L'eau et le ciment

Les Gatinois ont trouvé leur identité de façon... (Martin Roy, Le Droit)

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Les Gatinois ont trouvé leur identité de façon toute naturelle, les deux pieds dans l'eau, en faisant des sacs de sable, au milieu de cette crise.

Martin Roy, Le Droit

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Crue historique en Outaouais
Crue historique en Outaouais

Tout sur la crue historique de 2017 »

ANALYSE / Depuis sa création en 2001, la Ville de Gatineau se cherche une identité. Quelque chose pour souder le sentiment d'appartenance de ses citoyens. Elle a essayé bien des choses en 17 ans. Dernièrement, c'est le vélo, le ski, le plein air urbain, les rivières... Les rivières.

Dès qu'un projet positif apparaît à Gatineau, il est immédiatement qualifié de « mobilisateur » par les politiciens. Les Jeux du Québec ont été « mobilisateurs ». L'aménagement de la rue Jacques-Cartier a été « un grand projet mobilisateur ». Le Rapibus, c'était « mobilisateur ». On tente même de faire du projet Guertin quelque chose de « mobilisateur ». Ça pourrait le devenir, au même titre que le Centre sportif a été « mobilisateur » pour les Gatinois. 

La réalité a cependant tendance à vouloir emprunter un autre chemin que celui inscrit à l'agenda des politiciens. L'histoire regorge d'exemples où les grands événements fédérateurs sont liés à des traumatismes collectifs. Les Gatinois sont peut-être en train de vivre ensemble, au prix très élevé de plusieurs centaines de sinistrés, l'événement qui les soudera une bonne fois pour toutes. Les inondations du printemps 2017 s'inscrivent désormais comme le plus grand événement à avoir marqué la jeune histoire de Gatineau. La région n'avait rien vu de tel depuis plus de 100 ans. Les citoyens n'ont pas attendu qu'on leur précise qu'il s'agissait d'un événement « mobilisateur ». Ils ont trouvé leur identité de façon toute naturelle, les deux pieds dans l'eau, en faisant des sacs de sable, au milieu de cette crise.

L'élan de solidarité des Gatinois devant la détresse de leurs concitoyens d'Aylmer jusqu'à Masson-Angers, luttant contre l'inexorable montée des eaux, a frappé l'imaginaire collectif au même titre que ces chaloupes luttant contre le courant de la rivière en plein milieu de quartiers résidentiels. L'élan d'enthousiasme a été tel que tout le monde a oublié, pendant 48 heures, que ce n'était peut-être pas prudent d'avoir des enfants de trois ans qui remplissaient des sacs de sable dans un aréna bondé où circule de la machinerie lourde. Ce n'était pas arrivé souvent dans l'histoire de Gatineau que les gens affichent avec fierté le logo de leur ville sur les réseaux sociaux. 

Politique

À exactement six mois des élections municipales, il était évident que certains politiciens allaient verser dans la récupération politique, à différents niveaux. La candidate à la mairie, Sylvie Goneau, et des membres de sa famille, se le sont fait reprocher. Le conseiller Denis Tassé a passé du temps sur le terrain avec les sinistrés, mais il a aussi organisé, en cours de semaine, une rencontre avec des gens d'affaires pour préparer une éventuelle campagne. 

Quant au maire Maxime Pedneaud-Jobin, il est très conscient de la visibilité médiatique que lui ont apportée les visites sur le terrain des premiers ministres Couillard et Trudeau, du gouverneur général et des différents ministres fédéraux et provinciaux. Ces rencontres étaient primordiales pour expliquer aux chefs d'État les besoins les plus pressants des Gatinois, mais elles étaient aussi chaque fois une occasion de plus pour lui d'apparaître à la Une des journaux du lendemain en pointant du doigt, au loin, sous le regard attentif de son honorable invité. 

Priorités

Mais l'eau se retire, et une deuxième crise s'amorce. Elle sera moins spectaculaire. Elle ne sera pas survolée en hélicoptère. Elle sera celle de centaines de cas individuels. Celle de la constatation des véritables dégâts sur le terrain et de l'incontournable reconstruction. 

Ces inondations record n'auront pas fait que marquer l'histoire de la Ville, elles auront aussi changé, à tout le moins pour un certain temps, les priorités municipales. Avant d'investir les réseaux sociaux pour dénoncer un bout de trottoir manquant dans leur quartier épargné par les eaux, les Gatinois et leurs représentants à la table du conseil devront se remémorer le printemps 2017 pendant un bout de temps.

Les contrecoups d'une telle crise seront multiples. Ils se feront sentir notamment sur les infrastructures. Il est bien possible que des projets d'aménagements de parcs, de pistes cyclables et de réfection de rues doivent être repoussés en raison des efforts à mettre sur d'autres travaux plus urgents en lien avec les inondations. Il se peut que les Gatinois soient moins réceptifs dans les prochains mois à un projet de bibliothèque centrale si tout l'aménagement de la rue Jacques-Cartier doit être refait. 

Les Gatinois se donneront l'identité qu'ils voudront bien après les événements de ce printemps, mais ils ont à tout le moins quelque chose sur quoi bâtir. Le ciment est là. Il y a eu suffisamment d'eau pour bien le mélanger. Il ne leur reste plus qu'à bâtir quelque chose de solide avec.




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