiste avait pourtant mené toute la soirée...

Plus tôt dans la soirée justement, l'atmosphère était surchauffée dans la maison ancestrale qui sert de quartier général aux péquistes à Buckingham. Les journalistes, en cravate et chemises longues, suent à grosses gouttes. Des éclats de rire s'échappent d'une petite salle où des militants sont rassemblés devant un téléviseur. On entend des applaudissements saluer l'élection d'un candidat ou la défaite d'un autre. Ainsi, des hourras ! revanchards accueillent la défaite de Jean-Martin Aussant d'Option nationale dans Nicolet-Yamaska. « Aussant n'a eu que ce qu'il mérite, c'est un gro ego celui-là, il se prenait pour René Lévesque », lance un militant.

Au milieu de toute cette animation, le candidat péquiste, Jean-François Primeau, ne tient plus en place. Il se promène d'une salle à l'autre, fait un saut sur le balcon pour blaguer avec les fumeurs, revient à l'intérieur en s'escrimant contre la porte qui ne ferme pas bien. À mesure qu'on ouvre les boîtes de scrutin, il voit son avance se maintenir sur le libéral et sent poindre la possibilité d'une victoire historique. « C'est donc bien énervant ce jeu-là », laisse-t-il échapper en faisant l'accolade à sa conjointe. « Tu vas voir, dit-il à sa femme, on va encore parler de cette soirée là quand on va être tous les deux au centre d'accueil », rigole-t-il.

À deux coins de rues plus loin, au pub Windsor, l'atmosphère est plus lourde chez les libéraux qui assistent également au dévoilement des résultats électoraux.

En ce début de soirée, Norm MacMillan est assis au bar, une bière posée devant lui, les yeux rivés sur le téléviseur où apparaissaient les premiers résultats électoraux. L'horloge Coors Light indiquait 20 h 15, les bureaux de vote viennent à peine de fermer, et tous les espoirs sont permis. D'ailleurs, les premiers résultats à apparaître à l'écran donnent déjà plus de 40 comtés au Parti libéral. Norm retrouve son sourire et ne peut s'empêcher de lancer une boutade à mon intention : « Avoir su, je me serais représenté, j'aurais encore gagné ! », dit le député sortant en partant d'un éclat de rire.

Mais comme chacun sait, « Norm » a décidé de tirer sa révérence après 23 ans à l'Assemblée nationale. Et pour l'instant, pas trace de son poulain Alexandre Iracà. Le candidat ne doit faire son apparition à la « Wind » qu'une fois connus les résultats finaux. Et pour l'instant, la lutte est serrée à l'extrême. Iracà tire de l'arrière par une centaine de voix sur son adversaire. Mais il reste encore 200 boîtes de scrutin à ouvrir... À l'approche de 21 h, l'atmosphère s'alourdit subitement chez les libéraux. À Radio-Canada, Patrice Roy annonce que Jean Charest est en difficulté dans son comté de Sherbrooke. Et quelques minutes plus tard, un silence de mort accueille la fameuse annonce : « Si la tendance se maintient, le Parti québécois formera le prochain gouvernement... »

Retour chez les péquistes, deux coins de rue plus loin. Sur le balcon extérieur, un Jean-François Primeau fébrile blague avec des fumeurs, un bras posé autour des épaules de son épouse. Je l'apostrophe :

- Il y a pas mal plus d'animation ici que chez les libéraux à côté. Là-bas, c'est mort comme ambiance.

- Oui, bien quant à moi, sont bons pour la chronique nécrologique, rétorque-t-il du tac au tac.

Comme l'impression qu'on ne se serait pas ennuyé avec ce gars-là s'il était devenu ministre à Québec.

Car M. Primeau aura enterré son adversaire libéral trop vite. Au moment de mettre cette chronique sous presse, des militants péquistes sortaient, la tête basse, de leur local électoral. Après avoir mené toute la soirée, parfois par des écarts de plus de 500 voix, M. Primeau a vu le vent tourner en faveur des libéraux... Parlant des libéraux, je les entends presque triompher du balcon de la maison ancestrale où je finis d'écrire ces quelques lignes...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer