L'économie au service des gens

Organisme à but non lucratif (OBNL), coopératives, mutuelles,... (Patrick Woodbury, Le Droit)

Agrandir

Organisme à but non lucratif (OBNL), coopératives, mutuelles, fondations, l'économie sociale peut prendre plusieurs formes. Mais elle poursuit un seul et même objectif : exercer des activités économiques à des fins sociales, et par le fait même, apporter des solutions à des problèmes et des enjeux qui touchent leur communauté.

Patrick Woodbury, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Geneviève Turcot

Collaboration spéciale

Le Droit

En Ontario, une entreprise sociale sur trois encaisse au moins un million de dollars par année. Au Québec, le chiffre d'affaires annuel des entreprises d'économie sociale atteint les 40 milliards de dollars. Pas étonnant que ce secteur économique soit en pleine croissance.

«Il y a encore beaucoup de confusion quand on parle d'entreprise sociale, admet Ethel Côté, entrepreneure sociale et fondatrice de mécènESS, un guichet unique de services et d'accompagnement en économie sociale en Ontario.

«Les entreprises sociales sont réellement en affaires, elles sont rentables dans la très grande majorité, en plus d'offrir des emplois de qualité. Et contrairement aux entreprises privées, le poids de l'entreprise ne repose pas sur les épaules d'une seule personne, mais bien d'une collectivité.»

Organisme à but non lucratif (OBNL), coopératives, mutuelles, fondations, l'économie sociale peut prendre plusieurs formes. Mais elle poursuit un seul et même objectif : exercer des activités économiques à des fins sociales, et par le fait même, apporter des solutions à des problèmes et des enjeux qui touchent leur communauté.  

Définition

Du côté québécois, l'économie sociale est définie par l'article 3 de la Loi sur l'économie sociale, adoptée en 2013 par le gouvernement provincial. L'économie sociale est l'ensemble des activités économiques à finalité sociale réalisée dans le cadre des entreprises dont les activités consistent en la vente ou l'échange de bien et de services. Pour cadrer dans cette définition, certains principes doivent être respectés, à savoir que l'entreprise doit répondre aux besoins de ses membres ou de la collectivité et aspirer à une viabilité économique, entre autres.

«L'entreprise sociale répond à un besoin, c'est de l'entrepreneuriat à échelle humaine», poursuit Ethel Côté, qui nage dans les eaux de l'économie sociale depuis plus de 30 ans. Référence sur la scène francophone canadienne, elle a formé plus de 27 000  personnes à travers différents ateliers sur le développement d'entreprises collectives.

Considérées comme les étoiles montantes de l'économie, les entreprises sociales ontariennes ne sont pourtant pas de nouvelles venues. «Les premières entreprises sociales ont vu le jour il y a 150 ans en Ontario. Il s'agissait d'entreprises agricoles et financières. Elles sont nées du désir des gens de se prendre en main», rappelle celle qui est aussi coprésidente de l'Alliance économique francophone.

«La force de la collectivité est importante. Ce n'est pas juste une personne qui songe au développement, mais bien, par exemple, un groupe de 15 individus qui cherchent dans la même direction. Ce n'est pas donc pas surprenant que ce type d'entreprise ait du succès.»

L'économie sociale en chiffres

L'Ontario compte près de 10 000 entreprises sociales qui emploient plus de 160 000 personnes. Ces entreprises répondent aux besoins de 3,4 millions de clients et près de 68 % d'entre elles contribuent à réduire la pauvreté. Environ 7000 entreprises d'économie sociale se retrouvent du côté québécois, ce qui procure un emploi à plus de 210 000 personnes, soit un emploi sur 20 dans la province.

L'Outaouais chef de file

En matière d'économie sociale, l'Outaouais fait figure d'exception. Pour 10 000 habitants, c'est 9,57 entreprises d'économie sociale qui sont créées dans la région, contre 8,12 pour l'ensemble du Québec. Ces données, tirées d'une étude publiée en 2013 par le Pôle régional d'économie sociale de l'Outaouais, sont encore d'actualité croit Patrick Duguay, directeur général de la Coopérative de développement régional (CDR) Outaouais-Laurentides. 

Fondé en 1974, le CDR travaille à la promotion, l'émergence et la diversification d'entreprises d'économie sociale dans la région.

«Nous avons vu une hausse considérable du nombre d'entreprises sociales sur notre territoire depuis la publication de cette étude», renchérit Patrick Duguay, qui préside aussi le conseil d'administration du Chantier de l'économie sociale.

Les mesures d'austérité du gouvernement ont jeté un voile d'incertitude au cours des dernières années sur les projets sociaux, avance Patrick Duguay pour expliquer le regain d'intérêt qu'il remarque sur le terrain depuis un an. «Nous sentons que les gens ont compris qu'ils ne pouvaient que compter sur eux-mêmes pour trouver de nouvelles réponses à des problèmes bien réels.» 

Il cite en exemple un projet embryonnaire actuellement en développement avec les gens du Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais (CREDDO). «Il y a un manque de stationnement près des stations du Rapibus, ce qui freine l'utilisation des transports en commun», avance Patrick Duguay. Ce projet d'application pour téléphone intelligent aspire à marier le besoin des usagers avec les stationnements des commerces qui sont souvent sous-utilisés pendant le jour. «Pourquoi ne pas offrir ces places à un prix raisonnable ? Les entrepreneurs pourraient ainsi tirer un revenu qui les aiderait à couvrir les frais d'entretien et de déneigement et nous faciliterions ainsi l'accès aux autobus.»

L'exemple de la Laiterie

La Laiterie de l'Outaouais reste, selon Patrick Duguay, le plus grand succès d'économie sociale de la région. Ce projet, qui a permis de consolider une vingtaine d'emplois et engendré des dizaines de millions de dollars de retombées, a été porté par un désir de miser sur la consommation locale. «Le secteur agroalimentaire est très important. Par exemple, la plate-forme virtuelle du Marché de solidarité de l'Outaouais (MSRO) est l'une des plus performantes au Québec. Le concept a d'ailleurs été vendu dans d'autres régions», précise Patrick Duguay. 

La coopérative du MSRO permet à ses membres d'acheter des produits biologiques et locaux en ligne dans une cinquantaine de fermes de l'Outaouais.

Midis-causeries

Pour répondre à la demande grandissante d'information sur tout ce qui touche l'économie sociale, le CDR a lancé ce mois-ci des midis-causeries. Chaque troisième mercredi du mois, le public est invité à prendre sa pause du dîner dans les nouveaux bureaux de l'organisme, qui vient de s'établir sur la rue Eddy, dans le Vieux-Hull.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer