Conquérir le pays, une barbotine à la fois

Jean-Rock Beaudoin, le jeune président de Slush Puppie... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Jean-Rock Beaudoin, le jeune président de Slush Puppie Canada fait un calcul rapide. « Nous vendons chaque année presque l'équivalent d'une petite slush par Canadien, soit plus de 30 millions », conclue-t-il avec un sourire satisfait en levant les yeux de son téléphone portable. Cela se traduit pour l'entreprise par des ventes annuelles dépassant 12 millions $. Une somme qui peut atteindre les 20 millions $ lorsque les étés sont particulièrement torrides.

Patrick Woodbury, Le Droit

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Le Droit

La barbotine est un produit d'une simplicité inouïe. Selon une définition du dictionnaire, c'est « une boisson désaltérante qui contient de la glace, du sodium, des colorants, des saveurs et du sucre ».

Le modèle d'affaires de Slush Puppie Canada est tout aussi efficace. Une quinzaine de saveurs qui ont la cote depuis plus de 40 ans auprès de millions d'enfants, des distributrices peu encombrantes dont peut s'accommoder n'importe quel dépanneur du voisinage, et vous voilà avec une recette d'entreprise lucrative, très lucrative.

Et quand on utilise un réseau de distribution patiemment tissé au fil des décennies au Québec, en Ontario et dans les Maritimes pour « placer » divers autres produits alimentaires d'une manière toute aussi simple auprès de milliers de détaillants, ça relève presque du génie.

En 1975

Revenons un peu en arrière. Nous sommes en 1975 et André Beaudoin, le père de Jean-Rock, est partenaire de l'entreprise de distribution de produits alimentaires O. Dubois Ltée avec son oncle. Il participe alors à une foire alimentaire à San Diego, en Californie.

C'est là qu'il voit pour la première fois une intrigante distributrice de Slush Puppie. Assez banal à première vue, mais son instinct lui dit que ce produit, créé trois ans auparavant en Ohio par Will Radcliff, pourrait bien révolutionner les habitudes estivales des enfants un peu partout dans le monde.

Il revient en Outaouais avec une dizaine de distributrices et il utilise son réseau de détaillants pour tester la popularité du produit. Ça fonctionne ! Il en acquiert donc les droits pour l'est du Canada et devient le gardien, ici, de cette recette qui demeure toujours aussi secrète.

En 2016 : 10 000 distributrices

Des 10 « machines à slush » du début, on en retrouve, quatre décennies plus tard, environ 7000 dans le centre et l'est du pays. Dans des dépanneurs, bien sûr, mais aussi dans des arénas et divers autres lieux où il y a un tant soit peu d'achalandage.

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Patrick Woodbury, Le Droit

La base du produit, à laquelle le détaillant ajoute cinq parties d'eau, est préparée à l'usine de Gatineau, où travaillent une cinquantaine de personnes. Elle est acheminée par camions à une dizaine de centres de distribution régionaux, avec les verres, les couvercles et les pailles. 

Et il y a moins d'un an, Jean-Rock Beaudoin a réussi le coup d'un maillage avec le géant de la distribution de breuvages et de produits alimentaires de l'Ouest canadien Harlan Fairbanks. 

Ainsi, 3000 autres distributrices des provinces de l'Ouest sont désormais approvisionnées par l'usine de Gatineau, à la suite d'une entente tripartite où la baisse de la valeur de la devise canadienne a été un facteur déterminant. «C'est une augmentation de 40 % de notre volume d'affaires.»

Nouveaux produits

Slush Puppie Canada distribue dans son réseau depuis quelques mois de nouveaux produits dont des nachos et du maïs soufflé selon le même modèle simple de la barbotine. Des nouveautés qui s'ajoutent à la barbe à papa, un produit lancé il y a deux ans et qui a permis de créer six emplois à temps complet à Gatineau.

« La relation de confiance développée avec Harlan Fairbanks et un associé de toujours, Beaudry & Cadrin, un grossiste en produits alimentaires de Montréal, explique Jean-Rock Beaudoin, nous a permis d'avoir accès à ces produits.» D'autres nouveautés seront annoncées au cours des prochains mois.

Perte de Couche-Tard

Ces succès lui font oublier l'échec important subi en 2004 lorsque l'entreprise a perdu son plus gros client, le groupe Couche-Tard, qui représentait près de 13 % de son chiffre d'affaires. Les négociations pour renouveler l'entente d'approvisionnement ont échoué et Couche-Tard a décidé de fabriquer sa propre barbotine.

«Perdre 500 dépanneurs qui en valaient 1000, ça a fait mal. Mais cela a rehaussé l'intérêt pour le produit, puisque nous sommes devenus deux joueurs à en faire la promotion», explique Jean-Rock Beaudoin, indiquant que la percée dans les Maritimes, qui allait bon train à ce moment-là, a su compenser en partie.

Selon lui, la recette du succès de Slush Puppie Canada est relativement simple. «Nous sommes une entreprise honnête, intègre et nous respectons nos franchisés. J'ai un excellent produit et une bonne équipe pour m'appuyer. Et puisque nous n'avons jamais lésé personne et que nous ne passons pas notre temps en cour, je peux donc faire tout cela».

Il n'avait que de 30 ans lorsqu'il est devenu directeur général de l'entreprise à la suite de l'état de santé précaire de son père. Il en assume la présidence en 2007.

Il rappelle qu'André Beaudoin fut pour lui un magnifique mentor. «Quand j'ai terminé l'université il m'a dit : "La seule chose que tu as apprise là, c'est comment dépenser; maintenant je vais te montrer comment faire de l'argent."» 

«Mon père disait : "Avant de tout vouloir changer, apprend comment les choses fonctionnent et quand tu auras compris ça, tu amèneras tes idées." De sages paroles.»

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