Taux d'intérêts: la Fed change de cap

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La présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), Janet Yellen

Saul Loeb, AFP

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Jeremy Tordjman, Virginie Montet
Agence France-Presse
WASHINGTON

La Réserve fédérale américaine (Fed) a pris mercredi la décision historique de relever ses taux pour la première fois en près de 10 ans, amorçant la normalisation de sa politique monétaire après des mois de spéculations.

Ses taux directeurs, qui étaient maintenus proches de zéro depuis fin 2008, seront relevés d'un quart de point de pourcentage et évolueront désormais dans une fourchette comprise entre 0,25% à 0,50%.

Cette hausse est modeste, mais elle «marque la fin d'une période exceptionnelle de sept ans» pendant laquelle la Fed a tenté de soutenir la reprise après la crise financière de 2008-2009, a déclaré la présidente de la Fed, Janet Yellen, lors d'une conférence de presse.

Ce relèvement «consacre le progrès considérable qui a été accompli pour redresser l'emploi, augmenter les revenus et alléger les difficultés économiques de millions d'Américains», a assuré Mme Yellen.

La résonance de cette décision promet par ailleurs d'être planétaire.

Ce changement de cap, qui tranche avec l'intensification de l'action des banques centrales européenne et japonaise, pourrait ainsi provoquer des turbulences sur les marchés mondiaux, rendus nerveux par la fin de l'ère de «l'argent pas cher», et déstabiliser les économies de pays émergents inquiets de voir les investisseurs se ruer vers le dollar.

Dans son communiqué publié mercredi, la Fed affirme ainsi que le marché du travail américain a connu une «amélioration considérable» cette année, avec un taux de chômage tombé à 5%, et se dit «raisonnablement confiante» dans le fait que l'inflation annuelle, actuellement proche de zéro, remontera «à moyen terme» vers son objectif de 2%.

Les dépenses des ménages et l'investissement des entreprises ont par ailleurs augmenté à des «rythmes solides au cours des récents mois», note encore l'institution, selon qui l'activité économique dans son ensemble a crû à un rythme «modéré».

Hausses graduelles

Au vu de la situation économique, la Fed prévient toutefois que les futures hausses des taux seront «graduelles», qu'elles dépendront des données économiques à venir et que la politique monétaire restera, en tout état de cause, accommodante pendant «un certain temps».

«Les taux fédéraux au jour le jour devraient probablement rester, pour un certain temps, sous les niveaux qui devraient être les leurs sur le long terme», écrit-on.

«Il ne faut pas surestimer la signification de cette première hausse», a ajouté la patronne de la Fed. «Ce qu'on veut éviter c'est une situation où on aurait attendu trop longtemps au point de nécessiter de resserrer les taux de façon brutale, ce qui pourrait couper court à ce qui, j'espère, sera une croissance durable.»

Elle a invité les Américains «à réaliser que la décision de la Fed reflète notre confiance dans l'économie américaine».

La dernière hausse des taux aux États-Unis remontait à juin 2006, lorsque la Fed voulait calmer le marché immobilier, dont la bulle avait finalement éclaté deux ans plus tard avec la crise des prêts à risques «subprimes».

Le Fonds monétaire international, qui plaidait pour une hausse au premier trimestre 2016, a convenu que cette décision «reflétait un renforcement de l'économie américaine».

Son porte-parole Gerry Rice a toutefois estimé que les prochaines hausses des taux devaient être fondées sur des «signes plus clairs» que les salaires et les prix augmentent. Il faudra aussi arriver au «constat que l'inflation est sur le point de remonter fermement» vers l'objectif de 2% annuel, a-t-il ajouté.

Avec cette décision unanime, la banque centrale a surmonté ses divisions internes et continue de refermer un chapitre exceptionnel de son histoire, qu'elle avait commencé à clore il y a un an en mettant fin à un vaste programme de rachats d'actifs. Son bilan atteint aujourd'hui le niveau inédit de 4500 milliards de dollars, soit environ une fois et demi le PIB de la France.

Dans l'immédiat, le relèvement des taux, qui déterminent le coût des prêts que les banques se font entre elles, devrait avoir peu d'effets aux États-Unis. Mais il pourrait, à terme, avoir des répercussions sur le portefeuille des Américains, renchérir le coût du crédit et doper la rémunération de l'épargne.

Péril pour les pays émergents 

La grande inconnue porte surtout sur l'impact pour les pays émergents. La politique des taux zéro a poussé de nombreux investisseurs à placer leurs fonds au Brésil, en Turquie ou en Afrique du Sud, en quête de rendements plus rémunérateurs.

Avec le changement de cap de la Fed, ces pays vont devenir moins attractifs et pourraient subir une brusque accélération d'un exil des capitaux qui a déjà commencé. La Banque mondiale leur a d'ailleurs conseillé d'«attacher leur ceinture» et de se préparer à des turbulences.

«Nous avons fait en sorte d'éviter des retombées négatives inutiles» pour ces pays, a estimé Mme Yellen, assurant qu'ils n'avaient pas été pris par «surprise».

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