Or, bien avant leur inauguration, prévue demain, ces nouvelles voies se sont attirées les foudres d'autant d'automobilistes qui perdent une voie de circulation que de commerçants pour qui les livraisons sont devenues un casse-tête. Et les cyclistes, eux ? Sont-ils plus en sécurité ? C'est ce que LeDroit est allé vérifier.
Le projet pilote de la Ville d'Ottawa, le premier de la sorte dans un centre-ville en Ontario, est très clairement calqué sur modèle de voies séparées qui font le renom de Montréal dans le monde du cyclisme. Ces pistes, aménagées le long des trottoirs des deux côtés de la rue, sont encadrées de bornes amovibles. Les virages à droite ne sont plus permis aux feux rouges à certaines intersections. La fréquence des feux de circulation a été ajustée pour donner priorité aux cyclistes.
Résultats mitigés
De l'avis du journaliste qui a enfourché un BIXI pour les besoins de la cause, hier matin, le passage aux intersections de l'avenue Laurier est parfaitement sécuritaire. Même celles, très achalandées, des rues Metcalfe, O'Connor et Bank. On ne s'y sent pas plus en danger qu'un piéton qui traverse la rue.
C'est entre les intersections que les choses se gâtent.
En effet, les nouvelles voies ne laissent pas grand-place aux véhicules de livraison. Le temps de décharger leur cargaison, ceux-ci doivent soit bloquer toute une voie de circulation sur l'une des artères les plus passantes de la capitale, soit bloquer une voie réservée aux vélos. Dans un tel cas, les cyclistes n'ont d'autre choix que d'emprunter le trottoir et se frayer un chemin parmi les piétons.
Les nombreuses bouches de stationnements souterrains directement sur les trottoirs de l'avenue Laurier rendent aussi la traversée du centre-ville périlleuse à vélo, particulièrement entre les rues Elgin et Bank. Il faut redoubler de prudence car un véhicule peut surgir de nulle part à tout moment.
Et ça, la Ville le sait depuis le début. L'industrie hôtellerie l'a amplement prévenue, en février, au moment de l'adoption du projet devant le comité municipal des transports. La direction de l'hôtel Lord Elgin, entre autres, lui a très clairement souligné les problèmes de sécurité qu'elle entrevoyait à l'arrivée et au départ d'autocars, son garage donnant directement sur une voie cyclable à quelques mètres de l'intersection de la rue Elgin.
À l'est d'Elgin, on a nettement l'impression qu'il manque un chaînon aux nouvelles voies cyclables pour qu'elles rejoignent les pistes de la Commission de la capitale nationale (CCN) le long du canal Rideau. Si ce n'est de quelques pictogrammes de vélos peints sur l'asphalte, le court tronçon n'a rien d'invitant pour les cyclistes qui n'ont pas trop envie de jouer les cascadeurs. Or, c'est justement pour ces cyclistes moins téméraires qu'Ottawa a décidé d'aménager des voies séparées au centre-ville, un projet pilote de 1,3 million $ qui sera réévalué après deux ans.
En revanche, de la rue Bank à l'avenue Bronson, les nouvelles voies cyclables traversent un secteur plus résidentiel qu'il est tout à fait agréable de parcourir sur deux roues.
C'est d'ailleurs ce qui fait dire à plusieurs détracteurs du corridor de l'avenue Laurier que le choix de la rue Somerset aurait été plus avisé pour recevoir des voies cyclables. D'autant plus que l'artère moins passante s'arrime directement à la passerelle piétonnière Corktown, qui enjambe le canal Rideau à la hauteur de l'Université d'Ottawa.
La rue Somerset était au nombre des corridors à l'étude pour l'aménagement de voies cyclables. Mais son étroitesse aurait posé d'autres problèmes de circulation, selon la Ville.