Ottawa: une renaissance techno?

En l'espace de cinq ans, trois compagnies d'Ottawa, Halogen Software, Kinaxis... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Patrick Woodbury, Le Droit

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Geneviève Turcot

Collaboration spéciale

Le Droit

En l'espace de cinq ans, trois compagnies d'Ottawa, Halogen Software, Kinaxis et Shopify, ont amassé plus d'argent sur les marchés publics que toutes les autres villes canadiennes misent en ensemble. Plus de 15 ans après l'éclatement de la bulle internet, l'ancienne Silicon Valley du Nord vit-elle une renaissance de son secteur des hautes technologiques?

«Quoi ? Nous ne sommes plus la Silicon Valley du Nord ? questionne en riant Frédéric Boulanger, chef de la direction générale chez Macadamian. L'entreprise de développement de logiciels et d'applications, qui compte un bureau à San Francisco dans la «vraie vallée technologique», n'a jamais cessé d'utiliser le surnom Silicon Valley du Nord comme référence pour son pied à terre sur la rue Wellington, à Gatineau.

«Pour moi, ce n'est pas vraiment important de savoir si c'est toujours le cas, car nous avons certainement dans notre région une profondeur de talent et une richesse incroyable. Quand tu as des entreprises comme Apple qui s'installent ici, je ne crois pas que nous avons vraiment besoin de la validation de qui que ce soit», poursuit Frédéric Boulanger, joint entre deux fuseaux horaires.

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Le chef de la direction générale chez Macadamian, Frédéric Boulanger

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Évoluant dans le domaine des jeux vidéos, Jean-Sylvain Sormany, président de Snowed In Studios, abonde dans le même sens. «Nous comptons de plus en plus de joueurs importants, comme Shopify, qui connaît une progression incroyable.» Histoire à succès ottavienne, le nom de cette entreprise spécialisée en commerce électronique est sur toutes les lèvres. 

Pour Jean-Michel Lemieux, vice-président sénior de l'ingénierie et responsable du développement chez Shopify, le succès n'est pourtant pas arrivé du jour au lendemain et l'entreprise est encore bien loin d'avoir atteint sa vitesse de croisière. «Shopify, c'est plus de 15 ans de recherche. Nous sommes en train de bâtir notre culture petit à petit. Quand on y pense, à son top, Nortel valait 350 milliards de dollars. Shopify, ce n'est pas tout à fait quatre milliards», explique le Franco-ontarien, qui a grandi à Ottawa.

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Le vice-président sénior de l'ingénierie et responsable du développement de Shopify, Jean-Michel Lemieux

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Spécialisés dans le commerce électronique, Shopify et ses 1500 employés conçoivent des outils de vente en ligne utilisés par plus de 60 000 entreprises. «Après le règne des télécommunications, nous sommes arrivés tout au début de la vague du commerce en ligne. Il y a toute une question de timing. Et je crois que contrairement à la vague de télécommunications précédente, les occasions d'affaires avec le commerce sont infinies.»

La Nortel Valley

Au milieu des années 1990, bien des yeux sont tournés vers Ottawa, qui sous l'égide de Nortel, est un épicentre du développement des infrastructures web. Si ce n'est pas un réel duplicata de la vallée californienne, Ottawa est certainement la «Nortel Valley». Des compagnies comme JDS Uniphase, Cognos et Mitel brassent aussi de grosses affaires à l'ouest de la 417. À son apogée, le secteur technologique emploie plus de 60 000 personnes, soit 11 % de toute la main d'oeuvre de la capitale. À titre de comparaison, Google compte aujourd'hui 57 000 employés à travers le monde, tandis qu'Apple en dénombre 115 000. Facile de comprendre pourquoi la ville est surnommée à l'époque la Silicon Valley du Nord. 

«Les gens ne le réalisent pas, mais Ottawa, c'est le berceau de l'internet», souligne Jean-Michel Lemieux.

Valeur (en millions $) des investissements en capital-risque... (Source: Pitchbook) - image 4.0

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Valeur (en millions $) des investissements en capital-risque dans l'industrie des TI (2013-2016)

Source: Pitchbook

Dans la course à la connexion de masse des foyers à internet, les marchés boursiers s'emballent. Les investisseurs spéculent artificiellement et introduisent en Bourse de nouvelles entreprises qui n'avaient parfois même pas de chiffre d'affaires. 

Le reste de l'histoire est assez connu. Sous la pression des taux d'intérêt qui remontent, le 19 mars 2000, la bulle internet éclate, entraînant dans son sillage de nombreuses compagnies, des milliers d'emplois et des millions d'investissements. Tous les profits réalisés depuis 1995 par les 4300 sociétés du NASDAQ (145 milliards US) s'envolent au début des années 2000 avec des pertes chiffrées à 148 milliards.

Plus de diversification

Le lendemain de veille est certes brutal pour la capitale fédérale, mais le bassin de talent et d'infrastructures est toujours bien en place. «Nortel a peut-être disparu, mais ça permit à quatre compagnies d'émerger de la crise, rappelle Frédéric Boulanger, en nommant Ericsson, Avaya, Ciena et Genband. Alors que toute l'industrie baignait dans le monde des télécommunications dans les années 1990, le paysage technologique d'aujourd'hui est plus diversifié, «plus sain», d'ajouter le proprio de Macadamian, qui se spécialise dans le développement de logiciels de pointe dans le domaine des soins de santé. «Il y a de nouveaux joueurs comme Shopify qui sont dans le domaine du commerce électronique ou Ratrod Studio, qui a un succès phénoménal dans les jeux vidéos, et ce, sans investisseur externe. Il se passe vraiment de belles choses. Alors oui, je crois que l'on peut parler de renaissance.»

Au cours des cinq dernières années, les effectifs de Snowed In Studios ont plus que triplé, passant de cinq à une vingtaine d'employés. La boîte a signé diverses ententes prometteuses avec de gros joueurs de l'industrie du jeux vidéos, que ce soit Behavior Interactive à Montréal et d'autres noms importants sur la scène internationale que son président ne peut nommer pour l'instant, confidentialité oblige. «Après un creux de presque six ans, il y a de belles opportunités dans le marché. Les budgets sont renouvelés et on assiste à une belle croissance. Nous faisons affaire avec de grandes firmes de partout dans le monde.» Mais le domaine des médias numériques de la capitale gagnerait avec l'établissement d'un joueur important. «Ça nous prendrait un Ubisoft, un Warner Brother ou encore un Activision. Un studio qui permettrait de développer toute une sous-économie dans le domaine du jeu, un peu comme le faisait à l'époque Nortel. Ça nous permettrait de créer un écosystème.»

Investir Ottawa

Jean-Sylvain Sormany souligne l'apport d'Investir Ottawa dans le développement du secteur technologique. «Ils ont un rôle plus politique, mais ils sont vraiment là pour nous quand nous avons besoin d'aide.»

Le co-fondateur et président de Snowed In Studios,... (Patrick Woodbury, Le Droit) - image 5.0

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Le co-fondateur et président de Snowed In Studios, Jean-Sylvain Sormany

Patrick Woodbury, Le Droit

Investir Ottawa a aidé plus de 500 compagnies depuis 2012 à développer des marchés à l'échelle internationale. L'organisme s'est doté d'une mission de promouvoir le développement de l'économie et d'encourager les entreprises technos à travailler ensemble, tout en essayant d'attirer de nouvelles entreprises à s'établir ici. «Le financement demeure l'un des grands défis des affaires des entreprises technos d'ici, reconnaît Jon Milne, directeur de l'innovation chez Investir Ottawa. Mais nous avons tout de même vu des compagnies croître à l'échelle internationale rapidement.»

Il n'hésite pas lui non plus à utiliser le mot renaissance quand il brosse un portrait du secteur technologique de la région. «Le public ne le réalise pas, mais on retrouve à Ottawa toutes les technologies derrière les grands noms, que ce soit Apple, Amazon, Lexus. La liste est longue.»

Chiffre d'affaires de 100 millions

Le directeur de l'innovation d'Investir Ottawa, Jon Milne... (Patrick Woodbury, Le Droit) - image 6.0

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Le directeur de l'innovation d'Investir Ottawa, Jon Milne

Patrick Woodbury, Le Droit

L'introduction en bourse de Shopify en mai dernier a marqué un tournant majeur. Shopify attire non seulement des talents dans la région, mais ces derniers ont créé à leur tour des entreprises fructueuses comme You.i Tv (qui, en cinq ans, affiche une croissance de 1075%) , Klipfolio ou Pagecloud, qui a déjà amassé près de six millions auprès de ses investisseurs. 

Au début du mois de novembre, Shopify a dévoilé son chiffre d'affaires du troisième trimestre : 99,6 millions US. Un bond de 89% comparé à la même période l'an dernier. 

«Il n'y a pas de recette magique, croit fermement Jean-Michel Lemieux. Nous allons continuer d'améliorer notre produit. C'est important de démontrer que nous pouvons faire de bonnes choses non seulement à Ottawa, mais aussi à l'échelle du pays.»

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