Autopsie d'une crise de confiance

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a lancé... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a lancé quelques flèches mercredi à l'endroit de Denise Laferrière et Mike Duggan.

Patrick Woodbury, LeDroit

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«Je ne voyais pas d'autre option que d'apposer mon veto. La décision n'a pas été prise à la légère, mais après discussion avec mon équipe en après-midi, mardi, je n'avais plus aucune hésitation. Ce qui était proposé risquait de faire déraper le dossier et il n'était pas question qu'on échappe ça.»

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est revenu mercredi sur sa décision d'apposer son veto pour bloquer la résolution majoritaire du conseil municipal, menant à la création d'un comité d'élus qui devra participer aux travaux et à l'analyse des propositions entre les mains des fonctionnaires pour sauver les Olympiques de Gatineau.

Visiblement, le maire Pedneaud-Jobin n'accorde aucune crédibilité et aucune pertinence à cette résolution parrainée par le conseiller Mike Duggan. Encore mercredi, il a qualifié l'exercice de «règlement de comptes» à son endroit de la part de certains conseillers qui se présentent de plus en plus comme des opposants politiques.

«Il y a un principe, il n'y a qu'un maire, pas 19, et il doit pouvoir faire son travail, lance M. Pedneaud-Jobin. Je pense qu'il est maintenant clair que certains ne sont pas habitués à avoir un maire qui assume un leadership de cette façon, et c'est à mon avis la façon normale d'assumer le leadership pour un maire. Ils devront s'habituer. Je rejette l'accusation quant à la concentration du pouvoir à mon cabinet. Le maire fait son travail et il transmet toute l'information au moment où elle doit être transmise. Là, il n'y a rien à transmettre de plus que ce que j'ai déjà dit.»

Maxime Pedneaud-Jobin affirme ne pas vouloir ajouter de l'huile sur le feu, mais il avait quelques mots pour certains de ses opposants politiques qui se sont dévoilés au grand jour, mardi soir.

«Avec Maxime Tremblay, j'ai une relation de travail compliquée, mais on a une relation de travail, dit-il. Quant à Denise Laferrière, elle a dénoncé mon élection à la mairie dès le premier soir. Dans son cas, il n'y a pas de changement à faire dans nos façons de travailler. Elle me dénonce depuis le début du mandat et je ne pense pas qu'elle changera d'idée. Et Mike Duggan ne change pas. C'est comme ça depuis le début. Je tente de gérer ces situations du mieux que je peux. Je n'ai cependant pas de leçon de transparence à recevoir.»

Denise Laferrière ne cache pas son aversion envers M. Pedneaud-Jobin. Questionnée sur l'utilisation du droit de veto, Mme Laferrière a indiqué qu'elle n'était pas surprise. «Le maire est un homme qui aime faire de la politique et il aime utiliser son pouvoir, a-t-elle lancé. Ce n'est pas toujours dans l'intérêt. Selon moi, c'est plus faire de la politique que de faire avancer des dossiers qui l'intéressent.»

Carpentier en colère

Le conseiller Gilles Carpentier a quitté abruptement à la fin de la séance du conseil municipal. Il préférait ne pas commenter la situation sur le coup de l'émotion. Alors que la poussière commençait tranquillement à retomber, mercredi matin, il s'est finalement permis une déclaration publique.

Selon lui, les conseillers qui ont voté en faveur de la résolution de Mike Duggan, mardi, ne sont pas motivés par l'intérêt commun des citoyens de Gatineau. «Ce vote était teinté de partisanerie», a-t-il lancé. 

«À ma grande surprise, des collègues ont avoué candidement ne pas avoir fait une simple demande d'information. Il y a une logique et des devoirs à revoir à mon avis. Des étapes ont été escamotées dans ce dossier. Il y a des gens qui se liguent et qui se braquent et qui font de l'obstruction systématique dans ce dossier. Je suis déçu et je n'aime pas ce que je vois.»

La résolution décortiquée

La résolution présentée par Mike Duggan, mardi, a été amendée à trois reprises avant d'être officiellement adoptée à la majorité par le conseil municipal.

La résolution de départ

  • Créer un comité ad hoc composé de quatre membres du conseil (Denise Laferrière, Maxime Tremblay, Sylvie Goneau et Martin Lajeunesse);
  • mandater l'administration de mettre à la disposition de ce comité toutes les informations en sa possession;
  • demander au comité de présenter un rapport avant la fin du mois d'octobre 2015.
Le premier amendement

Le conseiller Lajeunesse ne savait pas qu'il avait été nommé à ce comité et exige que son nom soit retiré de la résolution.

Le deuxième amendement

Questionné par le conseiller Gilles Carpentier sur sa volonté d'obtenir l'information de nature confidentielle, le conseiller Duggan répond que ce n'est pas son intention. Josée Lacasse propose donc de remplacer «toute l'information» par «l'information pertinente à la décision des élus».

Le troisième amendement

La conseillère Louise Boudrias demande à ce que les partenaires impliqués dans le projet confirment qu'ils ne s'opposent pas à travailler avec le comité demandé par M. Duggan.

La résolution finale, votée à 11 contre 8 par le conseil

  • Créer un comité ad hoc composé de trois membres du conseil (Laferrière, Tremblay, Goneau);
  • mandater l'administration de mettre à la disposition de ce comité les informations pertinentes à la décision des élus;
  • demander au comité de présenter un rapport avant la fin du mois d'octobre;
  • que les partenaires impliqués dans le projet confirment qu'ils ne s'opposent pas à travailler avec ce comité.

Duggan accuse le maire de travailler en vase clos

Le conseiller Mike Duggan est convaincu que le maire Maxime Pedneaud-Jobin cache de l'information dans le dossier des Olympiques de Gatineau. Il accuse ce dernier de travailler en vase clos et d'avoir un problème avec la transparence.

La formation d'un comité chargé d'informer les élus de l'avancement des travaux était devenue nécessaire, selon lui. «Je suis loin des cercles de pouvoirs à la Ville et je cherche une manière de m'informer», a affirmé celui qui a été évincé du comité exécutif en début de mandat.

Questionné par LeDroit pour savoir s'il avait interpellé le maire ou le cabinet pour obtenir de l'information sur le dossier avant de formuler sa résolution de mardi, M. Duggan a d'abord refusé de répondre. «Prochaine question», a-t-il lancé.

Devant l'insistance d'un journaliste de Radio-Canada, M. Duggan a finalement admis qu'il ne l'avait pas fait. «Je ne l'ai pas demandé, a-t-il affirmé, au terme de la séance du conseil municipal de mardi. Pour quelle raison? C'est une bonne question. J'aurais dû le faire.»

Mike Duggan n'est pas le seul à avoir appuyé la formation d'un comité ad hoc sans avoir d'abord interpellé le maire de Gatineau pour obtenir un état de la situation dans le dossier des Olympiques. «Personnellement, je ne l'ai pas demandé, a indiqué Sylvie Goneau. Moi, j'ai pris une décision par rapport à ce qui était proposé aujourd'hui et c'était de former un comité et j'étais d'accord avec ça.»

Maxime Tremblay a pour sa part affirmé ne pas vouloir «entrer dans les détails». Il a dit avoir rencontré le maire la semaine dernière. «Je lui ai dit ce que j'avais à lui dire et qu'à mon avis, ce n'était pas une bonne idée qu'il continue de travailler seul sur ce dossier.»

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