Changement de cap à Gatineau

Le conseil municipal dirigé par le maire Maxime... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Le conseil municipal dirigé par le maire Maxime Pedneaud-Jobin a nommé Marie-Hélène Lajoie au poste de directrice générale quelques semaines après les élections de novembre 2013.

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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«Le citoyen, c'est un citoyen qui a des besoins, pas un chialeur. Comme administration, nous sommes au service du citoyen. C'est une fonction noble. Il fallait ramener ça dans nos préoccupations quotidiennes. Nous sommes là pour le citoyen, pas pour l'organisation.»

La directrice générale de la Ville de Gatineau, Marie-Hélène Lajoie, n'a pas peur de dire les choses comme elles sont. À aucun moment lors d'une longue entrevue accordée au Droit elle ne s'est réfugiée derrière la langue de bois pour contourner une question embêtante. Si elle refuse de faire le procès de son prédécesseur, Robert Weemaes, elle ne se gêne pas pour commenter la nécessité d'un changement de culture au sein de l'organisation municipale qu'elle dirige depuis 18 mois.

Dès son arrivée en poste, une semaine après l'élection du nouveau conseil municipal, en novembre 2013, Mme Lajoie s'est affairée à remettre le citoyen au coeur des intérêts de l'administration. C'est un réflexe, dit-elle, qui s'était perdu au cours des dernières années. «C'est vrai que c'est un beau slogan, mais ma préoccupation comme leader c'est que dans le concret, ce soit vrai, lance-t-elle. Nous ne sommes plus uniquement dans le slogan, maintenant, on le fait vivre pour vrai.»

Mme Lajoie soutient que c'est l'absence d'une «vision commune» au sein de l'équipe de direction qui minait l'administration municipale au cours des dernières années. Les citoyens n'ont pas conscience de la charge de travail immense qu'a dû abattre la haute direction de la Ville de Gatineau pour mettre en place un tel changement dans la gouvernance.

«La première chose à faire était de se donner une vision commune, explique la directrice générale. Une vision qui allait être portée par la tête de l'organisation et qui allait être diffusée à l'ensemble des employés. J'ai parlé en direct à tous les employés de la Ville qui avaient un ordinateur. Je leur ai présenté leur équipe de direction. Ça faisait 12 ans qu'on n'avait pas fait ça.»

Renouer avec l'extérieur

L'une des marques de commerce de la nouvelle directrice générale de la Ville de Gatineau est aussi d'avoir réussi en peu de temps à renouer les liens avec des organisations externes. Plusieurs de ces liens avaient été coupés dans les dernières années, affirme Mme Lajoie.

«Ce n'était pas dans les coutumes de la gouvernance des dernières années, dit-elle. Les gens en place n'avaient pas pris en considération l'importance de conserver ces liens-là. Ils étaient coupés, dans bien des cas. Nous n'étions plus en relation avec nos partenaires. Nous avons depuis renoué, par exemple, avec la communauté des affaires, la Société de transport de l'Outaouais, la Ville d'Ottawa et la Commission de la capitale nationale et la Corporation de développement économique.»

Marie-Hélène Lajoie se dit consciente de la lourdeur de la tâche qu'a dû accomplir son équipe de direction. Elle affirme s'assurer qu'il n'y a pas d'essoufflement.

«À travers ces efforts, il fallait continuer de gérer la Ville, note la directrice générale. Ce sont des changements énormes qui demandent du temps, de l'énergie et qui s'ajoutent au quotidien de tout le monde dans l'administration. L'équipe de direction et les employés ont donné énormément, mais ça va se calmer et porter fruit dans les prochaines années. C'était un coup à donner. C'était le début du mandant d'une nouvelle administration. Nous avions 12 mois pour profiter du momentum et pour donner une nouvelle signature. Après ça, il aurait été trop tard.»

Une femme de tête dans un milieu d'hommes

La directrice générale de la Ville de Gatineau, Marie-Hélène Lajoie, n'est pas seulement la seule femme à diriger l'administration d'une grande ville au Québec, elle est aussi, depuis quelques semaines, la première femme à atteindre le poste de 1ère vice-présidente de l'Association canadienne des administrateurs municipaux.

Si tout se déroule comme prévu, elle deviendra présidente de cette association pancanadienne l'an prochain.

«Le monde municipal est un milieu d'hommes, lance Mme Lajoie. Les postes de direction sont souvent occupés par des hommes. D'avoir une femme dans un tel groupe ça surprend au début, mais j'ai aussi la réalité d'être plus jeune qu'eux. Ces postes sont habituellement occupés par des hommes qui ont 50 ans et plus. Mon défi autour de cette table est d'assurer ma crédibilité, surtout à cause de mon âge, mais j'y arrive assez rapidement.»

