La vérité sur les troubles du chantier Rapibus

Oubliez les 100 millions $ de dépassements de coûts du projet Rapibus. Oubliez... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Oubliez les 100 millions $ de dépassements de coûts du projet Rapibus. Oubliez l'estimation de départ de 150 millions $ annoncé en 2004. Et oubliez celle de 195 millions $ relayée par Jean Charest, de passage à Gatineau pendant la campagne électorale de 2007. Elles ne valaient pas plus que le papier sur lequel elles étaient écrites, laisse entendre la Société de Transport de l'Outaouais (STO).

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Ce sont les importantes lacunes dans la planification du projet qui ont plombé le Rapibus, selon le rapport de la firme Strategia.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Le transporteur public souhaite aujourd'hui que la population de Gatineau perçoive le Rapibus comme un projet qui aura coûté 33 millions $ de plus que prévu officiellement en novembre 2009, date à laquelle apparaît le chiffre de 233,5 millions $ sur la lettre d'autorisation du projet signée par le ministre des Transports du Québec. 

Dans une volonté affirmée de «rétablir les faits», la STO a rendu public le très attendu rapport sur les dépassements de coûts du Rapibus. L'ingénieur Marc-André Groulx, de la firme Strategia, a fait la démonstration au cours d'un long et complexe breffage technique à l'attention des médias, jeudi, qu'en réalité, selon son analyse, les coûts du Rapibus auront été supérieurs de 16% au montant prévu. Selon lui, le chiffre de 150 millions $ n'aurait jamais dû circuler sans y avoir ajouté de sérieuses réserves quant à sa fiabilité.

«L'objectif de ce rapport est de rétablir les faits avec des chiffres réels et officiels et de partager ces faits avec les citoyens», a lancé le président de la STO, Gilles Carpentier. «Beaucoup de chiffres ont circulé au fil des ans.»

Selon l'étude de Strategia, le coût du Rapibus tel qu'il est construit actuellement - sans le dernier tronçon de 2,7 km entre les boulevards Lorrain et Labrosse - est de 239,1 millions $, alors que le budget à respecter était de 205,8 millions $ en considérant le tronçon manquant. 

«Nous sommes 1% au-dessus des normes de bonnes pratiques qui prévoient des écarts pouvant aller de -5% à +15%, a noté le président de la STO, Gilles Carpentier. Nous sommes à l'intérieur des meilleures pratiques. Dans un projet de cette complexité, où on a éventré la ville de bout en bout, je suis satisfait de la conclusion.»

Planification déficiente

Il apparaît évident, à la lecture du rapport de la firme Strategia, que ce sont les importantes lacunes dans la planification du projet qui ont plombé le Rapibus. La STO prévoyait un échéancier de 40 mois, de la planification, à la mise en service. Ça en aura pris 65. La STO avait prévu sept mois et demi pour réaliser la conception du projet, alors que la firme Strategia affirme qu'il aurait été avisé de prévoir 18 mois pour cette étape cruciale qui a ensuite des impacts sur tout le reste de la réalisation du projet. 

Cette mauvaise planification aurait pu être évitée, affirme M. Carpentier. «Les informations pertinentes disponibles étaient suffisantes dès l'étape de l'avant-projet pour remettre en question l'échéancier de 40 mois, a-t-il admis. C'est une faiblesse de ne pas l'avoir révisé avant de débuter la construction. 

À elle seule, la mauvaise planification a coûté 12,3 millions $ de plus en honoraires professionnels, et 13,2 millions $ en ajustements à cause des retards et de l'inflation qui court. La STO a aussi versé dans un trop grand positivisme quant à la collaboration des autres intervenants comme Hydro-Québec, Vidéotron, la CCN et le ministère de l'Environnement pour l'obtention d'autorisation et de permis. 

M. Carpentier affirme que la STO tire un «enseignement important» de l'aventure du Rapibus. La firme Strategia énumère six recommandations, dont certaines recoupent celles émises par le vérificateur général de la Ville de Gatineau, en 2011. 

«Nous avons rempli notre promesse faite dès notre arrivée en poste, a rappelé M. Carpentier. Le conseil d'administration avait fait l'engagement de produire ce rapport. Il donne plein de réponses. Je vais maintenant laisser le soin aux citoyens d'en prendre connaissance et de réagir à la lumière des faits que nous présentons aujourd'hui.»

Un mea culpa pour soigner l'image du maire

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin... (Archives LeDroit) - image 3.0

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Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

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Après la crise dans l'opinion publique provoquée par la mise en service du Rapibus, il était «impératif» pour la STO de «changer de ton».

Les experts de la firme Leger, dont le rapport sur la stratégie de communication lors du lancement du Rapibus a été déposé publiquement jeudi, ont recommandé à la STO de faire un mea culpa «afin que le maire puisse faire valoir qu'il a exigé et obtenu des changements et ainsi qu'il a contribué à résorber la crise», peut-on lire dans le document remis par le transporteur public.

Il a aussi été déterminé que l'aspect «rapidité» du Rapibus devait être évacué du vocabulaire utilisé pour vendre le nouveau système de transport. La STO doit maintenant parler de son «efficacité». La possibilité d'un changement de nom a même été évaluée, mais il serait trop tard pour le faire, semble-t-il.

Un dossier transmis à l'UPAC

La direction générale de la STO a confirmé jeudi avoir transmis à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) un dossier en lien avec le Rapibus.

La directrice générale Line Thiffault a précisé que cela a été fait en 2012 et que la STO est toujours sans nouvelle de ce dossier. Sans préciser de quel contrat il s'agissait, Mme Thiffault a indiqué qu'il était question d'un dossier qui «fait partie des contrats de construction».

Par ailleurs, la firme KPMG continue toujours d'analyser la totalité des contrats octroyés par la STO dans le cadre du projet Rapibus, ainsi que les appels d'offres qui les ont précédés afin de déceler si le transporteur public a été victime de pratiques collusionnaires.

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