22, rue Principale: un test pour Gatineau, dit Bégin

«Le promoteur sait exactement où je me situe,... (Simon Séguin-Bertrand, archives LeDroit)

Agrandir

«Le promoteur sait exactement où je me situe, je ne lui ai jamais caché mon opinion sur le genre d'architecture que je préfère à cet endroit», affirme le président du CCU, Richard Bégin.

Simon Séguin-Bertrand, archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le projet du promoteur Denis Cléroux de construire un immeuble à condominium au 22, rue Principale, en plein coeur du Carré patrimonial du Vieux-Aylmer, mettra sérieusement à l'épreuve la volonté de la Ville de Gatineau de protéger son patrimoine, avertit le président du comité consultatif d'urbanisme (CCU), Richard Bégin.

« La vraie question dans ce dossier, c'est est-ce que la Ville de Gatineau croit suffisamment au patrimoine et au tourisme pour s'assurer qu'il n'y aura pas de dérapage sur la rue Principale ? C'est la première fois depuis qu'on a établi un site du patrimoine sur la rue Principale qu'on est confronté à un cas d'une telle envergure qui peut constituer une menace importante pour le secteur », dit-il.

Le projet de construction d'un immeuble à condominium au... (Photo courtoisie) - image 2.0

Agrandir

Le projet de construction d'un immeuble à condominium au coeur du Carré patrimonial du Vieux-Aylmer suscite des craintes.

Photo courtoisie

Il s'agira aussi, selon lui, d'un test important pour le ministère de la Culture du Québec et sa Loi sur le patrimoine culturel puisque le 22, rue Principale est situé dans l'aire de protection du Musée de l'auberge Symmes. 

La plus récente mouture du projet publiée en exclusivité dans l'édition du Droit de mercredi laisse entrevoir certains efforts pour améliorer l'architecture du bâtiment projeté, note M. Bégin, mais ce dernier demeure préoccupé par la hauteur et le volume de l'immeuble qui doit compter 18 unités de condominium. 

« Le promoteur sait exactement où je me situe, je ne lui ai jamais caché mon opinion sur le genre d'architecture que je préfère à cet endroit, affirme le président du CCU. Il revient au promoteur d'ajuster le tir. Il peut laisser une marque intéressante sur la rue Principale, mais il peut aussi laisser une marque indélébile de son passage qui ne sera pas à son honneur. Ce n'est pas un dossier qu'on doit prendre à la légère et il doit comprendre ça. Il y a des promoteurs qui comprennent qu'ils sont dans un site du patrimoine et qui agissent en conséquence. Là, nous avons un promoteur qui semble avoir de la difficulté à comprendre ce principe-là. »

Interpellé par les médias, mercredi matin, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n'a pas caché qu'il tentait de « patiner » dans ce dossier et qu'il cherchait à demeurer très prudent. « Je vais suivre ce dossier-là avec beaucoup d'attention, mais je ne l'approche pas avec une position idéologique », a-t-il affirmé, sans toutefois vouloir commenter les esquisses publiées par LeDroit

Le maire a toutefois cité en exemple les rénovations faites à l'hôtel British, qui a récemment été inauguré. « C'est vraiment une superbe destination, dit-il. Quand on a des gens comme cet entrepreneur qui investit des millions de dollars pour rehausser le niveau patrimonial du quartier, on veut aussi s'assurer de ne pas rabaisser le niveau avec un autre projet. »

Conflit d'intérêts

La conseillère du quartier, Josée Lacasse, a refusé de commenter le dossier puisqu'elle estime être en conflit d'intérêts. « Denis Cléroux est un ami de la famille », a-t-elle précisé. La famille de la conseillère a aussi des terrains à proximité du 22, rue Principale qui pourraient faire éventuellement l'objet d'un développement immobilier. Le conseiller Mike Duggan affirme pour sa part que l'immeuble semble suffisamment gros pour « dominer toute la rue », mais il s'en remet au service de l'urbanisme et au CCU pour faire une analyse critique du projet.

La crainte d'un précédent qui «corromprait» le Carré patrimonial

Le débat engagé dans le dossier du 22, rue Principale - dont LeDroit faisait état dans son édition de mercredi - revêt une importance majeure pour les défenseurs du patrimoine du Vieux-Aylmer. Selon eux, la réalisation du projet tel que projeté par le promoteur Denis Cléroux pourrait agir comme un cheval de Troie et ouvrir la porte à plusieurs autres projets du même genre dans le quartier.  

«Notre vision et notre action vont bien au-delà du 22, rue Principale, insiste Ghislain Otis, porte-parole d'un regroupement de citoyens et d'organisations interpellés par ce qui est qualifié de menace à la protection du patrimoine du Vieux-Aylmer. Nous savons qu'il y a plusieurs terrains avoisinants qui pourraient faire l'objet de gros projets immobiliers. Certains de ces terrains appartiennent à des membres de la famille de la conseillère Josée Lacasse. Les promoteurs n'attendent qu'un précédent pour bâtir des immeubles qui, à notre avis, vont corrompre complètement le tissu architectural du Carré patrimonial.»

La situation, selon M. Otis, doit forcer le conseil municipal de Gatineau à prendre ses responsabilités et à utiliser toutes les dispositions réglementaires à sa disposition pour user de son pouvoir discrétionnaire dans le dossier. 

«Le conseil dit vouloir protéger le patrimoine, rappelle M. Otis. Il y a là une occasion en or de passer de la parole aux actes. Étant donné que le projet se situe dans un secteur patrimonial reconnu par un plan d'insertion et d'intégration architecturale (PIIA), le conseil peut décréter une consultation publique et se réserver le droit d'accepter ou non un tel projet lors d'un vote public.»

La directrice du module de l'aménagement du territoire et du développement économique de la Ville de Gatineau, Catherine Marchand, rappelle que ce n'est que sur la base du zonage que le conseil peut refuser un projet immobilier. Dans le présent cas, le projet proposé est en tout point conforme au zonage. «Le conseil ne peut pas utiliser un PIIA pour contrer un zonage, note-t-elle. S'il souhaite refuser un projet sur la base de la hauteur, alors que le zonage le permet, le conseil doit alors changer le zonage.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer