Quand l'eau potable est brune

Qu'elle soit limpide, jaunâtre ou brunâtre, l'eau qui... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Qu'elle soit limpide, jaunâtre ou brunâtre, l'eau qui coule dans les robinets de Gatineau est potable, assure la Ville de Gatineau.

Etienne Ranger, LeDroit

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De nombreux Gatinois comme l'Aylmeroise Sylvie Lemay sont contraints de vivre, jour après jour, avec de l'eau jaunâtre ou brunâtre coulant de leur robinet. Ils sont des milliers, peut-être des dizaines de milliers - la Ville ne semble pas avoir de chiffre exact à ce sujet - à craindre pour la qualité de l'eau potable qu'ils paient avec leurs taxes municipales.

Dans certains cas, la problématique date de nombreuses années. Dans d'autres, elle apparaît du jour au lendemain, repart sans prévenir, mais revient toujours. Les résidents de quartiers entiers ont parfois dû apprendre à vivre, au fil des ans, avec une eau peu ragoûtante et dont les impacts s'immiscent dans toutes les sphères de la vie quotidienne, de la machine à café qui brise à l'impossibilité de vendre une maison par crainte du vice caché. 

Qu'elle soit limpide, jaunâtre ou brunâtre, l'eau qui coule dans les robinets de Gatineau est potable, assure la Ville de Gatineau. Bien peu sont toutefois tentés d'en boire. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin avoue lui-même qu'il n'est pas intéressé à en boire. « Je sais que personne ne veut boire de cette eau, a-t-il lancé, mardi, au terme du conseil municipal. Je suis tout à fait sympathique envers les citoyens qui doivent vivre ça au quotidien. »

Mme Lemay a interpellé le conseil municipal mardi pour les sensibiliser à sa situation. Elle habite une maison de la rue Christophe-Colomb depuis 2014 et admet qu'elle échangerait bien la sympathie du maire pour une solution définitive à son problème. « Je ne veux pas dénoncer la Ville, les services municipaux sont très empathiques, mais quelque part, quand je vois qu'on dépense des millions pour repaver des rues et que des Gatinois comme moi doivent se contenter d'eau brune, je trouve ça dégueulasse. »

La résidente d'Aylmer n'est pas à l'aise de boire l'eau de la Ville. Elle croule sous les bouteilles d'eau de source. Mais son eau de mauvaise qualité l'affecte tout de même au quotidien. « Quand je fais couler un bain, il y a toujours des particules qui flottent, dit-elle. C'est gênant quand tu reçois de la visite. J'en suis à ma troisième cafetière. Mes cuvettes de toilettes sont finies. Mon linge blanc n'a rien de blanc. Je vois tous les dépôts dans mon boyau d'arrosage et je me demande à quoi doit ressembler ma tuyauterie. Je voulais vendre ma maison au printemps, mais j'ai oublié ça. Qui va vouloir acheter ça. Mais je continue de payer mes taxes par exemple, et j'attends toujours qu'on me rende ce service essentiel pour lequel je paie. »

Considérations financières et légales

Des Gatinois des quatre coins de la ville sont pris dans un cul-de-sac à cause de considérations financières et légales. Leur seule porte de sortie, pour l'instant, est de faire des réclamations à la Ville. Jusqu'à il y a un an, le gouvernement du Québec n'acceptait pas l'eau jaunâtre comme critère pour subventionner des travaux dont les coûts atteignent souvent plusieurs millions de dollars. Pour les municipalités comme Gatineau qui ont négligé l'entretien de leurs infrastructures pendant des décennies, la position gouvernementale suffisait à renvoyer en bas de la liste des priorités les problèmes de l'eau colorée de ses citoyens.

L'aide ponctuelle au cas par cas en fournissant, par exemple, des bouteilles d'eau potable, comme l'a demandé Mme Lemay, et comme la conseillère Sylvie Goneau, prenant la balle au bond, l'a proposé en plein conseil municipal, comporte des risques légaux importants pour la Ville de Gatineau.

« On ne peut pas improviser une solution, comme ça, au milieu d'un conseil municipal, a rétorqué le maire Pedneaud-Jobin.

«Si on donne de l'eau à une personne, est-ce qu'on donne de l'eau à tout le monde ? demande-t-il. Est-ce qu'on doit rembourser les gens qui doivent acheter de l'eau depuis 30 ans ? On ne peut pas improviser un soutien qui s'appliquerait à tout le monde. C'est pour cette raison que nous fonctionnons actuellement avec un processus de réclamation.»

Au coeur des discussions budgétaires

Les nids-de-poule devront vraisemblablement faire de la place pour l'eau brune dans les discussions budgétaires qui s'amorcent dans moins d'un mois à la table du conseil municipal de Gatineau. 

L'administration municipale a confirmé au Droit qu'elle travaille actuellement sur un «programme d'investissements massifs sur plusieurs années» qui doit être présenté lors de l'étude du budget en novembre prochain.

Depuis un an, le gouvernement du Québec accepte de subventionner de coûteux travaux municipaux permettant d'éliminer les problèmes d'eau jaunâtre ou brunâtre qui coulent dans les robinets de la province. C'est ce que la Ville de Gatineau attendait pour attaquer cet enjeu de front et en faire une des priorités dans le renouvellement de ses infrastructures dont le déficit d'entretien atteint 1,3 milliard $. 

«La dynamique vient de changer, a indiqué le maire Maxime Pedneaud-Jobin, mardi. Les comités des immobilisations et du budget se penchent présentement sur la problématique de l'eau jaune pour voir si on peut se donner un plan le plus rapidement possible. On espère au prochain budget pouvoir arriver avec un programme [de réfection] qui sera intéressant. On travaille sur une solution. C'est un enjeu de qualité de vie. La nouvelle réglementation de Québec nous permet de revoir nos priorités et de cibler les enjeux liés à l'eau jaune. On va en parler au budget.»

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