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Shopify, symbole du nouveau secteur techno d'Ottawa

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Au centre, Russ Jones, directeur financier chez Shopify, à la Bourse de New York.

Archives, Associated Press

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Andy Blatchford
La Presse Canadienne

Le succès de l'entrée en Bourse de la société Shopify, la semaine dernière, devrait rejaillir bien au-delà des quatre murs de son siège social d'Ottawa et mettre en évidence la «renaissance» du secteur technologique de la capitale canadienne, qui avait connu ses heures de gloire dans les années 1990.

Des années après l'écroulement d'un pan de sa jadis florissante industrie technologique, la ville natale de la société de logiciel connaît une recrudescence de petites compagnies, alimentée en grande partie par un groupe croissant de jeunes entrepreneurs.

Aujourd'hui, Ottawa compte 1700 firmes de technologie, soit plus du double que Waterloo, en Ontario, selon le groupe Investir Ottawa, spécialisé en démarrage d'entreprises.

En plus, l'organisation calcule que les premiers appels publics à l'épargne des cinq dernières années par d'autres entreprises locales - Halogen et Kinaxis - font en sorte que les sociétés de logiciels d'Ottawa ont récolté plus d'argent que toutes les autres villes canadiennes réunies.

Et tout cela s'est produit avant l'entrée en Bourse de Shopify, la semaine dernière, une opération qui a permis à l'entreprise de mettre la main sur 131 millions $ US, une somme plus importante qu'elle ne l'avait prévu. Shopify est inscrite à la fois à la Bourse de Toronto et à la Bourse de New York.

Il n'y a qu'à peine une décennie, la plateforme de commerce électronique, qui aide les entreprises à vendre leurs produits sur Internet, n'était qu'une modeste société exploitée par trois amis à la recherche d'équipement de planche à neige en ligne.

La société compte aujourd'hui plus de 600 employés au service de 160 000 clients répartis dans environ 150 pays, tandis que ses ventes totalisent 8 milliards $.

Les gens dans les coulisses de la scène techno d'Ottawa s'attendent maintenant à ce que la frénésie générée par Shopify attire encore plus l'attention sur Ottawa.

«Cela nous permet de dire, en quelque sorte: "Hé regardez, Ottawa construit de grandes choses"», a estimé Brandon Waselnuk, le chef de la direction et cofondateur de la jeune entreprise Tattoo Hero, à Ottawa, au sujet du succès international de Shopify. «Plusieurs personnes parlent d'une renaissance des technos.»

En activité depuis moins de deux ans, Tattoo Hero est une entreprise de cinq employés qui produit un logiciel qui aide les artisans du tatouage à gérer leur entreprise.

Steve Tannahill, lui aussi cofondateur de Tattoo Hero, croit que le succès des jeunes entreprises d'Ottawa trouve ses racines dans les talents locaux qui sortent du collège et des deux universités de la ville.

Alors que les perspectives d'emplois s'améliorent sur la scène des jeunes entreprises, les étudiants prennent des décisions plus risquées et visent des objectifs plus créatifs, plutôt que d'opter pour la sécurité des emplois gouvernementaux d'Ottawa.

«Ce n'est pas comme pour les emplois gouvernementaux réguliers où vous allez et pouvez toujours vous en sortir avec un effort de 25 pour cent et repartir avec un énorme chèque à la fin de la journée», a illustré M. Tannahill, qui travaille dans un petit bureau de troisième étage au centre-ville d'Ottawa.

«Il y a beaucoup plus de travail en jeu avec ceci, et beaucoup de dévouement et de confiance - c'est un autre genre d'attitude.»

Cet esprit d'entreprenariat rappelle à certains le boom technologique qu'Ottawa a vécu dans les années 1990, lors de la percée d'Internet, qui avait entraîné une énorme demande pour la connectivité.

Les entreprises locales comme Nortel Networks ont connu un succès particulièrement marqué dans les télécommunications et ont permis à la ville d'obtenir le surnom de «Silicon Valley du Nord», se souvient Bruce Lazenby, le président et chef de la direction d'Investir Ottawa.

Selon lui, une grande partie de ce succès était attribuable à la position unique d'Ottawa, à portée de main du gouvernement fédéral. À l'époque, a poursuivi M. Lazenby, les laboratoires fédéraux débordaient de recherche dans la région, ce qui a créé une grande quantité d'expertise locale que certains ont transformé en entreprises en démarrage.

Mais cela n'a pas duré, et au début des années 2000, les investissements ont commencé à dérailler, le monde n'ayant plus autant besoin d'une vaste quantité de connectivité, a poursuivi M. Lazenby.

Ces cinq dernières années, le secteur technologique local connaît pourtant un nouvel élan.

Cette renaissance a même des liens avec le passé, puisque certaines des personnes derrière les anciens succès des entreprises d'Ottawa ont donné conseils et appuis financiers à de plus jeunes sociétés.

M. Lazenby se tourne vers la liste des 250 plus grandes sociétés canadiennes du secteur des technologies de l'information et des communications dressée par le Branham Group pour avoir une idée approximative de la position qu'occupe l'industrie technologique d'Ottawa sur l'échiquier canadien.

Sur la liste de la firme de consultants, 11 % des entreprises sont établies à Ottawa. La capitale n'est devancée que par Toronto (23 %). Ottawa se positionne ainsi devant Vancouver (9 %), Calgary (8 %) et Montréal (6 %).

En outre, le Conference Board du Canada estime que l'industrie technologique d'Ottawa a joui d'une robuste croissance annuelle de huit pour cent ces cinq dernières années, a ajouté M. Lazenby.

Shopify a elle-même joué un rôle important dans la communauté d'entreprises en démarrage d'Ottawa, notamment en appuyant certains événements locaux.

L'entrée en Bourse de Shopify signifie qu'Ottawa comptera bientôt plusieurs dizaines de nouveaux millionnaires, qui pourraient injecter encore plus de vitalité dans le secteur, a estimé M. Lazenby.

Le cochef de la direction de Gymtrack, une autre entreprise en démarrage d'Ottawa, s'attend, lui aussi, à voir des retombées financières attribuables à l'entrée en Bourse de Shopify, notamment avec l'apparition d'«anges investisseurs» pour les sociétés locales.

Pablo Srugo, dont la firme n'avait pas d'employés au début 2014 mais en compte aujourd'hui 34, croit que la communauté se «réchauffe» grâce aux conditions d'affaires favorables à Ottawa.

La ville, a-t-il ajouté, profite particulièrement de facteurs comme le haut niveau de la qualité de vie, un bassin de talents à plus faibles coûts et d'avantageux prix pour la location de bureaux - particulièrement comparativement à certains autres endroits, comme Silicon Valley.

Mais M. Srugo croit que le Canada, dans l'ensemble, n'est pas considéré comme un endroit spécialement favorable aux entreprises en démarrage, ce que Shopify peut aider à changer, juge-t-il.

«Si nous pouvons avoir plus de cas comme Shopify ici, il ne sera définitivement pas trop difficile de changer la perspective de ce qu'Ottawa représente», a estimé M. Srugo, dont la société produit des logiciels qui supervisent les séances d'exercices physiques des gens à l'aide de senseurs, installés sur des exerciseurs, que revêtent les utilisateurs.

«Il n'en faudrait que quelques autres comme ça et les gens commenceraient à porter attention.»

Mais selon M. Waselnuk, qui séjournait en Californie récemment, Shopify a déjà mis Ottawa sur le radar de certaines personnes à Silicon Valley. «Avant, ils demandaient: "Pouvez-vous nous montrer sur une carte?"»

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