Frais de recherche des conseillers: près de 80 000 $ en six mois

La moitié des 18 conseillers municipaux ont dépensé... (ETIENNE RANGER, Archives LeDroit)

Agrandir

La moitié des 18 conseillers municipaux ont dépensé plus de 5000$ en frais de recherche au cours de la première moitié de l'année.

ETIENNE RANGER, Archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Rédaction de discours, recherche pour des dossiers de nature politique ou encore production d'un plan de stratégies médiatiques ; bien des élus gatinois n'hésitent pas à dépenser plusieurs milliers de dollars chaque mois pour obtenir de l'aide dans l'exercice de leur fonction.

Le plus récent rapport sur les frais de support administratif, technique et de recherche des élus municipaux de Gatineau de janvier à juin 2016, a été déposé au dernier conseil municipal. En faisant abstraction des dépenses liées à des déplacements, à des inscriptions pour des événements de tout genre, en publicité ou encore pour la publication et la distribution de journaux de quartier, ce sont tout près de 80 000 $ qui ont été dépensés en frais de recherche et de communication par les élus. 

Les conseillers Richard Bégin et Myriam Nadeau, tous deux membres d'Action Gatineau, sont ceux qui dépensent le plus en frais de recherche. À eux deux, ils ont dépensé un peu plus de 20 000 $ entre janvier et juin dernier, soit le quart des dépenses de cet ordre fait par tout le conseil. Il est toutefois à noter que M. Bégin et Mme Nadeau président deux commissions importantes, à savoir l'urbanisme et l'habitation respectivement. 

Chez les élus indépendants, ce sont les conseillers Louise Boudrias (7282 $) et Mike Duggan (7232 $) qui ont plus souvent recours aux services de recherchistes. 

Deux recherchistes et professionnels en communication se partagent plus de la moitié des dépenses faites par les conseillers. Plusieurs élus indépendants ont recours aux services de Patrick Voyer. Ce dernier a engrangé un peu plus de 23 000 $ pour ses services dans les six premiers mois de l'année, tandis que Karine Parenteau, embauchée par trois élus d'Action Gatineau, a obtenu pour plus de 26 000 $ en contrats au cours de la même période. 

Les conseillers Gilles Carpentier, Jean-François LeBlanc et Denise Laferrière n'ont réclamé aucune dépense pour des frais de recherche. 

Définition large

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, affirme que la définition de ce qui peut être dépensé en frais de recherche est « très large ». Il se dit tout à fait à l'aise avec ce type de dépense, notamment parce que le tout est fait dans la plus grande transparence. « Les élus ont une grande flexibilité pour l'utilisation de ces fonds, dit-il. Certains font le choix d'utiliser l'argent pour se payer un attaché politique qui les aide dans à peu près toutes les facettes de leur travail. C'est un choix qu'ils font. Je suis d'avis que les citoyens trouvent un avantage à avoir des conseillers bien préparés. »

La conseillère Myriam Nadeau soutient que l'aide qu'elle reçoit de Mme Parenteau lui permet de faire son travail convenablement. « Le travail de Mme Parenteau a de multiples facettes, dit-elle. Elle fait de la recherche pour des dossiers de quartier, de la représentation quand j'ai des conflits d'horaires, de la rédaction de communiqué et m'aide, entre autres, à organiser des consultations publiques dans mon quartier. 

Même son de cloche du côté de Mme Boudrias. Elle cite en exemple tout le travail qui a été fait dans son quartier pour l'aider à faire des représentations au conseil dans le dossier du déneigement des trottoirs. «J'ai eu  de l'aide pour faire du porte-à-porte et colliger les commentaires des gens de mon secteur, dit-elle. Je ne pouvais pas faire ça seule et encore moins demander aux fonctionnaires de la Ville de m'aider, ce n'est pas leur mandat. Cette aide est précieuse pour m'aider à faire avancer des dossiers dans mon quartier.»

Les conseillères Boudrias et Nadeau sont cependant toutes deux d'avis qu'une réflexion pourrait avoir lieu afin de mieux encadrer la nature des dépenses en frais de recherche, ainsi que l'embauche des professionnels et leur accès aux services municipaux.

Dépenses de 3000 $ en « frais de communication »

De tous les conseillers municipaux à Gatineau, Josée Lacasse est celle dont les interventions en public se sont faites les plus rares depuis l'élection de novembre 2013. Elle est peu présente dans les médias et prend rarement la parole dans les débats au conseil municipal ou en comité plénier. 

Cette dernière a dépensé tout près de 3000 $ en «frais de communications», payés à la firme Voyer Communication entre janvier et juin 2016. «J'admets qu'au niveau des communications, ce n'est pas vraiment là que sont mes besoins, a-t-elle expliqué. Ce sont plus des frais de recherche.»

Elle explique avoir eu recours aux services de Patrick Voyer pour l'aider dans des dossiers spécifiques à son quartier. «Patrick nous aide dans un peu n'importe quoi, dit-elle. Je fais plein de trucs dans mon quartier et je lui ai fait faire de la recherche pour voir ce qui se faisait ailleurs, surtout dans le dossier de la marina et du centre communautaire.»

Patrick Voyer explique avoir, entre autres, aidé Mme Lacasse à rédiger ses prises de parole au conseil municipal et à gérer ses médias sociaux qui, dit-il, étaient «au point mort» depuis plus d'un an. «J'ai aussi fait de la gestion de crise dans le dossier de ses poules, dit-il. J'ai travaillé beaucoup avec elle, j'aurais aimé qu'elle sorte plus, qu'elle mette plus souvent mes idées de l'avant,  je l'ai souvent relancé. Je lui soufflais à l'oreille quels étaient les bons coups à faire, mais elle ne faisait pas ces coups. Moi j'ai fait mon travail.»

Des résolutions rédigées par des recherchistes

Patrick Voyer de Voyer Communication agit un peu comme un homme à tout faire pour certains conseillers indépendants de Gatineau. Son travail va même jusqu'à rédiger des résolutions que présenteront certains élus au conseil municipal. 

« Ceux qui font appel à mes services le font sur une base régulière, explique-t-il. Je les aide aussi à soigner l'image qu'ils veulent projeter devant les médias, à les marketer et les brander. Je les prépare pour certains dossiers, j'écris des discours, des interventions au conseil et je fais la rédaction de résolutions. De la gestion de crise aussi parfois, où je m'occupe de leurs réseaux sociaux. »

M. Voyer est arrivé sur la scène politique gatinoise il y a quelques mois. Les conseillers Josée Lacasse, Louise Boudrias, Denis Tassé, Sylvie Goneau, Marc Carrière et Jean Lessard lui ont tous offert un contrat à un moment ou un autre entre janvier et juin dernier. Certains font maintenant appel à ses services d'attaché politique sur une base plus ponctuelle, alors que d'autres continuent de lui confier des tâches chaque semaine. 

« Je ne considère pas du tout que je travaille à leur place, insiste-t-il. Ce sont des gens qui travaillent déjà énormément, et ils le font sept jours sur sept. Je leur lève mon chapeau. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer