La carte Presto d'OC Transpo

Perdre la carte ou perdre la face (en vidéo)

François Pierre Dufault
Le Droit

Imaginons un seul instant qu'OC Transpo n'ait pas mis un frein au déploiement de quelque 200 000 cartes à puce Presto, la semaine dernière. Combien d'usagers du transport en commun à Ottawa seraient aujourd'hui en possession de ces laissez-passer qui ne fonctionnent que de façon très aléatoire ?

Quelques milliers auraient suffi pour paralyser le réseau d'un bout à l'autre de la capitale, a constaté LeDroit, hier.

Il était 8 h 50. L'heure de pointe était terminée et le quai d'embarquement de la station Place d'Orléans du Transitway avait retrouvé son pouls normal.

C'est là que notre test de la carte Presto a débuté.

Le conseiller Rainer Bloess s'est prêté au jeu à l'invitation du Droit, malgré une directive du greffe municipal de ne pas commenter le dossier.

Un premier autobus s'est arrêté. Un 95. Un des principaux trajets d'OC Transpo. Le véhicule était équipé d'un lecteur optique. M. Bloess a balayé sa carte. D'abord, rien. Puis, un message d'erreur. Puis, plus rien. Le système s'est mis en veille. Avec la carte du Droit, même pas de message d'erreur. Le système ne s'est jamais réveillé, malgré les balayages répétés.

La chauffeuse a fini par nous laisser passer sans payer. Sauf que pendant deux à trois minutes, l'autobus n'a pas avancé d'un centimètre. Imaginons cinq, voire dix usagers infligeant le même retard à chaque arrêt.

Le deuxième autobus, un autre 95, n'était pas muni d'un lecteur Presto. Si le déploiement des premières cartes à puce s'était déroulé comme prévu, le 10 juin, des dizaines de passagers emprunteraient ce véhicule chaque jour sans payer. Quand on sait qu'une hausse de 20¢ du prix du billet d'autobus équivaut à environ 100 000 $ par mois, ou 1,2 million $ par année dans les coffres d'OC Transpo...

Le troisième 95 était quant à lui muni d'un lecteur optique. Mais toujours les mêmes messages d'erreur. Ou de mise en veille du système. Aucune de nos deux cartes ne fonctionnait. Les autres passagers se faufilaient derrière nous, avec leurs laissez-passer de papier, tandis que nous balayions nos cartes à répétition.

Sur son site web, OC Transpo dit que la carte Presto est « le nouveau moyen facile de payer son passage » et qu'elle assure aux usagers « une plus grande commodité, flexibilité et valeur ». L'expérience d'hier n'avait rien de commode. « Pour l'instant, ce n'est pas un système fiable », a commenté M. Bloess. « Mais je suis confiant qu'on finira par trouver une solution. »

Des problèmes à régler

Ce sont ces problèmes techniques qui ont forcé la présidente de la commission municipale du transport en commun, Diane Deans, à mettre sur la glace l'implantation grand public du nouveau système de paiement, le 7 juin.

La société d'État ontarienne Metrolinx, conceptrice du système, s'est donnée jusqu'au 18 juin pour identifier les problèmes et rendre compte de la situation à l'administration municipale. L'implantation complète prévue le 1er juillet serait reportée au 1er août, de façon tentative.

Nul doute que Mme Deans a perdu la face lorsqu'elle a choisi de mettre Presto en veilleuse, alors que le lancement était annoncé à grand renfort de publicité depuis des mois. Politiquement, elle aurait pu perdre beaucoup plus si elle n'avait pas sonné l'alarme.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer