Étalement urbain: les Gatinois paient pour les erreurs du passé

À Gatineau, de nombreux quartiers excentrés ont été... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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À Gatineau, de nombreux quartiers excentrés ont été construits au fil du temps. Cela a entraîné d'importants investissements dans les infrastructures et leur entretien coûte cher. Aujourd'hui, les Gatinois en payent le prix.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Pendant des décennies, Gatineau a négligé la plupart de ses infrastructures. Des quartiers complets poussaient alors comme des champignons sans véritable planification, autre que celle des promoteurs. Ce que plusieurs qualifient d'erreurs du passé justifient aujourd'hui l'existence d'une taxe dédiée aux infrastructures, ainsi que l'imposition des frais de croissance pour le développement réalisé à l'extérieur du centre-ville. L'entretien des infrastructures gatinoises accuse un déficit de 1,3 milliard$. Une étude de l'École des Hautes Études commerciales de Montréal (HEC Montréal) basée sur des millions de données fournies au ministère des Affaires municipales par les villes, publiée aujourd'hui, démontre qu'année après année, les Gatinois doivent payer beaucoup plus que les citoyens des neuf autres villes québécoises de 100000 habitants et plus pour le développement et l'entretien des infrastructures en lien avec l'eau, potable et usée. Les contribuables gatinois sont-ils prisonniers de ces erreurs du passé? Sont-ils condamnés à payer plus cher que les autres? Le président du Comité consultatif sur l'urbanisme (CCU) de la Ville de Gatineau élu sous la bannière d'Action Gatineau, Richard Bégin, croit que oui. Du moins «pour un bout de temps».

Tant que les infrastructures municipales comme les égouts, les aqueducs et les usines de traitement et de production d'eau n'auront pas été rentabilisées, les Gatinois devront fouiller plus creux dans leurs poches. Ils sont condamnés à vivre avec les erreurs du passé, «tant qu'il n'y aura pas suffisamment de population pour payer les installations qu'on a amenées à l'autre bout», croit le président du Comité consultatif d'urbanisme (CCU) de la Ville de Gatineau, Richard Bégin.

On pourrait croire que Gatineau a appris de ses erreurs. L'étalement urbain dans une ville fusionnée qui fait 61 kilomètres d'un bout à l'autre, ça coûte cher et ça met passablement de pression sur un budget municipal. Pourtant, sur le terrain, le manque de planification au chapitre de l'urbanisme continue d'affliger le développement de la quatrième ville en importance au Québec, selon M. Bégin. À force de démarches et de pressions sur l'appareil municipal, les promoteurs immobiliers continuent d'avoir le gros bout du bâton, explique-t-il.

«Je ne sais pas comment on peut stopper ça, lance-t-il en entrevue avec LeDroit. On peut certainement ne pas aller plus loin en évitant des changements de zonage pour des secteurs ruraux ou identifiés comme zone blanche. C'est malheureusement l'inverse que j'observe à Gatineau depuis quelques années.»

Richard Bégin mentionne que l'argument voulant que plus il y a de maisons sur le territoire, plus les revenus de taxes sont élevés, est maintenant remis en question par le Service des finances de la Ville parce que cette logique ne tient pas compte des impacts financiers de l'étalement urbain. Cette préoccupation ne semble pas encore habiter le Service d'urbanisme, soutient le président du CCU. Sinon, ajoute-t-il, comment justifier que 3000 nouvelles portes pourraient bientôt être construites dans le secteur ouest de la Ville?

«Je ne sais pas si c'est parce qu'il n'y a pas suffisamment de personnel au Service d'urbanisme, ou parce qu'il est coincé dans une réalité où il tente d'accélérer les processus à cause des promoteurs se plaignant du temps pour obtenir un permis de bâtir, mais il [le Service d'urbanisme] est surtout en mode réaction plutôt qu'en mode planification. Moi, j'ai l'impression qu'il y a une faille à ce niveau-là.»

Schéma d'aménagement

Quand il s'est lancé en politique, Richard Bégin fondait beaucoup d'espoirs dans le nouveau schéma d'aménagement de la Ville de Gatineau. Ce volumineux document établi les principes sur lesquels Gatineau devra se développer au cours des prochaines décennies. Les élus, ainsi qu'une bonne partie de l'appareil municipal, ont été mobilisés pour mener à bien cet exercice au cours des dernières années. Gatineau a adopté son nouveau schéma en octobre 2013.

Ce document n'est pas encore approuvé par Québec. Gatineau en est à sa troisième version transmise au gouvernement. «Ce n'est qu'avec ça qu'on pourra enclencher le processus qui nous permettra de mieux contrôler le type de développement qu'on veut, admet M. Bégin. Il faut avancer là-dedans comme conseil si nous voulons faire notre marque avant que ça dérape de nouveau.»

M. Bégin précise que les grandes orientations du nouveau schéma d'aménagement ont «beaucoup de bon sens». Selon lui, la stratégie proposée «met la table pour quelque chose de mieux au niveau de la qualité de vie et du type de développement qu'on ferait, notamment sur la question de la densité».

Ces principes restent encore à appliquer concrètement. Et pour y arriver, beaucoup de volonté politique sera nécessaire, assure Richard Bégin.

