Six mois dans une chambre de motel

Lorsque l'on pousse la porte de la chambre 135 d'un motel anonyme du  chemin... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Étienne Ranger, LeDroit

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Lorsque l'on pousse la porte de la chambre 135 d'un motel anonyme du chemin Montréal, à Ottawa, Nathalie Viens est là, au milieu de toute sa vie amoncelée dans une pièce d'une vingtaine de mètres carrés.

Deux lits, un minuscule placard, une table de chevet, un four à micro-ondes et un grille-pain. Ce sont les objets de son quotidien, à elle et ses deux enfants, Francis et Francisca, des jumeaux de 19 ans.

Comme des centaines de familles d'Ottawa, les Viens, au précipice de l'itinérance, vivent les uns sur les autres dans un motel en attendant qu'un logement subventionné ou communautaire se libère.

Cela fait 6 mois que Mme Viens prend son mal en patience dans cette enclave routière ou la pauvreté et les passants qui font halte se côtoient. Mais peu à peu, son nouveau milieu de vie l'avilit.

Forcée de se nourrir quotidiennement de malbouffe, faute d'accès à une cuisine, sa santé physique se dégrade. Garder le moral et la tête haute est aussi un défi quotidien.

« C'est comme si on nous avait oubliés ici, se désole-t-elle, bien qu'elle avait été informée que l'attente pourrait s'élever à un an. Ça dépanne sur le moment, mais ce n'est plus vivable. Cela a assez duré. »

Mme Viens aurait souhaité un soutien moral de la Ville. « Il n'y a jamais personne qui est venu nous voir ici, dit-elle, rappelant que de nombreuses familles logent à la même adresse. Juste de parler avec nous, voir comment va notre santé mentale... parce que c'est difficile ce qu'on vit. C'est une atteinte à notre dignité. »

La mère de famille estime à 1500 $ les frais associés à la location de la minuscule chambre d'hôtel. Elle est persuadée que la Ville serait en mesure de mieux utiliser ces ressources financières.

« Ils payent 1500 $ pour nous loger dans un endroit où il n'y a pas de cuisinière et pas de frigidaire, déplore-t-elle, reconnaissant que la rue aurait été bien pire. Ce n'est vraiment pas adéquat pour une famille. Je ne comprends pas. »

Le cas de la famille Viens n'est pas unique à Ottawa.

« Chaque nuit, en moyenne, 150 couples ou familles requièrent un refuge d'urgence et environ une centaine sont logés en débordement dans des motels. Cette mesure existe depuis plus de 20 ans dans le but d'éviter que quiconque se retrouve à la rue lorsque des familles vivent une situation de crise qui leur fait perdre leur logement », explique le Dr Aaron Burry, gestionnaire responsable des services sociaux à la Ville d'Ottawa.

Il y avait un peu moins de 10 000 ménages inscrits sur la liste d'attente centralisée de la Ville d'Ottawa pour un logement subventionné, à la fin de l'an dernier. La situation s'est légèrement améliorée, après une augmentation récurrente de la demande au cours des cinq années précédentes, selon les données de l'Alliance pour mettre fin à l'itinérance à Ottawa. Par contre, le séjour moyen des familles sans-abri dans les refuges s'est allongé de 72 à 82 jours, de 2010 à 2011.

La Ville d'Ottawa consacre près de 21 millions $ par année à ses programmes de refuges d'urgence. Une partie de cette somme provient d'une enveloppe annuelle de 14 millions $ visant à réduire la pauvreté et l'itinérance, adoptée en 2010. Cette enveloppe sert aussi à bonifier des programmes d'accès au logement pour les sans-abri et de supplément au loyer pour les ménages à faible revenu. « C'est une contribution importante », affirme le Dr Burry.

L'an dernier, les prestations de supplément au loyer ont permis à 17 personnes de trouver un logement et du soutien, selon l'Alliance.

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