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Les MRC ne veulent pas d'une structure régionale

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, et la... (Patrick Woodbury, archives LeDroit)

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Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, et la directrice générale, Marie-Hélène Lajoie, seront présents à la rencontre à huis clos sur l'avenir du développement économique de la Ville, jeudi matin.

Patrick Woodbury, archives LeDroit

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Les élus gatinois sont conviés à une importante rencontre à huis clos sur l'avenir du développement économique de la Ville, et par la bande de toute la région, jeudi à 13h. L'heure n'est pas aux décisions finales, elles viendront en novembre, mais plutôt à une discussion ouverte sur le rôle qu'entend jouer Gatineau dans ce domaine au cours des prochaines années.

L'exercice a été préparé de longue date. Il trouve son origine dans le forum économique régional de novembre dernier, où toute la région, d'une seule voix, avait confirmé sa volonté de mieux travailler en collaboration afin de créer de la richesse à la grandeur du territoire. C'était au lendemain de l'annonce des Conférences régionales des élus (CRÉ) et des Centre locaux de développement (CLD).

Le comité qui pilote l'exercice à Gatineau, formé de la directrice générale de la Ville, de la directrice de l'urbanisme, le directeur du cabinet du maire, d'un professeur de l'UQO et du directeur général de Développement économique - CLD Gatineau, présentera, aujourd'hui, un rapport des consultations faites auprès des préfets des MRC et d'un comité de sages composé d'une dizaine de bonzes du développement économique dans la région. Le cabinet du maire est demeuré muet sur les informations colligées au cours des dernières semaines.

Refus d'une structure régionale

Ce document de travail, sur lequel LeDroit a pu mettre la main, a été distribué vendredi à l'ensemble des élus gatinois. Il fait une nomenclature des forces, des faiblesses, des menaces et des opportunités de la Ville en matière de développement économique. Il expose aussi de manière précise la volonté des préfets des différentes MRC. Certains éléments diffèrent du discours public entendu depuis un an.

Lors d'une réunion tenue le 24 août dernier réunissant les préfets des MRC, il a été clairement indiqué par ces derniers que la volonté de créer une «structure administrative régionale» en matière de développement économique faisait face à un refus, notamment à cause de la réalité financière des MRC.

Les MRC endossent le fait que Gatineau doit jouer un rôle de «leader» dans le domaine, et que des rencontres mensuelles doivent avoir lieu entre les préfets pour discuter des enjeux de développement économique. Toutefois, la collaboration entre le rural et l'urbain ne se ferait que sur «des projets précis». La collaboration régionale pour faire de la prospection d'entreprises, selon les préfets des MRC, doit se faire sur une base «ad hoc», et non pas institutionnelle. Si une contribution financière des MRC devait être requise, elle devra être déterminée à la pièce.

Les sages

Le document indique aussi que le comité de sages recommande à la Ville de Gatineau de persévérer dans sa volonté de jouer un rôle de leader régional et de «garder une main tendue» vers le rural. Les sages proposent aussi à la Ville de Gatineau plusieurs changements en matière de réglementation et de taxation pour favoriser le développement économique sur son territoire.

Il est notamment recommandé de réduire les frais de croissance, de créer une zone d'incubation pour les entreprises dans le centre-ville, de se doter d'une réglementation adéquate en agriculture, d'être moins sévère dans ses règlements sur l'affichage commercial et de forcer les entreprises qui ont bénéficié d'incitatifs pour s'établir à Gatineau à rembourser si elles quittent le territoire de façon précoce.

Gatineau ne doit pas «écraser le monde rural», dit Paulette Lalande

Si pour certains, Gatineau doit être «le leader et le phare» en matière de développement économique régional, pour d'autres, la prudence est de mise afin que l'Outaouais ne «tombe pas dans le panneau» comme bien d'autres au Québec aux prises avec une ville centre qui «écrase le monde rural».

La force de l'Outaouais, selon la préfète de la MRC Papineau, Paulette Lalande, c'est la présence d'un monde rural «fort» dont le développement n'est pas assujetti aux volontés urbaines. Ce rapport de force entre les MRC et l'urbain doit à tout prix être conservé pour assurer la survie du monde rural dans la région, affirme la politicienne d'expérience.

Toutefois, l'abolition des CLD et la Loi 28 qui remet aux municipalités l'entière responsabilité du développement économique sur leur territoire respectif viennent bousculer l'ordre établi. Plusieurs acteurs économiques y voient une chance de remodeler la façon dont le développement économique se fait en Outaouais. Il y a là, selon eux, une opportunité pour la mise en commun de responsabilités, d'expertises et, ultimement, de fonds publics.

Responsabilité des MRC

Le préfet de la MRC Vallée-de-la-Gatineau, Michel Merleau, précise qu'il reviendra à chaque MRC de décider comment elles transigeront avec la Ville de Gatineau. «Mais moi, dit-il, je continue de croire et d'affirmer à qui veut bien l'entendre qu'on doit travailler ensemble et que notre leader, notre phare en matière de développement économique dans la région, c'est Gatineau. Ils ont les ressources pour faire ce qu'on voudrait faire parfois dans le rural, mais sans avoir les moyens. C'est cependant aux MRC de démontrer quels sont les avantages pour Gatineau de vraiment travailler avec la ruralité. Il serait cependant illusoire de penser que Gatineau va venir faire du développement économique chez nous. Ça, ce n'est pas des affaires de Gatineau, c'est notre responsabilité.»

Mme Lalande souhaite que toute la région développe une réelle «mentalité de partage», afin de bien distribuer la richesse et les succès économiques sur le territoire de l'Outaouais. «Dans le secteur industriel, par exemple, il faut travailler ensemble, mais il faut s'assurer que ce ne soit pas toujours la Ville de Gatineau qui ramasse, dit-elle. Gatineau doit aussi comprendre que les MRC ne nagent pas dans l'argent et qu'elles n'auront pas les moyens de débourser énormément pour des structures économiques. Tout mettre en commun c'est bien, mais c'est loin d'être évident que dans une telle formule, que tout le monde y trouve son compte.»

«Pas toujours besoin d'être un leader dans tout», affirme Sylvie Goneau

Avant de vouloir s'ériger en leader régional du développement économique, la Ville de Gatineau devrait commencer par se concentrer sur la qualité des services qu'elle donne à ses propres entrepreneurs et faire plus d'actions concrètes pour soutenir les créneaux économiques des MRC, croit la conseillère Sylvie Goneau.

Mme Goneau, qui siège aussi au CLD Gatineau, soutient que la Ville doit quand même travailler en collaboration avec le milieu rural et qu'elle doit agir comme un appui dans le développement économique de ces communautés, mais «dans la mesure du possible», précise-t-elle.

«Est-ce qu'on a toujours besoin d'être le leader ou si nous ne pourrions pas juste faire ce que nous avons à faire dans notre ville? demande-t-elle. Vouloir toujours être le premier dans tout, d'avoir l'attitude de "regardez moi, regardez nous, on est beau, on est bon", ça n'a aucune valeur dans l'amélioration de la qualité de vie des citoyens tant que ça ne se concrétise pas sur le terrain.»

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a lancé plusieurs appels au monde rural, au cours des derniers mois, afin d'améliorer la concertation entre les territoires, ainsi que le partage de ressources et des expertises pour développer un modèle de développement économique régional.

Si Gatineau veut jouer un rôle pertinent auprès du monde rural, qu'elle se dote d'une vraie politique de développement agricole, rétorque Mme Goneau, qui joue aussi le rôle de président du comité agricole à la Ville de Gatineau. «Sans soutenir en priorité le secteur agricole des MRC avec de la transformation et un marché public régional à Gatineau, on ne peut pas dire qu'on appuie très fort le milieu rural», affirme Mme Goneau.

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