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Un centre-ville en manque d'inspiration

L'été, au centre-ville de Gatineau, la rue Laval... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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L'été, au centre-ville de Gatineau, la rue Laval devient piétonne.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Le centre-ville de Gatineau arrive à un carrefour. Une décision doit être prise. Quelle personnalité doit-il afficher aux yeux des Gatinois, mais aussi des touristes?

Priorité du parti politique du maire devenue priorité du conseil municipal tout entier, le centre-ville fera l'objet d'investissements massifs au cours des prochaines années pour se refaire une beauté. Le conseil est déterminé à ce que ces investissements agissent comme levier et ne se résument pas à de simples interventions ponctuelles coûteuses.

En annonçant des dépenses de 32 millions $ pour réaménager le secteur Laval-Aubry et le ruisseau de la Brasserie, en 2014, la Ville a voulu lancer un message clair aux commerçants, artistes et organismes du secteur. Voilà les outils, à vous maintenant de vous y arrimer pour redynamiser le centre-ville, leur a-t-on dit en quelque sorte.

C'est ainsi qu'en mai 2014, le conseil a mandaté Vision centre-ville pour documenter et présenter les actions précises à mettre en place pour atteindre cet objectif. Cette étude d'une centaine de pages intitulée Le Quartier créatif de Gatineau a été présentée à huis clos au conseil municipal, il y a deux semaines, avec un an de retard.

LeDroit en a obtenu copie et en dévoile aujourd'hui les détails.

Une étude incomplète et en retard d'un an

En octroyant 50 000$ à Vision centre-ville au printemps 2014, le conseil municipal s'attendait à recevoir un plan relativement détaillé de ce qu'il fallait faire pour donner une véritable identité au centre-ville de Gatineau et carrément y insuffler la vie.

Les élus ne se sont pas encore prononcés sur ce qui leur a été présenté à huis clos il y a deux semaines, mais à la lecture de l'étude Le Quartier créatif de Gatineau, dont LeDroit a obtenu copie, il apparaît évident que des éléments de réflexion importants attendus par le conseil ne sont pas au rendez-vous. 

L'étude dirigée par Alain Massé, chargé de cours à l'École multidisciplinaire de l'image de l'Université du Québec en Outaouais, à laquelle a participé le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, établi de façon parfois précise, parfois vague, la direction que devrait prendre le Quartier créatif de Gatineau. Elle délimite géographiquement le territoire où doivent se déployer les actions, fait une nomenclature des orientations développées par la Ville dans ses différentes politiques et propose les grandes lignes du modèle à mettre en place. 

Le conseil avait cependant des attentes beaucoup plus élevées envers l'organisation dirigée par M. Psenak, un ex-membre fondateur d'Action Gatineau et ancien président de la commission des arts et de la culture alors qu'il était conseiller municipal. L'étude devait entre autres présenter les impacts économiques potentiels, quantifier les retombées touristiques et produire un modèle d'affaires, en plus d'élaborer des indicateurs de performance. 

Rien de tout ça ne se trouve dans le document remis aux élus. Vision centre-ville propose plutôt la création d'un organisme à but non lucratif, le Partenariat du Quartier créatif de Gatineau, dont l'une des premières priorités sera essentiellement de faire ce qui avait été demandé à Vision centre-ville en 2014, mais qui n'a toujours pas été fait. 

À proprement parler, cet organisme à but non lucratif (OBNL) aurait le mandat de «rassembler les forces vives du milieu afin de contribuer activement à la revitalisation du centre-ville par l'action culturelle». En outre, cet organisme autonome et indépendant souhaite planifier ses interventions avec les ressources financières de la Ville, des différents paliers de gouvernement et du secteur privé.

«Le Partenariat du Quartier créatif de Gatineau concevra, co-scénarisera et coproduira des actions d'envergure, dressera des plans financiers quinquennaux réalistes et ambitieux et déterminera les investissements nécessaires», précise le document.

