Le chien de garde a frappé un os

André Guay a identifié cette semaine des divergences... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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André Guay a identifié cette semaine des divergences entre des commissaires plus « agressifs », qui ont tendance à chercher la « confrontation » avec l'administration, et les plus « modérés » qui prônent la diplomatie et le compromis.

Patrick Woodbury, Le Droit

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ANALYSE / En déclarant au Droit, plus tôt cette semaine, qu'il ne serait pas surpris de découvrir que certains membres de son organisation agissent présentement en fonction d'un agenda politique caché, l'ombudsman de la Ville de Gatineau, André Guay, a lancé tout un pavé dans la mare. Une telle admission pour une institution qui doit se démarquer, oui par l'absence de complaisance envers le pouvoir en place, mais aussi par une impartialité à toute épreuve, ne peut être sans conséquence.

Si les craintes de l'ombudsman de Gatineau sont fondées, c'est effectivement « destructeur et très dommageable » pour la crédibilité de cette organisation perçue depuis 10 ans comme un mal nécessaire par la haute direction de la Ville. Une remise en question deviendrait alors nécessaire. 

Elle est de toute façon déjà amorcée. Différentes forces sont à l'oeuvre à l'interne pour tenter de redéfinir la personnalité du chien de garde des Gatinois. André Guay a identifié cette semaine des divergences entre des commissaires plus « agressifs », qui ont tendance à chercher la « confrontation » avec l'administration, et les plus « modérés » qui prônent la diplomatie et le compromis.

M. Guay fait partie des modérés. Comme le maire Maxime Pedneaud-Jobin, il croit que le 10e anniversaire du Bureau de l'ombudsman de Gatineau est l'occasion parfaite pour revoir son rôle, son mandat et son fonctionnement. La discussion entre les deux hommes, bien que préliminaire, est déjà commencée. Elle s'est probablement poursuivie avec tous les commissaires lors de la rencontre au cabinet du maire, vendredi. M. Guay achève toutefois son mandat. Un nouvel ombudsman devra le remplacer. La finalité de cette révision ne lui reviendra vraisemblablement pas. Les révélations du Droit, cette semaine, démontrent toutefois qu'il y a plus urgent que l'avenir du Bureau. Le plus récent rapport de l'Ombudsman est sur le bureau du maire et de la directrice générale, Marie-Hélène Lajoie, depuis plusieurs semaines et le « chien de garde » semble avoir mordu à un bien mauvais endroit. L'administration et le cabinet du maire jugeraient « inacceptable et irrecevable » la première mouture du rapport. 

Tous deux tentent de convaincre l'Ombudsman de modifier la formulation de certains passages. Le rapport serait très critique envers l'administration municipale, en particulier pour le service de l'urbanisme. L'administration Pedneaud-Jobin n'apprécierait pas du tout que l'ombudsman se permette de généraliser certaines problématiques à partir d'une dizaine de cas de citoyens excédés par des années de lutte acharnée pour faire respecter leurs droits face à une organisation à la réglementation parfois rigide. 

L'urbanisme est un dossier qui demeure sensible à Gatineau. La réforme de ce service longtemps mal aimé des Gatinois a grugé énormément d'énergie administrative. L'effort a été si considérable qu'il est accompagné d'une obligation de résultat pour la direction. L'amélioration des services et l'amorce d'un changement de culture à l'urbanisme sont aussi des éléments importants du bilan politique que voudra présenter le maire Pedneaud-Jobin aux électeurs dans tout juste cinq mois. 

Dans ce contexte, il se peut que le maire et la directrice générale, chacun pour des raisons qui leur sont propres, aient l'épiderme particulièrement sensible quant au jugement porté par l'Ombudsman sur ce service qui est souvent le seul véritable contact que le citoyen aura avec la bureaucratie gatinoise. 

Le rapport reprocherait à la Ville et son service de l'urbanisme de volontairement étirer des dossiers litigieux pour forcer les citoyens à nager dans les dédales bureaucratiques et à finalement envisager de lourdes et coûteuses procédures juridiques. En d'autres mots, la tactique de David contre Goliath. 

Le maire Pedneaud-Jobin n'a certainement pas l'intention de laisser aussi facilement des commissaires « agressifs » à « l'agenda politique caché » produire un rapport qui généraliserait cette tendance à tout le service d'urbanisme récemment réformé. À cinq mois des élections municipales, il s'agirait d'un cadeau livré sur un plateau d'argent pour ses adversaires politiques. 

L'Ombudsman est toutefois indépendant. Il écrit ce qu'il veut, dans la forme qu'il le souhaite et avec le style qui lui chante. 

Les seules choses sur lesquelles l'Ombudsman n'a pas vraiment de contrôle, c'est le moment où le rapport sera rendu public et la réaction des élus qui en découlera. Ça doit se faire séance tenante, devant le conseil municipal. L'Ombudsman a jusqu'au 1er décembre pour le faire. Cette année, cette date limite survient moins d'un mois après l'élection. Est-ce que le conseil aura l'occasion de se pencher sur ce rapport avant la fin du mandat ? Les inondations ont déjà fait prendre un retard considérable à certains dossiers. 

Est-ce que certains élus, voire des adversaires du maire, voudront quand même faire de la publication de ce rapport une priorité d'ici la fin du mandat ?




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