Mme Lajoie estime que Gatineau retire beaucoup de sa présence au conseil d'administration de l'Association canadienne des administrateurs municipaux.

«Nous n'avons pas tous le même type de gouvernance, mais nous vivons tous les mêmes enjeux. La culture de gouvernance au Québec n'est pas la même qu'ailleurs au Canada, l'engagement des communautés non plus, dit-elle. Ça permet de voir une diversité de façons de gérer.»

La crédibilité de la Ville

L'administration municipale avait bien averti les élus avant qu'ils rejettent le projet de centre multifonctionnel; une telle décision, après un deuxième appel d'offres et le recours à l'UPAC  (Unité permanente anticorruption, NDLR) dans le cas du premier, pourrait nuire à la crédibilité de la Ville de Gatineau auprès des entrepreneurs.

Marie-Hélène Lajoie préfère faire abstraction de cet épisode. Selon elle, la crédibilité de la Ville repose sur l'intégrité et la rigueur des ses processus d'approvisionnement.

«L'objectif de notre message c'est qu'ici, à Gatineau, l'intégrité est importante, lance la directrice générale. Le juste prix ce n'est pas n'importe quel prix. Ce message nous y tenons et il commence à percoler à travers le Québec. On ne se fait pas mal quand on fait la promotion de l'intégrité et de la rigueur. Les citoyens devraient être rassurés de savoir que les fonds publics sont bien gérés.»

Depuis quelques mois, la Ville de Gatineau analyse plusieurs types de contrats municipaux afin de voir si le juste prix a toujours été la norme par le passé. «Nous évaluons la plus value d'y mettre de l'effort et des ressources et ensuite nous déciderons à quoi nous allons nous attaquer», précise Mme Lajoie.

Le programme du conseil

Dès son arrivée dans le poste de maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin s'est affairé à faire adopter un «programme du conseil». Il s'agissait d'une première dans l'histoire de Gatineau.

«Pour nous, c'était un wow, lance la directrice générale. Nous étions très contents parce que dans les dernières années nous n'avions pas eu d'orientations claires comme ça. Maintenant, nous savons sur quoi nous allions travailler, nous connaissons le plan de match du conseil.»

Dorénavant, Marie-Hélène Lajoie proposera à tout conseil nouvellement élu de se doter d'un tel outil.

«L'enjeu c'est que si les élus ne donnent pas d'orientations claires, c'est l'administration qui va les alimenter, dit-elle. Nous aussi nous croyons au développement de notre ville et si le conseil n'alimente pas sa fonction publique, le vide sera comblé par les idées de l'administration. Ça ne devrait pas être comme ça.»

Mme Lajoie ajoute que le programme du conseil a permis d'améliorer grandement la fluidité entre la gouvernance politique et administrative à Gatineau. Il reste maintenant à l'administration à livrer la marchandise.

«Les élus ont orienté l'administration en indiquant où ils souhaitaient aller, maintenant il faut livrer, dit-elle. C'est précisément là qu'ils ne doivent pas arriver avec une multitude de nouvelles idées. Le conseil est conscient de ça. Je vais toujours respecter le pouvoir décisionnel du conseil, pour moi, ce n'est pas négociable, mais si ça devait arriver [les nouvelles idées], je vais rappeler aux élus ce qu'ils voulaient faire au départ. Si les élus veulent autre chose par la suite, ils devront décider ce qu'ils ne veulent plus.»

«On a un conseil fort»

La directrice générale de la Ville de Gatineau est d'avis que le débat a été «élevé à un autre niveau» depuis l'élection du nouveau conseil, en novembre 2013.

Les élus n'hésitent plus à remettre en question le travail de l'administration lorsqu'ils jugent que c'est pertinent. Ce fut notamment le cas dans le dossier du centre multifonctionnel. L'administration recommandait au conseil d'aller de l'avant avec la construction de cette infrastructure de 75 millions $.

«On a un conseil qui est fort et comme administration, on ne peut pas dire n'importe quoi aux élus, c'est très stimulant, affirme Marie-Hélène Lajoie. Personnellement, j'aime bien plus avoir un débat de rigueur. Les élus sont très préparés, ils sont intéressés, ils lisent leurs documents. C'est stimulant de savoir que notre travail, comme administration, est bien utilisé dans le processus décisionnel.»

Selon la directrice générale, être remis en question fait partie du travail de l'administration. «Pour nous, dit-elle, l'important c'est de donner les bonnes informations pour que le conseil prenne une décision éclairée qui sera la sienne.»

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