Selon le scénario évoqué, l'OBNL se verrait confier la gestion du fonds d'animation du centre-ville de 250 000$ par année et devrait obtenir pratiquement carte blanche pour le choix des projets à financer, une responsabilité qui incombe actuellement au service des arts de la Ville. «Le choix des projets devra se faire en fonction des priorités découlant de la vision et la mission du Partenariat du Quartier créatif de Gatineau.» 

Vision centre-ville précise qu'aucun organisme n'est actuellement outillé pour mener à bien un tel chantier. Lui-même comme organisme instigateur du projet, refuse d'en prendre le leadership, trop impliqué, indique-t-il, à sa mission de valorisation commerciale du centre-ville.

Un lieu culturel et muséal à ciel ouvert

Animation et spectacle au centre-ville de Gatineau, dans... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit) - image 4.0

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Animation et spectacle au centre-ville de Gatineau, dans le cadre de la nuit folle du Vieux-Hull.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

C'est en s'appuyant sur ce qui lui reste d'authentique et en misant sur ce que Gatineau a d'unique que le centre-ville arrivera à se relancer et à trouver sa personnalité. 

C'est en résumé ce à quoi convie Vision centre-ville en recommandant à la Ville de créer le Quartier créatif de Gatineau qui, dit-on, positionnera l'Île-de-Hull comme la «tête de proue d'un projet culturel durable issu de sa propre identité». L'objectif est de transformer le centre-ville en «un lieu culturel et muséal à ciel ouvert» qui se servirait de la rue comme «fil conducteur à diverses fins, de l'appropriation culturelle à la vente de biens et de services».

Les grands axes de diffusion seraient l'art et l'architecture, l'histoire et la civilisation, les sciences et les technologies, ainsi que la nature et l'environnement. Les artistes, chercheurs, muséologues et spécialistes des technologies numériques seraient mis à contribution pour faire du centre-ville un lieu cohérent et orchestré de manière à créer des expériences interactives et participatives aux passants.

En plus des artistes de plusieurs disciplines que compte la région, Gatineau est le seul endroit au pays où s'offre un baccalauréat en muséologie et en patrimoine, ainsi qu'en muséologie et pratiques des arts. Ce savoir-faire unique à Gatineau serait considérablement mis à profit dans la réalisation du quartier créatif. 

L'expertise développée par l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI) de l'Université du Québec en Outaouais aurait aussi un grand rôle à jouer dans le projet, tout comme le corps professoral et les étudiants du programme en aménagement et développement des territoires seraient des atouts au Quartier créatif Gatineau. Vision centre-ville rappelle que l'UQO prévoit la construction éventuelle d'un pavillon des arts qui comprendrait le Conservatoire de musique et d'art dramatique de Gatineau. 

Le développement de technologies numériques dans lequel se spécialisent de plus en plus d'entreprises gatinoises agirait aussi comme une autre corde à l'arc du Quartier créatif. «Un système permanent de modules numériques, distribué sur les places publiques, incitera le passant à participer, interagir, jouer, contempler, se détendre et s'offrir les biens et services que lui proposera le centre-ville», indique l'étude.

Zibi pratiquement absent du document

Le centre-ville de Gatineau arrive à un carrefour. Une décision... (Courtoisie) - image 6.0

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Courtoisie

Le vaste projet de créer un espace culturel et muséal à ciel ouvert pour redynamiser le centre-ville de Gatineau ne comprend pas dans ses plans les terrains de Zibi, où Windmill Development se lance dans un réaménagement majeur du secteur estimé à un milliard de dollars.

L'étude déposée par Vision centre-ville ne fait mention des terrains de Zibi qu'à trois ou quatre reprises, malgré que ce secteur soit appelé à devenir une extension importante du centre-ville de Gatineau au cours des prochaines années.

Le Quartier créatif de Gatineau serait délimité par les rues Laurier et Montcalm, ainsi que par le boulevard des Allumettières, entre Laurier et le carrefour giratoire Saint-Joseph. La rue Hanson, qui borde le ruisseau de la Brasserie, en fait aussi partie.

L'étude de Vision centre-ville affirme que «Windmill a une volonté manifeste d'être partie prenante» des différentes interventions, mais elle se contente pour l'instant de qualifier le projet Zibi de «partenaire essentiel».

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