Noms de rues antisémites: «un manquement éducatif»

Un Gatinois indigné, Benoit Beaulieu, s'est assuré que les... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Un Gatinois indigné, Benoit Beaulieu, s'est assuré que les résidents des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel ne puissent pas oublier qu'ils habitent sur une artère honorant la mémoire de deux antisémites notoires. Il a fait fabriquer et accrocher deux affiches rappelant le triste passé des deux nobélisés du début du 20e siècle.

Etienne Ranger, LeDroit

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La controverse entourant l'opposition de citoyens gatinois au changement de nom de leurs rues honorant des antisémites trahit une «apathie» et un manque d'éducation sur le sujet, estime Audrey Licop, responsables des communications au Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal (CCHM).

Le CCHM n'a pas hésité, mercredi, à partager sur Twitter l'article du Droit au sujet de l'ampleur que prend le dossier des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel, situées dans le secteur Gatineau.

«C'est quelque chose qui nous intéresse, parce que ça touche un peu l'apathie et ça touche à notre mission de sensibilisation à l'histoire de l'Holocauste», a indiqué Mme Licop. [...] Si les gens ne voient pas le problème lié au nom de leur rue et voient plutôt le problème de faire des changements d'adresse, c'est qu'il y a un manquement éducatif. Je ne pense pas que personne voudrait habiter sur une rue au nom d'Adolf Hitler. [...] C'est un honneur de donner un nom à une rue, donc si on honore des personnes qui sont loin d'avoir honoré l'humanité, c'est dommage. Il y a du travail à faire pour que les gens comprennent les répercussions de l'Holocauste dans le monde actuel dans lequel ils vivent.»

S'inspirer de Paris

L'historien Hugues Théorêt rappelle pour sa part que Paris a fait disparaître le nom d'Alexis Carrel d'une de ses rues, en 2002, imitant ainsi plusieurs autres villes françaises.

Sans vouloir dicter à la Ville de Gatineau la conduite à suivre dans le dossier, M. Théorêt estime que les autorités municipales devraient «s'inspirer» de ce qu'a fait Paris en remplaçant le nom d'Alexis Carrel par celui d'une personne ayant «une réputation plus enviable».

La controverse soulevée à Gatineau devrait également servir de base pour revoir les procédures avant d'attribuer un nom de personne à une rue ou un espace public, estime M. Théorêt. «La Commission de toponymie du Québec a un groupe consultatif dans lequel il y a des historiens, souligne-t-il. L'histoire, ça sert à quelque chose.»

Le secrétaire général de la branche québécoise du parti politique français Union pour un mouvement populaire (UMP), Eric Debroise, invite quant à lui les résidents concernés à faire preuve de «conscience citoyenne». «Personne ne serait indifférent de savoir qu'une rue porte le nom d'un pédophile ou d'un tueur en série. Il doit en être de même pour les promoteurs de valeurs contraires à celles des citoyens de Gatineau», soutient M. Debroise dans une lettre ouverte envoyée au Droit.

Philipp Lenard, qui a obtenu le prix Nobel de physique en 1905, a joint les rangs du parti d'Adolf Hitler dans les années 1930. Alexis Carrel, récipiendaire du prix Nobel de physiologie et médecine en 1912, était également proche du régime nazi, et un fervent partisan de l'eugénisme qui préconisait l'élimination des malades mentaux, des handicapés, des aveugles et des homosexuels pour préserver l'évolution de l'espèce humaine.

Le maire prépare sa réaction

Le maire de Gatineau n'a pas précisé comment la Ville allait réagir à l'installation par un citoyen de deux pancartes rappelant les victimes de l'Holocauste sous le nom des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel.

«On a lu ça [mercredi] matin qu'il avait l'intention de faire ça, a dit le maire. On traversera la rivière quand on sera rendu au pont. Pour ma part, j'ai parlé au conseiller Gilles Carpentier, il va interpeller les citoyens relativement rapidement. On est en train de préparer une contre-proposition pour traiter ce dossier qui doit l'être.»

Maxime Pedneaud-Jobin a rappelé que l'ancienne administration n'avait pas agi dans ce dossier. «On va prendre une décision, mais nous ne sommes pas à quelques semaines près», a-t-il ajouté. - Mathieu Bélanger, LeDroit

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