STO: beaucoup de zèle... mais pas de grève

Le conflit de travail entre la STO et... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Le conflit de travail entre la STO et ses chauffeurs risque d'avoir des impacts directs sur les usagers.

Patrick Woodbury, Le Droit

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Les usagers de la Société de transport de l'Outaouais (STO) peuvent pousser un demi-soupir de soulagement. La menace d'une grève générale illimitée est écartée et ne plane plus au-dessus du transporteur public, du moins à très court terme.

Le suspense a pris fin en milieu de soirée mercredi lorsque le syndicat représentant les quelque 600 chauffeurs et employés de l'entretien a annoncé à la presse, à la suite de trois assemblées réunissant ses membres en cours de journée, qu'il avait opté pour des mesures de zèle et des moyens de pression qui s'enclencheront dès 4h vendredi matin. 

Concrètement, les chauffeurs de la STO n'effectueront plus de temps supplémentaire, refuseront de s'asseoir derrière leur volant pour des événements spéciaux tels que le Bal de Neige (3 au 20 février), se permettront d'avoir carte blanche pour leur habillement au travail et comptent respecter à la lettre les limites de vitesse sur le réseau routier. Les chauffeurs redoubleront aussi de vigilance lors de l'inspection mécanique des autobus afin de dénoter la moindre défectuosité, mais contrairement aux rumeurs qui ont circulé, ils prendront la route même si les véhicules sont sales en raison de la neige. Fini les heures supplémentaires pour les mécaniciens également, qui n'excéderont pas leur horaire normal de 40 heures par semaine.

Le président du syndicat des chauffeurs et employés... (Etienne Ranger, Le Droit) - image 2.0

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Le président du syndicat des chauffeurs et employés d'entretien de la Société de transport de l'Outaouais, Félix Gendron

Etienne Ranger, Le Droit

Même si elle dit garder espoir, la partie syndicale a rapidement tiré à boulets rouges sur la STO en point de presse, l'accusant entre autres de faire de la désinformation et d'avoir fait peur à la population en brandissant sans cesse la menace d'une grève générale illimitée dans ses communications depuis la réception du préavis de grève lundi. Or, rappelle-t-elle, selon la définition du Code canadien du travail, une grève peut notamment être « un arrêt de travail, mais aussi un refus de travailler, par des employés agissant conjointement, de concert ou de connivence; [...] ou encore un ralentissement du travail ou toute autre activité concertée, de la part des employés, ayant pour objet la diminution ou la limitation du rendement ». 

« On voit qu'encore une fois, la STO n'a pas pris le temps de lire comme il le faut la définition d'une grève. [...] Jamais le syndicat n'a parlé d'une grève générale illimitée et quand la nouvelle est sortie à l'effet qu'il n'y en aurait pas (en journée mercredi), nous n'avions pourtant pas parlé aux médias. Selon le Code canadien du travail, ça prenait l'avis de grève pour procéder aux moyens de pression que nous avons choisis », a affirmé d'emblée le président du Syndicat, Félix Gendron.

Conscient que la situation a des impacts directs sur les usagers, ce dernier espère que la partie patronale changera d'attitude à la table de négociations.

« La bonne foi, comme ils se pavanent à dire dans les médias, il n'y en a pas. On se rappellera que M. Carpentier avait dit publiquement que sa priorité était les relations de travail. Pourquoi ne vont-elles pas bien depuis deux ans? Nous n'excluons pas d'utiliser d'autres types de droits de grève pour forcer l'employeur à réellement négocier de bonne foi. Bien entendu, la journée que ça arrivera, la STO aura donc pris la décision par elle-même de garder des usagers en otage. Il faut arrêter de toujours blâmer le syndicat », a renchéri M. Gendron.

« Il ne faut jamais oublier que des négos, ça se joue à deux. L'employeur a des devoirs à faire et devrait se regarder dans le miroir. Dans la mesure du possible, on ne veut pas prendre la population en otage, mais si des autobus ne passent pas, est-ce que ce sera dû à une mauvaise gestion de l'employeur? La question se pose, parce que les chauffeurs vont continuer quand même à faire leurs huit heures par jour et leurs 40 heures par semaine », a mentionné le vice-président du syndicat, Guy Gosselin. 

En ce qui a trait au retrait du syndicat de la table des négociations il y a deux semaines, Félix Gendron prétend que des informations inexactes ont circulé et que c'est parce que l'employeur a tenté d'intimider quatre membres de l'exécutif en leur imposant des mesures disciplinaires, dont des suspensions, que les discussions ont été rompues. L'accès aux garages et bureaux de la STO leur aurait été refusé.

« Aucune mesure disciplinaire n'a été émise aux représentants syndicaux depuis des années. Tout d'un coup, ça va mal, tout d'un coup, la STO est en négociation, alors il y a des sanctions. C'est inacceptable », s'est-il exclamé.

Il est également faux, selon M. Gendron, de prétendre que le syndicat et l'employeur doivent obligatoirement rencontrer un médiateur dans le dossier cette semaine. Seuls les avocats des deux clans auraient convenu de le rencontrer jeudi afin de tenter de dénouer l'impasse, dit-il, suggérant du même coup aux usagers favorables à leur cause « d'appeler leurs conseillers municipaux pour leur dire que ça n'a pas de bon sens ce qui se passe présentement ».

D'autre part, questionné au sujet des aspects sur lesquels les parties ne s'entendent pas au sujet du renouvellement du contrat de travail, Félix Gendron affirme que même s'il ne veut pas négocier en public, les dernières offres patronales datant du mois d'août étaient loin de répondre aux attentes des membres.

« On avait l'impression de reculer de 25 ans dans nos droits acquis. C'est clair qu'on ne laisserait pas passer ça », a-t-il lancé.

L'option de la grève générale illimitée reste dans les cartons, mais le syndicat veut d'abord voir comment les choses vont évoluer au jour le jour. La durée des moyens de pression qui seront entamés dans 24 heures n'est également pas déterminée avec exactitude. 

La convention collective des employés est échue depuis le 31 décembre 2014. C'est dans une écrasante proportion de 98% que les syndiqués avaient voté pour un mandat de grève le 11 décembre dernier. 

Lundi dernier, dans une décision fort attendue, le Conseil canadien des relations industrielles a jugé non essentiels les services de la STO, donnant ainsi le feu vert à une possible grève générale. 

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