Sinistrés à bout de souffle

Manque de sommeil, fluctuation de l'humeur, tristesse, anxiété... (Archives, La Presse canadienne)

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Manque de sommeil, fluctuation de l'humeur, tristesse, anxiété et même des pertes de mémoire atteignent les victimes des inondations.

Archives, La Presse canadienne

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Crue historique en Outaouais
Crue historique en Outaouais

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Après des jours, voire des semaines, à combattre l'eau et à tenter de « sauver » leur maison, certains citoyens commencent à montrer des signes de fatigue physique et mentale. Si le niveau des rivières commence à baisser, le taux d'adrénaline tombe à plat, et la force mentale peut s'affaisser rapidement.

Mardi. 15 h 30. Centre Jean-René Monette, Pointe-Gatineau. Le responsable de l'aide psychosociale pour les sinistrés, Jean Gagné, circule parmi les victimes. Certains viennent y chercher de l'information, d'autres viennent prendre une pause, une bouchée et un café avant de retourner dans la désolation d'un quartier inondé depuis trop longtemps.

D'autres ont les traits tirés, les yeux tristes. Leurs mains sales n'ont cessé de travailler.

L'équipe du Centre intégré de santé et des services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) surveille autre chose que le débit de la rivière des Outaouais.

Elle veille à ce que les gens en détresse psychologique ne soient pas laissés à eux-mêmes. Plusieurs ont répété le mot « résilience » ces derniers jours. La majorité en est capable. D'autres n'en peuvent plus. L'important, explique M. Gagné, est de ne pas pointer du doigt ces pauvres personnes.

« Si une personne semble plus fragile, plus triste ou en colère, on va aller à la table à café, à côté de la personne. On va lui demander : 'comment ça va ?'. Entre intervenants, on va se faire un clin d'oeil pour faire comprendre qu'une personne a besoin d'aide. Travailleurs sociaux et infirmières, on fait une approche discrète. »

Jean Gagné parle de « normaliser » ces histoires. Il veut faire comprendre aux personnes en détresse psychologique qu'ils ne sont pas les seuls à avoir l'esprit aussi trouble que l'eau de la rivière.

« Après deux ou trois semaines, ils ne sont plus capables. Ils ont abandonné leur maison. Mais la résilience et l'entraide mènent loin, dit M. Gagné. Je parlais avec deux dames, l'autre jour. L'une d'elles me disait que l'autre femme, sa voisine, courait régulièrement dans sa rue, mais qu'elles ne s'étaient jamais parlé. Maintenant, elles se connaissent très bien ! »

« Facilement », une centaine de personnes par jour passent au Centre Jean-René Monette. La plupart se portent assez bien et ont d'autres besoins que celui d'un intervenant psychosocial. Une plus petite proportion est en pleurs.

« Après l'évacuation, c'est l'étape de la réalité... Même à l'hôtel, des gens ne dorment pas beaucoup. Ils sont tellement préoccupés. Une femme me racontait qu'elle avait des troubles de mémoire, après deux semaines intenses. »

De petites choses, comme un numéro de porte ou le prénom d'un proche, deviennent difficiles à garder en mémoire. Le stress joue des tours au cerveau.

Les étrangers qui aident avec l'aspect matériel devraient aussi être alertes à la détresse des sinistrés. « On leur demande de nous indiquer si une personne semble en mauvais état. C'est important de le faire subtilement et de ne pas pointer du doigt, de faire sentir à la personne qu'elle est dans une cible. Qu'on vienne nous voir en nous disant : 'mon voisin, je pense que ça ne marche pas'. »

Les intervenants sociaux n'en sont pas encore à se déplacer sur les sites dévastés. « Mais ça fait partie des choses auxquelles on réfléchit. Quand l'eau va se retirer. On va probablement y aller. »

Des montagnes russes de 6 à 12 mois

Les sinistrés peuvent vivre des émotions « en montagnes russes », pendant les 6 à 12 mois suivant le désastre naturel qui afflige l'Outaouais et l'Est ontarien.

Le docteur Wayne Corneil, de l'Institut de recherche sur la santé des populations de l'Université d'Ottawa, affirme que les personnes durement touchées par les crues printanières doivent songer à une période de rétablissement.

« Les gens sont pris dans le moment. Ils sont épuisés. Mais ils doivent aussi prendre le contrôle de leur avenir. »

Les nombreux bénévoles qui aident leurs concitoyens ne seront probablement plus là dans quelques semaines.

« Les tâches liées à la paperasse et aux assurances sont une chose. Puis il y a le deuil, on perd des souvenirs, une mémoire, les petits cadeaux, les photos, dit-il. Prendre des photos des dégâts fait revivre ce qu'on a vécu, en revenant dans une maison abandonnée. L'entourage doit être là, dans l'après, même jusqu'à 12 mois.

«Les émotions sont une chose normale. Il faut accepter ce qui s'est passé. On n'a pas le contrôle de tout ça. Même une personne qui a l'air très solide peut être vulnérable et devenir émotive en quelques heures. Plusieurs vivront des émotions en montagnes russes.»




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