Révolution brassicole en Ontario

Auparavant, le Beer Store avait le quasi-monopole des... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

Agrandir

Auparavant, le Beer Store avait le quasi-monopole des bières en Ontario

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les règles du jeu viennent de changer en Ontario. Le gouvernement de Kathlenne Wynne a annoncé, jeudi, «des changements fondamentaux» au réseau de la vente de la bière en province.

En plus de permettre l'achat de bière dans 450 épiceries ontariennes, une restructuration totale du réseau de distribution du Beer Store est prévue au cours des prochains mois.

«C'est un bon jour pour les personnes qui aiment leur bière froide, car il sera désormais plus pratique de s'en procurer», a déclaré Mme Wynne jeudi en point de presse.

Le «plus important» changement en matière de vente de bière en province depuis la fin de la Prohibition en 1927 vise principalement à briser le quasi-monopole du marché de la bière au Beer Store. L'entreprise privée, dirigée par trois importants producteurs de bières étrangers, subira des transformations pour notamment laisser une plus grande place aux microbrasseries dans leurs succursales et pour accroître l'équité commerciale parmi les producteurs de bière.

«Le statu quo est terminé. L'ancien système étouffait la concurrence, empêchait les petits brasseurs de grandir et limitait le choix des consommateurs», a insisté Mme Wynne.

Par contre, la province prévoit implanter une nouvelle taxe sur la bière, équivalente à 1$ par caisse de 24 bouteilles, au cours des quatre prochaines années. Du même souffle, la première ministre est déterminée à maintenir les coûts de la bière sous la moyenne canadienne.

À cet effet, les plus importantes brasseries se sont engagées à se conformer à la demande du gouvernement de fixer le plafond du prix auquel leurs bières les plus populaires sont vendues en fonction de l'inflation jusqu'en mai 2017.   D'ici 2019, environ 100 millions$ par année s'ajouteront dans les coffres de l'État en raison de cette réforme.

Privatisation partielle de Hydro One

Mme Wynne a aussi profité de l'occasion pour annoncer la privatisation partielle du distributeur d'électricité Hydro One. Jusqu'à 60% de la société de la Couronne pourrait être vendu au privé, a-t-elle annoncé. Cependant, un plafond de 10% a été fixé pour limiter les parts de tout acheteur. «Nous conservons donc le contrôle de facto», a rassuré Mme Wynne.

Selon les premières estimations, cette décision rapportera 9 milliards à la province.

Les restructurations des réseaux de distribution d'alcool et d'énergie font suite à un examen d'un groupe de travail, mené par l'économiste Ed Clark et mandaté par la province l'an dernier, afin de générer des revenus additionnels pour l'État. «La réforme de l'infrastructure publique était l'une de mes priorités quand je suis arrivée au pouvoir il y a deux ans, a rappelée Mme Wynne. Le sous-financement des routes, du transport en commun des ponts depuis des décennies nous a forcés de trouver des moyens pour nous rattraper.»

Les épiceries devraient commencer à vendre de la bière d'ici la fin de l'année.

Un projet-pilote sera aussi lancé dans 10 LCBO pour permettre la vente de caisse de 12 bouteilles de bière, autrefois offert seulement dans les Beer Store.

Les microbrasseries se réjouissent

La réforme au réseau de vente de bière en Ontario est accueillie à bras ouverts par les petits joueurs du marché brassicole.

«Il s'agit d'une excellente nouvelle pour les microbrasseries de l'Ontario. Jamais, nous nous attendions à des changements aussi spectaculaires», a commenté jeudi Steve Beauchesne, cofondateur de Beau's All Natural Brewing, un pionnier du genre dans la grande région d'Ottawa.

Le propriétaire de la microbrasserie de Vankleek Hill, dans l'Est ontarien, se réjouit particulièrement de la place qui sera réservée aux bières artisanales au sein des succursales du Beer Store.

«Les changements sont prometteurs. Nous allons occuper 20 % de tout en magasin. De la place sur les tablettes à la promotion de nos produits et ainsi de suite. Les portes du commerce s'ouvrent vraiment aux microbrasseries», soutient-il depuis Portland aux États-Unis où il participe à une conférence avec ses homologues du milieu microbrassicole.

Autrefois, les petits brasseurs devaient payer des coûts faramineux pour simplement se trouver sur la liste de sélection du Beer Store. La plupart du temps, aucune mise en valeur de leurs produits n'avait lieu par l'entreprise privée - par trois importants producteurs de bières étrangers - qui détenait le quasi-monopole de la vente de bière en province.

L'arrivée en scène d'un «ombudsman de la bière» et de quatre membres indépendants au conseil d'administration du Beer Store permettra aussi aux plus petits producteurs de se faire entendre.

«Les membres indépendants auront un droit de veto si jamais les trois macrobrasseries prennent une décision inéquitable», souligne M. Beauchesne.

Ce dernier estime que les amateurs de bières du terroir devraient donc observer une plus grande sélection en magasin d'ici deux ans, le temps que la révolution brassicole ontarienne se met en place.

«Il reste encore de nombreux détails à peaufiner, mais, dans l'ensemble, il s'agit d'un extraordinaire pas en avant qui pourrait nous permettre de multiplier par deux le nombre d'emplois dans l'industrie au cours des trois à cinq prochaines années», signale Irvine Weitzman, président du Mill Street Brewery.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer