Attachés à leur nom de rue nazi

La pétition amorcée il y a quelques mois... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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La pétition amorcée il y a quelques mois pour modifier le nom des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel n'a pas eu le succès escompté par certains.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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La démocratie a parlé. Une majorité de résidents de la rue Philipp-Lenard, dans le secteur Gatineau, demeurent attachés à leur nom de rue, même s'il rappelle la mémoire d'un antisémite notoire, membre du défunt parti nazi d'Adolf Hitler.

Quant aux résidents de la rue Alexis-Carrel, à deux pas de la rue Philipp-Lenard, une forte majorité n'a que faire de ce farouche partisan de l'eugénisme, une théorie selon laquelle l'évolution de l'espèce passait par l'élimination des malades mentaux, des handicapés, des sourds, des aveugles et des homosexuels.

La pétition amorcée il y a quelques mois pour modifier la toponymie de ces deux noms de rue n'a pas eu le succès escompté par deux résidents de ce quartier où on honore des récipiendaires de Prix Nobel. Alors qu'ils avaient besoin de l'approbation des deux tiers des résidents de chacune des rues pour amorcer un changement de nom, ces deux résidents n'ont même pas réussi à obtenir une majorité de voix.

Ce dossier n'est pas sans rappeler celui qui a fait rage en 2010 concernant la rue Amherst, dans le secteur Hull. À l'époque où il était conseiller municipal, le maire Maxime Pedneaud-Jobin insistait pour que des cas d'exception comme celui de la rue Amherst soient traités directement par le conseil municipal.

«Je pense que c'est important qu'on se donne un processus où ce sont les élus qui prennent la décision, dans un sens ou dans l'autre, avait-il fait valoir. Une procédure ne peut se substituer au jugement des élus quand surgit un dossier comme celui de la rue Amherst. Garder le nom de Amherst, c'est un geste politique; rejeter le nom, c'est un geste politique aussi.»

Invité depuis plus d'une semaine à faire le point sur sa position d'alors dans le contexte des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel, le maire Pedneaud-Jobin, occupé à bien d'autres dossiers en cette semaine des assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec, n'a pas été en mesure de donner suite à nos demandes d'entrevue.

À l'automne 2013, LeDroit a rappelé la véritable identité de ces deux sombres personnages historiques. La Ville de Gatineau, de son propre aveu, avait fait bien peu de recherches sur ces deux hommes avant de les honorer, en 1991, en désignant des rues en leur nom.

À la suite de nos révélations, l'ancien président de la Commission des arts et de la culture, Stefan Psenak, avait affirmé vouloir agir rapidement. «Nous ne pouvons plus endosser ça», avait-il lancé. Le lendemain, l'ex-maire Marc Bureau affirmait qu'il n'avait pas l'intention d'attendre le processus administratif en place pour modifier le nom de ces deux rues. Mais il y a eu des élections et le dossier est tombé dans l'oubli jusqu'à ce que LeDroit rappelle au conseiller actuel du quartier, Gilles Carpentier, qui étaient réellement Alexis-Carrel et Philipp-Lenard.

«Je refuse d'accepter que ce soit un bon choix de nom de rue, disait M. Carpentier. Ça va à l'encontre de mes valeurs personnelles. Ce n'est pas vrai que je vais soutenir la mémoire de gens qui ont participé au régime nazi.»

Ce dernier, disant faire confiance «au bon jugement» de ses concitoyens, a organisé une rencontre publique sur le sujet qui a finalement débouché sur une pétition pour amorcer le changement toponymique.

«Trop de trouble» de changer d'adresse

Que six millions de Juifs aient péri dans des conditions atroces sous la folie nazie est une chose infiniment triste, mais de là à devoir changer le nom de leur rue, il y a une limite que n'ont pas voulu franchir une majorité de résidents des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel, deux proches enthousiastes du régime antisémite d'Adolf Hitler.

«Plusieurs personnes se sont dites inconfortables avec le nom de leur rue et souhaitaient que ce soit modifié, mais la majorité des gens de la rue ne voulaient faire aucun changement parce qu'ils jugeaient que c'était trop de trouble et parce qu'ils avaient peur que ça leur coûte de l'argent», explique Philippe Couroux, résident de la rue Philipp-Lenard.

Ce dernier a décidé de mener le processus démocratique nécessaire à un changement de nom de rue à Gatineau en cognant à la centaine de portes que compte sa rue. Il devait obtenir l'accord des deux tiers des résidents de sa rue pour que Gatineau accepte de modifier la toponymie. Il a échoué, tout comme sa voisine de la rue Alexis-Carrel.

«Nous avions pris le temps de bien informer les gens de qui étaient ces deux hommes, explique M. Couroux. Chacun avait son opinion sur le sujet. Les gens d'un certain âge étaient plus nombreux à être réticents à un changement de nom. Ils ne voulaient juste pas se donner le trouble de changer d'adresse. Certains avaient un attachement au nom de leur rue parce qu'ils y habitaient depuis longtemps, sans toutefois savoir de qui il s'agissait vraiment.»

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