De père en fille

Quand Yves Gagnon a fait l'achat en 1973 de la quincaillerie de son père, à... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Patrick Woodbury, Le Droit

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Quand Yves Gagnon a fait l'achat en 1973 de la quincaillerie de son père, à Chénéville, rien ne laissait présager que l'entreprise qu'il était sur le point de fonder allait un jour devenir un chef de file en matière de rénovation au Québec. Quarante-quatre ans plus tard, le Groupe Yves Gagnon, maintenant dirigé par sa fille Geneviève, compte six succursales au Québec et embauche 350 employés. Entrevue avec deux entrepreneurs liés par le sang et l'instinct.

Yves Gagnon avait 22 ans lorsque son père William lui a offert d'acquérir sa quincaillerie qui faisait «24 par 24». Il était pourtant loin d'être destiné à une carrière dans le monde de la quincaillerie. Yves Gagnon souhaitait initialement devenir médecin. Après avoir étudié en sciences pures, il est devenu brièvement professeur de chimie dans un collège privé à Montréal. Comme quoi l'avenir peut réserver bien des surprises, l'appel des affaires s'est manifesté sans avertissement pour le jeune homme. 

«J'avais reçu une offre pour aller travailler au nord de Vancouver. Mon père m'a offert de rester ici et d'acheter. Je n'ai pas hésité. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté. C'était l'instinct», confie l'homme âgé de 67 ans, aujourd'hui retraité.

Yves Gagnon partait de loin. Il ne connaissait même pas les différentes essences de bois à ses débuts. Bois de Construction Chénéville inc. - c'était le nom du magasin à l'époque - ouvrait à 7 h le matin et fermait ses portes à 18 h, six jours par semaine. Avec son épouse Diane et M. Brière, son seul employé à l'époque, M. Gagnon s'occupait des livraisons et chargeait «à la mitaine» le ciment dans le camion de l'entreprise. Il touchait à toutes les facettes du travail de quincaillier.

«J'ai tout appris sur le terrain. Je n'avais pas de formation pour être dans le commerce. Chimiste, c'est loin de cette branche, mais mon père était très entrepreneur et avait plusieurs commerces. Probablement que je ne suis pas tombé loin de l'arbre. Ça dormait en moi et à un moment donné, ça s'est éveillé», lance l'homme d'affaires, qui a été président et chef de la direction du Groupe BMR de 1995 à 2015.

L'expansion

Premier détenteur d'une bannière Rona au Québec, le quincaillier de la Petite-Nation a adhéré à BMR en 1980. Petit à petit, le Groupe Yves Gagnon a pris de l'expansion. Sa première acquisition a été le magasin de Saint-Jean-sur-Richelieu, en 1989.

Le quincaillier a ensuite ouvert un nouveau magasin à Chénéville en 2005. Durant la même année, il fait l'achat de Coupal & fils inc., à Mont-Tremblant. Les succursales de Saint-André-Avellin et de Saint-Jean-sur-Richelieu - une deuxième pour cette municipalité - ont ouvert leurs portes en 2012. Les deux bâtiments ont été les premiers BMR Éco Attitude à voir le jour au Québec. Éclairage naturel en abondance, plancher radiant, système de récupération de chaleur, mur végétal visant à purifier l'air, ces centres de rénovation ont été construits selon les pratiques européennes en matière d'efficacité énergétique et d'écologie. «Nous ne voulions pas être LEED, nous voulions être plus que ça», souligne fièrement Yves Gagnon.

Passer le flambeau

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Le fondateur de BMR Groupe, Yves Gagnon, et sa fille, la directrice générale de l'entreprise, Geneviève Gagnon

Patrick Woodbury, Le Droit

La relève familiale a fait son entrée dans le giron de l'entreprise au tournant des années 2000. Geneviève Gagnon avait terminé quelques années plus tôt son baccalauréat en gestion financière internationale. Après des séjours professionnels à l'étranger, elle est appelée en 2000 à venir «redresser» un détaillant de la chaîne BMR. Son mandat sera finalement étendu à l'ensemble du Québec. Elle aidera les quincailliers indépendants associés à BMR dans la gestion de leur magasin. En 2003, alors qu'elle est âgée de 27 ans, la jeune femme se fait offrir le siège de directeur général du Groupe Yves Gagnon. Comme son père l'a fait en 1973, elle ne réfléchit pas quand la proposition lui est faite. «Est-ce que je m'enlignais pour être dans les entreprises de la famille au départ, je ne sais pas. Je pense qu'inconsciemment, on peut probablement dire que oui. J'ai toujours travaillé au magasin quand j'étais plus jeune», se remémore la gestionnaire.

Il faut dire qu'une femme qui s'amenait dans un domaine «conservateur» comme le secteur de la rénovation avec un poste de gestion n'était pas coutume il y a une quinzaine d'années. Les choses ont un peu changé depuis. 

«Je m'amuse à dire que j'avais deux prises contre moi. J'étais la fille de et j'étais une femme dans un domaine d'hommes. J'avais ces deux défis au départ, mais je me suis toujours organisée pour que ce ne soit pas une embûche», affirme Geneviève Gagnon.

Père et fille disent avoir toujours eu la même vision d'affaires. La roue a toujours bien tourné entre eux. Surtout, les deux partagent la même qualité première: l'instinct. D'ailleurs, si on demande à Geneviève Gagnon où elle voit l'entreprise dans cinq ou dix ans, sa réponse est plutôt claire. 

«Pour différentes raisons, que ce soit la compétition ou le manque de relève au niveau des propriétaires de magasin, le marché est en mouvance. Il y a beaucoup d'occasions d'affaires dans le marché en ce moment. Maintenant, il faut les évaluer et faire nos choix là-dedans. Nous n'avons pas de plan précis. Ce qui a fait le succès de l'entreprise de mon père, c'est son instinct. Je fais un peu la même chose. J'y vais beaucoup par feeling et par opportunités et on verra où ça va nous mener», indique celle qui est aussi propriétaire d'Évolutions Structures.

Pour Yves Gagnon, qui savoure les joies de la retraite depuis un peu plus de deux ans, il ne pourrait être plus fier de la tournure des événements.

«J'ai pris le flambeau de mon père. Geneviève a pris mon flambeau. Maintenant, j'espère que ça va continuer», conclut-il.




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