Francophonie: le bilan mitigé de Jim Watson

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Le portrait du maire Watson dressé par politologues Linda Cardinal et Anne Mévellec n'est pas tout à fait flatteur.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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Le maire d'Ottawa Jim Watson se dit l'ami des francophones. Les Franco-Ontariens reconnaissent d'ailleurs ses efforts. Mais qu'en est-il des faits?

Des chercheures de l'Université d'Ottawa ont démontré que le bilan politique du maire est pour le moins mitigé, particulièrement lorsqu'on remonte dans le temps.

Les politologues Linda Cardinal et Anne Mévellec ont piloté pendant des mois un projet monstre. À l'aide des procès verbaux de 1980 à l'an 2000, elles ont analysé le résultat des votes au conseil municipal de la Ville d'Ottawa qui avaient comme sujet un enjeu touchant la communauté francophone. Leur recherche couvre notamment le premier mandat de Jim Watson en tant que maire, de 1997 à 2000.

Ce qu'elles ont découvert n'est pas tout à fait flatteur pour l'actuel premier magistrat.

«Si on dit qu'être l'ami des francophones ça veut dire appuyer des questions francophones, les données montrent que M. Watson n'a pas souvent appuyé les questions francophones», tranche Mme Cardinal, détentrice de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.

Durant son règne de trois ans, M. Watson n'a présenté aucune motion favorable aux francophones et en a appuyé trois. Mais, souligne la recherche, il s'est surtout opposé à cinq reprises.

«Les maires qui ont été à la tête de la Ville d'Ottawa au cours des années 1980 et 1990 n'ont pas particulièrement défendu des enjeux francophones, soutiennent les chercheuses. Jacquelin Holzman se distingue de ses collègues en ayant été le seul maire à initier des motions favorables aux francophones, même si elle a, à 10 reprises, voté à l'encontre de motions favorables.»

En tant que simple conseiller municipal, de 1991 à 1997, le bilan du maire n'est guère plus reluisant. M. Watson n'est en fait même pas sur le radar des chercheures, qui ont classé les 22 conseillers les plus actifs sur le front francophone. «Seulement ceux qui ont fait suffisamment de motions pour avoir un score» figurent dans l'étude, précise Mme Cardinal.

Les conseillers francos

La communauté francophone d'Ottawa doit aujourd'hui une fière chandelle à deux conseillers municipaux, Marc Laviolette, dans les années 1980, et Jacques Legendre, lors de la décennie suivante. Ils ont porté à bout de bras leurs revendications dans un contexte parfois hostile.

Marc Laviolette a proposé pas moins de 20 motions favorables aux francophones de la capitale. Huit dans le cas de Jacques Legendre, ce dernier ayant été très efficace afin de les faire adopter à la table du conseil.

«On voit dans la recherche que c'est toujours des conseillers francophones qui poussent», souligne Mme Cardinal.

Cette dernière souligne que le travail individuel de ces conseillers a été primordial, car les francophones sont peu nombreux pour constituer une force politique importante.

«La science nous a déjà enseigné qu'en bas de 30%, les minorités n'ont pas beaucoup de pouvoir politique, note-t-elle. Ça leur prend ce qu'on appelle des acteurs critiques pour faire avancer les choses.»

L'indifférence des années 1990

L'ex-conseiller municipal Richard Cannings, au début des années... (Archives LeDroit) - image 3.0

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L'ex-conseiller municipal Richard Cannings, au début des années 1990

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L'attitude de Jim Watson face aux enjeux des francophones lors de ses premiers mandats dans les années 1990 à titre de conseiller et maire peut se résumer en un mot, selon un élu qui l'a côtoyé durant une décennie autour de la table du conseil: «indifférence».

Richard Cannings a représenté les résidents du centre-ville d'Ottawa de 1991 à 2000. Durant son passage à l'hôtel de ville, il a été l'élu francophile le plus actif dans les dossiers francophones, selon les travaux des politologues Linda Cardinal et Anne Mévellec.

C'est à ce passionné de patrimoine qu'on doit notamment la sauvegarde de l'ancienne école Guigues d'Ottawa. À l'époque, la Ville allait autoriser sa démolition. Il s'y est farouchement opposé, selon son souvenir.

«Je comprenais à quel point l'école avait été marquante dans l'histoire des Franco-Ontariens avec les épingles à chapeaux», confie-t-il 20 ans plus tard.

Selon M. Cannings, les anglophones francophiles comme lui avaient un pouvoir qu'ils ne soupçonnaient pas à l'hôtel de ville d'Ottawa.

«Je trouvais que c'était plus facile en tant qu'anglophone de défendre les francophones. Un franco qui défend ses dossiers, ça n'étonne personne. Quand je parlais, les gens m'écoutaient parce que j'étais un des leurs et que je portais la voix d'une minorité. Et j'ai trouvé qu'il y avait en fait un terrain fertile pour les idées favorables aux francophones.»

Mais comme plusieurs de ses collègues, Jim Watson disait régulièrement «non» aux Laviolette, Legendre et Cannings, en autres.

Le théâtre de La Nouvelle Scène, sur l'avenue King Edward, a notamment essuyé les refus de M. Watson. En 1997, il a été le seul membre du comité des services communautaires à refuser à l'institution culturelle une subvention de 250 000$. Il a fallu attendre en 1999 pour que M. Watson, alors maire, débloque un peu plus de 76 000$ pour financer les rénovations de La Nouvelle Scène.

«J'étais sous le choc. Je ne comprenais pas», laisse tomber Richard Cannings.

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