Gatineau ferme les micros

Le karaoké est devenu plutôt rare à Gatineau... (Gilles Sabrie, The New York Times)

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Le karaoké est devenu plutôt rare à Gatineau

Gilles Sabrie, The New York Times

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La Ville de Gatineau mène depuis le printemps une guerre sans merci aux soirées karaoké qu'organisent certains établissements licenciés, bars, brasseries et restaurants de son territoire.

LeDroit a appris qu'au moins neuf commerces se sont fait interdire la tenue de telles soirées depuis le mois d'avril dernier. 

Dans tous les cas, c'est la police de Gatineau qui a débarqué dans ces bars et qui a forcé les tenanciers à fermer leur machine à karaoké, sous peine d'amende et de révocation de leur permis d'alcool. Les établissements visés n'avaient pas de permis de spectacles émis par la Régie des alcools du Québec qui, selon la réglementation municipale, est nécessaire pour laisser des clients prendre leur courage à deux mains, se présenter à un micro et chanter sur des airs souvent déjà trop connus.  

Pourtant, certains de ces établissements organisaient des soirées karaoké depuis plus d'une décennie sans jamais avoir été avertis ou dérangés par les autorités.

Selon nos informations, c'est sur la base d'une plainte faite par un établissement bien connu de Gatineau - qui a son permis de spectacles, lui - que la Ville a dépêché ses policiers pour faire fermer des machines à karaoké et empêcher la tenue de spectacles musicaux aux quatre coins de la ville. 

Francine Boily est gérante de la Brasserie de l'Île, sur la rue Eddy, depuis maintenant 20 ans. Ses soirées karaoké faisaient partie de la réputation de son établissement depuis au moins dix ans, raconte-t-elle. Depuis avril dernier, plus personne ne peut s'époumoner sur Provocante de Marjo ou I Will Survive de Gloria Gaynor dans ce vénérable établissement du Vieux-Hull. 

« C'est incroyable, lance-t-elle. Ça ne dérangeait absolument personne. En quoi un couple dans la cinquantaine qui décide de s'amuser en chantant une vieille toune dans un bar peut nuire à quelqu'un ? Ça nous permettait d'attirer un peu de clientèle. D'ailleurs, la plainte ne viendrait même pas d'un voisin, mais d'un compétiteur situé complètement dans un autre secteur de la ville. C'est juste pour nous faire mal et la Ville embarque là-dedans. »

Mme Boily assure avoir fait plusieurs demandes à la Ville de Gatineau au fils des ans pour obtenir ce fameux permis de spectacles, mais elle dit avoir essuyé un refus à chaque occasion. « J'ai refait une demande au printemps, après la visite de la police, et ça m'a encore été refusé. La Ville me dit que je ne suis pas dans le bon zonage et qu'elle continuera de s'opposer à l'émission par la Régie de mon permis. Pourtant, à deux minutes de marches, il y a des bars qui font des spectacles. Je ne comprends pas l'acharnement de la Ville. »

Perte de clientèle

Même son de cloche à La Brass, dans le secteur Aylmer. Le gérant, Daniel Quintal, organisait des soirées karaoké, les samedis, depuis cinq ans. Sans prévenir, la police s'est présentée dans son bar, un soir du mois d'avril, et lui a sommé de mettre fin à sa soirée. « Ils m'ont dit qu'ils ont vu ma publicité sur Facebook et que je n'avais pas de permis pour faire ça. Pourtant, mon permis d'affaires de la Ville précise que j'ai le droit de faire des spectacles, mais pas mon permis de la Régie des alcools du Québec. »

M. Quintal affirme avoir perdu beaucoup de clients depuis ce printemps. « L'impact est important, dit-il. Ça faisait partie de notre réputation. » Ce dernier vient de faire une demande pour un permis de spectacles auprès de la Régie. Cette dernière devra toutefois demander à la Ville si elle accepte avant de délivrer le permis et ainsi permettre aux clients de La Brass d'empoigner à nouveau un micro et chanter.

Une « unité spécialisée » de la police de Gatineau est intervenue

La Ville de Gatineau confirme qu'une « unité spécialisée » du service de police s'est rendue dans plusieurs bars au cours du printemps dernier afin de vérifier le respect des permis d'alcool délivrés par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) et que neuf de ces bars organisaient illégalement des soirées karaoké ou des spectacles musicaux.

Les interventions policières se sont faites en vertu du Programme ACCÈS alcool, précise Mariane Leduc, responsable des communications de la police de Gatineau. « Ce programme est en place depuis la fusion municipale, dit-elle. Les agents ont le mandat de contrer toute activité souterraine reliée à l'exploitation des bars et de notamment faire respecter les capacités d'accueil, le respect des permis et la légalité des bouteilles d'alcool. L'unité composée de deux agents peut intervenir sur une base proactive ou sur la base d'une plainte ou de renseignements reçus par le service de police. »

Mme Leduc n'a pas été en mesure de préciser, vendredi, pourquoi cette unité spécialisée du service de police a décidé d'agir contre les bars qui organisaient des soirées karaoké depuis avril dernier, alors que plusieurs établissements tenaient ce type de soirée depuis parfois plus d'une décennie, sans jamais avoir été avertis ou pénalisés.

La chef des relations publiques de la Ville de Gatineau, Marie-Hélène Rivard, rappelle qu'il revient à la RACJ de délivrer les permis d'alcool avec autorisation de spectacles, que ce soit pour une soirée karaoké, la prestation d'un chansonnier ou d'un groupe de musique. « Pour que la RACJ puisse délivrer un permis avec autorisation de spectacles, l'usage doit être permis en vertu du règlement de zonage de la Ville, précise-t-elle. Dans l'ensemble de la Ville, lorsque la catégorie d'usage "établissement où l'on sert à boire et activités diverses" est autorisée, les bars à spectacles sont aussi autorisés. »

Cette version de l'application du règlement municipal est contraire à celle obtenue par LeDroit auprès de plusieurs tenanciers qui accusent la Ville d'obstruction, notamment la Brasserie de l'Île, sur la rue Eddy, dont la gérante affirme avoir fait plusieurs demandes au fil des ans et avoir essuyé autant de refus.

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