Un «far west»

Un feu de circulation qui flanche à l'angle du boulevard des Allumettières et du chemin Vanier et c'en est fait du paisible retour à la maison souhaité par tant de travailleurs de l'ouest de la Ville de Gatineau. C'est précisément ce qui est arrivé jeudi dernier.

Les automobilistes se sont mis à chercher des routes alternatives en rejoignant le chemin d'Aylmer ou le chemin McConnell. «Ce fut le dérapage complet», raconte le président du Comité consultatif d'urbanisme (CCU) de la Ville de Gatineau, Richard Bégin. Tout a bloqué, à cause d'un feu de circulation.

Selon M. Bégin, il n'y a pas de plus belle preuve que l'ouest de la Ville s'est développé et se développe encore sans grande réflexion. «Sinon, on aurait prévu que l'ouest de la ville se dirige vers un sérieux problème qui ne fera que s'accentuer, dit-il. Nous le vivons déjà. Nous sommes dans une impasse majeure qui ne se réglera pas tant qu'on n'arrêtera pas de construire dans l'ouest. On laisse entendre qu'il y a 3000 logis de plus qui pourraient se construire dans le secteur, alors qu'il n'y a même pas encore de véritable lien nord-sud dans l'ouest.»

Les autorités gatinoises répètent aux résidents de l'ouest de la Ville qu'ils devraient prendre l'autobus pour se rendre au boulot. Selon M. Bégin, qui a déjà travaillé à Ottawa, au gouvernement fédéral, il suffit de l'essayer quelques fois pour vouloir revenir au confort de son véhicule et à l'autonomie qu'il confère.

«Là, prenez l'autobus, je veux bien moi, mais j'ai travaillé au fédéral, à Ottawa, et ça me prenait une heure et demie pour revenir à la maison, raconte-t-il. Pensez vous que j'avais le goût de vivre ça après ma journée de travail. Comme bien des gens, je prenais ma voiture.» Le manque d'efficacité du transport en commun est une autre cause de l'engorgement dans l'ouest, selon M. Bégin.

Gestion des matières résiduelles

La Ville de Gatineau veut mettre un terme à l'enfouissement de ses déchets qui se fait à Saint-Julie, à quelque 230 kilomètres de distance. Les coûts du transport et de l'enfouissement ne cessent de grimper, ce qui coûte cher aux contribuables gatinois. L'administration municipale planche actuellement sur un nouveau Plan de gestion des matières résiduelles pour les années 2016-2020. Une solution régionale - par exemple un incinérateur - est recherchée. Une présentation au sujet de la nouvelle stratégie doit être soumise au conseil municipal d'ici l'été. Pour l'instant, la Ville de Gatineau refuse de commenter ce dossier.

Déchets domestiquesMatières recyclables
Rang de Gatineau10/106/10
Prix à Gatineau

237,36 $/tonne métrique

338 $/tonne métrique

Prix du groupe de référence

182,49 $/tonne métrique

334 $/tonne métrique

Croissance annuelle de 2009 à 2013 à Gatineau

3,5 %

-7,4 %

*Gatineau fait la collecte du compost, ce qui n'est pas le cas de toutes les villes *Source : HEC

Dépenses pour les infrastructures reliées à l'eau

Les Gatinois dépensent plus que les autres grandes villes importantes du Québec pour produire et distribuer de l'eau potable, ainsi que pour traiter et transporter les eaux usées. Trois choses peuvent expliquer cette situation, selon Robert Gagné, directeur au Centre de recherche sur la productivité et la prospérité du HEC Montréal. «Peut-être que Gatineau s'est traîné les pieds trop longtemps et qu'elle est maintenant forcée de faire des investissements importants dans ses infrastructures parce que ça pète de partout, note-t-il. Il se peut aussi que d'autres grandes villes continuent de pelleter en avant en retardant ce type d'investissements et paraissent mieux pour l'instant dans ce palmarès. C'est certain qu'investir autant dans ce domaine, comme le fait présentement Gatineau, a un impact sur les coûts pour les contribuables.» Le troisième élément de réponse donné par M. Gagné est l'étalement urbain. «L'étendue de la Ville de Gatineau désavantage les payeurs de taxes, dit-il. La densité de la population est faible à plusieurs endroits, alors les coûts pour maintenir des réseaux d'égouts et d'aqueducs doivent nécessairement être plus élevés pour les contribuables.»

Traitement des eaux uséesRéseau d'égoutsProduction d'eau potableDistribution de l'eau potable (aqueduc)

Rang de Gatineau

9/109/105/109/10

Prix à Gatineau

0,25 $/m3 d'eau traité

12 614 $/km de conduites

0,20 $/m3 d'eau potable

14 602 $/km de conduites

Prix moyen du groupe de référence

0,19 $/m3 d'eau traité

9447 $/km de conduites

0,24 $/m3 d'eau potable

13 057 $/km de conduites

**Investissements inscrits aux budgets de la Ville 2010 à 2013

10,6 M$

46,7 M$

49,9 M$

41,7 M$

*Source : HEC **Source : Ville de Gatineau
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